Malgré une directive, Québec multiplie les voyages à l'étranger

Personne ne sera surpris d'apprendre que la ville... (Photo archives AP)

Agrandir

Personne ne sera surpris d'apprendre que la ville de Paris arrive bonne première comme choix de destination privilégiée des membres du gouvernement québécois.

Photo archives AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
QUÉBEC

Malgré sa promesse de rester sagement à la maison, le gouvernement Couillard ne s'est pas empêché de parcourir la planète au cours de la dernière année. Les missions à l'étranger se sont multipliées.

Il s'était pourtant engagé formellement à limiter au strict minimum ses déplacements à l'étranger, soucieux de donner l'exemple, alors qu'il imposait d'importantes compressions budgétaires à l'appareil de l'État.

Le 25 novembre 2014, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, en avait fait l'annonce publiquement, sur un ton solennel: désormais, assurait-il, seuls les projets de voyages estimés incontournables seraient autorisés. «L'État doit se serrer la ceinture», martelait M. Coiteux. Sa directive sur les déplacements s'inscrivait dans le plan global du gouvernement visant à assainir les finances publiques par un contrôle serré des dépenses.

Les membres du gouvernement devaient donc ranger leurs valises. Aucune mission ministérielle planifiée à l'extérieur du Québec ne pourrait devenir réalité, sans l'approbation expresse du cabinet du premier ministre.

Dès qu'il serait question de déplacement, il faudrait dorénavant s'en tenir «aux cas jugés essentiels», pour reprendre l'expression du ministre Coiteux.

Or, plus d'une année est passée et le constat est le suivant: malgré la directive, les ministres ont pu comme avant boucler leurs valises et voir du pays. La presque totalité des projets de missions à l'étranger soumis au cabinet ont reçu le feu vert.

Seulement trois projets ont été mis de côté, selon les données fournies à La Presse Canadienne par le cabinet du premier ministre Couillard.

Le cabinet affirme avoir reçu 33 projets de missions de la part de membres du gouvernement et en avoir approuvé 30.

Mais ces chiffres ne donnent pas un portrait exact de la situation. Car les données fournies par le cabinet, six semaines après la demande initiale et plusieurs rappels, sont incomplètes.

Le nombre affiché est bien en deçà du nombre réel de déplacements effectués, en raison du fait que le cabinet a décidé d'exclure d'emblée de la liste les neuf missions à l'étranger de la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, et la douzaine de missions menées par le premier ministre Philippe Couillard.

Par exemple, la mission gouvernementale effectuée en mars 2015, d'une ampleur sans précédent, ne figure pas sur la liste. Pour mener à bien sa mission à Paris, le premier ministre avait choisi alors d'être accompagné de pas moins de cinq ministres et leur suite: Jean D'Amour, Christine St-Pierre, David Heurtel, Hélène David et Jacques Daoust. Au même moment, en parallèle, une sixième ministre, Lise Thériault, menait sa propre mission européenne, notamment à Paris elle aussi.

Le processus décisionnel entourant cette directive sur les voyages paraît nimbé de mystère. Malgré des demandes répétées, le cabinet du premier ministre a refusé de dire sur quels critères il s'appuyait pour accepter ou refuser un projet de déplacement ministériel en contrée étrangère.

Comment fait-on, en ce domaine, pour départager l'essentiel de l'accessoire? Personne n'a pu ou voulu fournir de réponse à cette question.

On a aussi refusé de préciser quels projets avaient été écartés, et par quels ministres ils avaient été présentés. Il a aussi été impossible de savoir de qui relevait la décision de trancher.

Personne ne sera surpris d'apprendre que la ville de Paris arrive bonne première, comme choix de destination privilégiée des membres du gouvernement québécois. Depuis le 25 novembre 2014, M. Couillard y est allé à quatre reprises, suivi de Christine St-Pierre, Jean D'Amour et David Heurtel (trois fois chacun), Hélène David, François Blais et Jacques Daoust (deux fois chacun), Carlos Leitao, Lise Thériault et Laurent Lessard (une fois chacun).

Loin derrière la Ville lumière, New York se classe au deuxième rang. Québec ne croque pas si souvent dans la Grosse Pomme. M. Couillard et son ministre des Finances, Carlos Leitao, y sont allés deux fois chacun, tandis que Jacques Daoust, Hélène David, Pierre Arcand, Stéphanie Vallée et Christine St-Pierre y ont chacun posé le pied une fois.

Le grand voyageur du gouvernement se nomme Jacques Daoust, avec à son actif une dizaine de missions économiques derrière la cravate, depuis la fin novembre 2014. Le ministre de l'Économie a exploré Paris, Davos, Tel Aviv, New York, Pékin, Hong Kong, Mexico, Bogota, Atlanta et Détroit.

Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, n'est pas en reste, ayant séjourné à Paris, Lyon, Seattle, Los Angeles, Mexico et Lima.

Jean D'Amour qui n'est responsable que d'un seul dossier - la stratégie maritime - a jugé essentiel de diriger trois missions. En l'espace de huit mois, il s'est rendu trois fois à Paris (en mars, en septembre et en novembre), sans compter des détours par Bruxelles, Rotterdam, Marseille, Anvers, Wageningen, Zeebruges et Gand.

Certains ministres n'ont jamais quitté le pays par affaires: Jean-Marc Fournier, Kathleen Weil, Francine Charbonneau, Lucie Charlebois, Martin Coiteux, Jean-Denis Girard, Geoffrey Kelley, Pierre Moreau, Dominique Vien et Robert Poëti.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer