Centres jeunesse: il n'y a pas de crise, réplique Québec

La situation dans les centres jeunesse est loin... (PHOTO MARTIN TREMBLY, LA PRESSE)

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La situation dans les centres jeunesse est loin d'être exemplaire, conclut un expert mandaté par le gouvernement pour faire le point sur le problème des fugues.

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(QUÉBEC) Il n'y a pas de crise dans les centres jeunesse, leur situation est plutôt « en évolution », soutient la ministre déléguée aux Services sociaux, Lucie Charlebois. Elle dit non à la tenue d'états généraux proposée par André Lebon, expert en matière de réadaptation des jeunes en difficulté, et appuyée par l'opposition.

En entrevue à La Presse, M. Lebon a déclaré que les centres jeunesse traversent une crise importante, ce qui justifie des états généraux selon lui.

Lucie Charlebois ne partage pas son diagnostic. « Je ne considère pas qu'il y a une crise, je pense que c'est en évolution », a-t-elle affirmé lors d'une mêlée de presse, en marge d'une réunion du caucus libéral mardi.

« Comme tout ce qu'il y a dans la vie, tout est évolutif, et il faut prendre en compte les choses qu'on doit améliorer tout au long d'une vie. Vous savez quoi ? Je ne suis pas venue au monde avec la personnalité que j'ai aujourd'hui. C'est la même chose pour les centres jeunesse. Il faut pouvoir améliorer nos services à mesure que les pratiques changent. »

Ainsi, elle rejette l'idée des états généraux sur les centres jeunesse et la réadaptation des jeunes en difficulté. « Ce qu'il faut instaurer, c'est une table permanente, et elle est déjà en place. La table va poursuivre ses travaux tout au long de la vie durant (...) pour ajuster nos pratiques » au fil du temps, a-t-elle plaidé.

Elle a ajouté que des consultations sont prévues dans le cadre de la révision de la loi sur la protection de la jeunesse, prévue cet automne. Cette loi doit être révisée tous les cinq ans.

« Ce qu'on me dit sur le terrain, c'est autre chose »

Pour André Lebon, quatre raisons expliquent le cul-de-sac dans lequel se trouvent les centres jeunesse : le taux de roulement élevé du personnel, l'obsession des normes, le manque de soutien clinique et la réforme du réseau de la santé pilotée par le ministre Gaétan Barrette. Il ajoute que les contraintes budgétaires amènent son lot de difficultés pour les centres jeunesse. Il avait fait le même constat lorsque le gouvernement Couillard l'avait mandaté pour faire la lumière sur les fugues à répétition au centre jeunesse de Laval. Les compressions budgétaires ont empiré le problème des fugues d'adolescentes hébergées dans les centres jeunesse, concluait-il dans son rapport. Il parlait même d'une « fugue du financement » à « prévenir absolument ».

Lucie Charlebois réplique que les coupes de 20 millions imposées l'an dernier se sont faites « dans l'administration » et que 58 millions ont été ajoutés dans les services.

Elle n'a que des bons mots pour la loi 10 qui a fusionné les établissements de santé. Pour M. Lebon, les centres jeunesse ne sont pas une priorité dans les nouveaux CISSS et CIUSSS. « Moi, ce qu'on me dit sur le terrain, c'est autre chose », a réagi Mme Charlebois. Tous les intervenants du réseau sont « tellement contents de travailler ensemble », selon elle.

Elle reconnaît toutefois qu'« il y a lieu d'améliorer » le taux de roulement du personnel. « Il y a un glissement là, et c'est quelque chose qu'il va falloir regarder pour que le jeune puisse avoir un lien d'attachement plus insistant ». Mais ce fort roulement s'explique en partie par une réalité sur laquelle le gouvernement ne peut avoir de contrôle. « On sait que plusieurs femmes travaillent dans les centres jeunesse. Loin de moi vouloir critiquer ça, j'ai des enfants et je suis une femme, mais on fait des bébés, nous. Les femmes, quand elles quittent, ça crée une instabilité ». Elle a évoqué l'idée de créer un poste d'« intervenant pivot » pour suivre un jeune « tout au long de son parcours ».

Des recommandations d'André Lebon dans son rapport sur les fugues à Laval sont en cours de réalisation, a-t-elle ajouté. Un plan d'action et un projet de loi seront déposés cet automne. « Je n'ai pas commandé un rapport pour le mettre sur la tablette et ne pas en tenir compte. C'est évident que M. Lebon a une expertise que j'entends respecter. »

Lisée en faveur des états généraux

En conférence de presse, le député péquiste Jean-François Lisée, porte-parole en matière de services sociaux, a appuyé la tenue d'états généraux. Cet exercice serait susceptible selon lui de corriger le « déficit de compassion » du gouvernement Couillard.

André Lebon « a décidé de libérer sa parole complètement et de dire que le système des centres jeunesse est en crise, et c'est ce que nous disons depuis deux ans, a-t-il ajouté. Le problème des fugues, le problème du manque de suivi, le problème du roulement de personnel, ce sont des symptômes d'une crise grave qui a plusieurs causes, elles ne sont pas toutes liées à l'action gouvernementale libérale, mais c'est clair que le gouvernement Couillard a aggravé les choses » avec ses compressions et sa réforme des structures.

Jean-François Lisée demande ainsi au gouvernement d'annuler les coupes de 20 millions de dollars par année qu'il a imposées l'an dernier et de retourner ces sommes « dans les 24 heures » aux centres jeunesse. Gaétan Barrette doit également présenter un « amendement immédiat » à sa loi 10 qui a fusionné les établissements de santé. Les centres jeunesse doivent retrouver leur autonomie, a plaidé M. Lisée.

La Coalition avenir Québec, qui appuie la tenue d'états généraux, demande que le premier ministre Philippe Couillard prenne en main le dossier des centres jeunesse. Lucie Charlebois (Services sociaux) et Martin Coiteux (Sécurité publique) ont « échoué » selon le parti de François Legault.

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