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CPE: démissions sur fond d'allégations de conflit d'intérêts

Accusant le Conseil québécois des services de garde... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Accusant le Conseil québécois des services de garde éducatifs à l'enfance (CQSGEE) de s'être placé en situation apparente de conflit d'intérêts, trois administrateurs ont claqué la porte de l'association, a appris La Presse.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

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Trois administrateurs ont claqué la porte d'une association de centres de la petite enfance dans la foulée de négociations qu'ils ont jugé « questionnables » avec le gouvernement Couillard. L'un d'entre eux accuse le Conseil québécois des services de garde éducatifs à l'enfance (CQSGEE) de se placer en situation apparente de conflit d'intérêts.

Cette source, qui dirige un CPE, s'est confiée à La Presse sous le couvert de l'anonymat par crainte de représailles. 

Le conflit au CQSGEE a éclaté dans les derniers mois, au moment où le réseau des services de garde subventionnés protestait contre l'intention de Québec d'imposer des compressions additionnelles de 120 millions de dollars.

Le CQSGEE a finalement accepté de négocier avec le gouvernement en début d'année. Il a été la première association du réseau à conclure une entente. Le ministre Sébastien Proulx l'a imposée à l'ensemble du réseau à la fin février. Il a consenti à verser une « allocation de transition » de 60 millions en contrepartie des compressions récurrentes de 120 millions. Les critères sur l'utilisation de cette allocation ont été négociés avec le CQSGEE.

Malaise

Les négociations ont été « questionnables », estime l'un des administrateurs qui ont démissionné en cours de route. Elles ont été menées en vase clos, sans consultation digne de ce nom auprès des membres, selon lui. 

Mais surtout, notre source soutient que le CQSGEE a négocié une allocation de transition qui finira en partie dans ses coffres. Elle en veut pour preuve le « séminaire » de deux jours que tient l'association depuis hier dans un hôtel de Bécancour. 

Le coût de l'activité s'élève à 225 $ plus taxes, ou à 275 $ avec le souper. À cela s'ajoute le coût de la chambre : 175 $ la nuitée en occupation simple ou 105 $ en occupation double. On propose membres de « profiter du séjour pour s'offrir un surclassement », à un prix variant entre 20 $ et 100 $ la nuitée.

L'invitation envoyée aux CPE membres précise également en caractère gras que la participation au séminaire est « une dépense admissible à l'allocation de transition ».

Le programme prévoit quatre conférences, dont l'une sur « l'utilisation de l'allocation de transition », des périodes de « partage de connaissances » et un « coquetel ». Il y a aussi la « visite d'exposants » qui offrent leurs services aux CPE. Parmi eux se trouvent des firmes comptables et de gestion. Les CPE peuvent payer leurs services en utilisant l'allocation de transition. 

L'administrateur démissionnaire reproche au CQSGEE de tenir son assemblée générale par la même occasion, forçant ainsi les membres à prendre part au séminaire. « Comment se fait-il que l'allocation serve à payer pour l'assemblée générale » de l'association ? se demande-t-il.

Le CQSGEE est « allé négocier une allocation qu'il va ensuite chercher dans le réseau. C'est comme si on s'était négocié du financement pour sa propre organisation, d'où le malaise », ajoute notre source. 

« Est-ce qu'il y a conflit d'intérêts ? Je ne sais pas. Mais il y a apparence en maudit. » Selon elle, « ça ne tient pas la route » que le CQSGEE soit l'entremetteur entre des firmes et ses membres pour des services admissibles à l'allocation de transition qu'il a lui-même négociée.

« Personne n'est forcé »

En entrevue, la directrice générale du CQSGEE, Francine Lessard, a d'abord nié les trois départs du conseil d'administration, malgré les preuves obtenues par La Presse. Elle a finalement reconnu la démission d'une seule personne qui « n'était pas à l'aise avec la vision » de l'association. 

Elle rejette les allégations d'apparence de conflit d'intérêts. « Le coût devrait couvrir les dépenses liées à l'événement, pas plus », s'est-elle défendue. Des exposants offriront des services de gestion, mais « les membres feront bien les choix qu'ils veulent, personne n'est forcé » d'accepter quoi que ce soit, a-t-elle plaidé. « Il n'y a rien de méchant ou de compromettant là-dedans. (Le séminaire) sert à faire du partage d'expertise pour nos membres ». 

À ses yeux, « des personnes se servent des médias pour mener à bien une petite guéguerre associative ». Notre source affirme que sa sortie n'est pas téléguidée par l'Association québécoise des CPE, le groupe rival du CQSGEE.

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