Crise au SPVM: les partis d'opposition insatisfaits

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Québec solidaire exige une enquête publique «étendue et transparente» pour faire la lumière sur les pratiques douteuses au sein du SPVM.

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Helen Moka
La Presse Canadienne

La Coalition avenir Québec (CAQ) réclame la suspension immédiate du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Philippe Pichet, le temps que soit menée l'enquête administrative sur ses pratiques internes annoncée vendredi par le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux.

M. Pichet n'a plus du tout la confiance de la CAQ, selon ce qu'a affirmé son porte-parole en matière de Sécurité publique, André Spénard, en entrevue à La Presse canadienne samedi au lendemain des mesures additionnelles annoncées par le ministre Coiteux pour faire face à la crise qui secoue le SPVM.

M. Spénard, tout comme le porte-parole de l'opposition officielle péquiste Pascal Bérubé, souligne que le ministre Coiteux n'a pas répondu aux questions des journalistes qui cherchaient à savoir s'il avait toujours confiance en celui qui dirige la police de la métropole sur un territoire d'environ deux millions d'habitants. À la CAQ, le député de Beauce-Nord l'interprète tout simplement ainsi: l'actuel directeur du SPVM, Philippe Pichet «est l'homme du maire de Montréal, Denis Coderre, et pas nécessairement celui du ministre de la Sécurité publique».

Réactions à l'enquête administrative annoncée

Tous les partis d'opposition ont réagi samedi aux mesures additionnelles annoncées par le ministre Coiteux pour lever le voile sur des allégations graves secouant la police de Montréal.

Pour Manon Massé, de Québec solidaire, l'enquête interne annoncée en fin de journée vendredi par le ministre de la Sécurité publique ne suffit pas, même si la personne qui sera nommée au cours des prochains jours aura les mêmes pouvoirs qu'un commissaire. Elle a fait valoir qu'à partir du moment où une enquête est «interne» tout devient secret jusqu'au moment de la présentation du rapport avec ses recommandations, ce qui n'est pas le cas d'une enquête publique.

Au Parti québécois, le porte-parole en matière de Sécurité publique, Pascal Bérubé, croit qu'il y a le moyen d'en rendre public le contenu en présentant notamment des rapports d'étapes. Il espère toutefois que les partis d'opposition à Québec seront consultés pour la nomination du commissaire et que cette personne sera assurée d'une «totale indépendance lui permettant d'aller au fond des choses». Selon M. Bérubé, les problèmes au SPVM ne datent pas d'hier et le commissaire devra reculer dans le temps, bien avant l'arrivée de Phillippe Pichet à la direction du SPVM, pour recueillir des informations.

À la CAQ, le député André Spénard ajoute que l'enquête administrative sur le SPVM démontre que les nouvelles allégations sont beaucoup plus graves. Il estime que l'absence du maire Denis Coderre lors de l'annonce du ministre Coiteux démontre que le «SPVM est pratiquement en tutelle et dépend directement du ministère de la Sécurité publique et non de l'administration municipale de Montréal».

Il y a aussi l'enquête au volet criminel.

Péquistes, caquistes et solidaires saluent toutefois l'arrivée de la patronne du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), Me Madeleine Giauque, pour codiriger l'enquête de la SQ sur des allégations de fabrication de preuves contre des policiers. Par contre, tous s'entendent pour dire que ce n'est pas à la police d'enquêter sur la police, même si d'autres corps policiers seront greffés à l'enquête.

Quant à l'ajout de ressources supplémentaires à l'enquête de la Sûreté du Québec (SQ) sur des allégations de fabrication de preuve au SPVM, pour écarter des policiers de certains dossiers, cela ne satisfait pas les solidaires Manon Massé et Amir Khadir. Pour ce dernier, «la preuve a été suffisamment faite, au Québec comme ailleurs, qu'une enquête de la police sur la police ne fonctionne pas».

Même son de cloche au Parti québécois, où M. Bérubé affirme que bien que des moyens supplémentaires aient été annoncés par le ministre Coiteux pour enquêter sur les pratiques du SPVM, «il n'en demeure pas moins que la police va enquêter sur la police, même si elle provient de plusieurs endroits».

C'est pourquoi M. Bérubé s'intéresse à l'idée d'élargir le mandat de la Commission d'enquête sur les sources journalistiques «pour tenir compte notamment des liens potentiels qui existent entre le pouvoir politique et la police». Cela éviterait d'avoir à créer une nouvelle commission d'enquête et permettrait aux gens qui ont des choses à raconter de se faire entendre sans craindre des représailles.

Plus de pouvoirs au BEI

Quant à la possibilité d'amender le projet de loi 107 pour donner plus de pouvoirs au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), comme l'a suggéré le ministre Coiteux, Manon Massé y voit peut-être un pas dans la bonne direction. Par contre, elle trouve souhaitable d'ajouter aux enquêteurs du BEI un volet où le «citoyen ordinaire» sera représenté, un peu comme il se fait en Ontario, afin de rendre cette instance «réellement indépendante». Il faudrait aussi peut-être examiner la procédure actuelle qui fait en sorte que les postes à pourvoir aux directions de police sont présentement le fruit de nominations gouvernementales.

À cela, Pascal Bérubé ajoute que si le gouvernement n'avait pas retardé la création du BEI, il serait déjà totalement habileté à mener l'enquête actuelle. Selon lui, le ministre n'a pas besoin de modifier la loi, mais il a besoin de donner au BEI les moyens de faire son travail.

Même son de cloche à la CAQ où André Spénard estime que la loi actuelle confère déjà au BEI tous les pouvoirs pour enquêter sur les allégations graves secouant le SPVM.

Enfin, il semble que le gouvernement Couillard s'aventure sur un terrain glissant en multipliant les enquêtes internes et rapports pour lever le voile sur des allégations graves secouant le SPVM au lieu de se tourner directement vers une enquête indépendante et publique, selon Québec solidaire. Selon Manon Massé, lorsque le politique se mêle du milieu policier ça peut créer des situations non souhaitables, voire donner l'impression qu'on cherche à protéger des gens.




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