Marguerite Blais «avait besoin d'un défi»

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«Il m'a demandé de réfléchir et il a dit qu'il respecterait ma décision si ma décision était de quitter. On se quitte harmonieusement», a affirmé la démissionnaire dans la seule entrevue qu'elle a voulu accorder hier.

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Ce n'est pas le seul facteur, mais le refus de Philippe Couillard de la nommer ministre a pesé lourd dans la décision de Marguerite Blais de quitter la vie politique. «J'ai dit à M. Couillard que j'avais besoin d'un défi. Pour survivre actuellement, j'ai besoin d'un défi. Et le défi n'arrive pas. Alors je fais le choix d'être libre», a confié à La Presse, hier, la députée libérale de Saint-Henri-Sainte-Anne depuis huit ans.

Elle a avisé M. Couillard de sa décision mardi. «Il m'a demandé de réfléchir et il a dit qu'il respecterait ma décision si ma décision était de quitter. On se quitte harmonieusement», a affirmé la démissionnaire dans la seule entrevue qu'elle a voulu accorder hier.

Elle «respecte le choix» de M. Couillard de ne pas lui confier un poste de ministre ou un «grand défi», comme elle le dit. Le premier ministre semble d'ailleurs éloigner le scénario de remaniement. C'est ce qu'il a laissé entendre à Mme Blais. 

«Un défi, c'était bien sûr de m'occuper des aînés ou des proches aidants. Ça aurait pu être un autre défi aussi. Mais il n'y a pas à court terme de défi», a laissé tomber l'ex-ministre responsable des Aînés sous Jean Charest.

Un rêve réalisé

Elle raconte que Robert Bourassa, Gilles Duceppe, André Boisclair et Mario Dumont l'ont courtisée pour faire le saut en politique. Jean Charest lui a fait en 2007 une proposition qu'elle ne pouvait refuser. «Il m'a approché pour le comté où je suis née. Et en plus, dans le parti, il me parlait de la possibilité, et c'était une promesse électorale, qu'il y ait un ministre responsable des Aînés. J'en rêvais, j'en rêvais, j'en rêvais... C'est la seule affaire que je voulais faire dans ma vie, et je l'ai eue.»

Mais elle n'a pas renoué avec son rêve sous Philippe Couillard. «C'est ça, la politique: tu ne peux pas t'attendre à avoir une place éternellement, a-t-elle philosophé. Le premier ministre a son plan, et il fonctionne comme il a décidé que ça allait fonctionner. Comment je dirais? Il a un contenant, et il a décidé du contenu qui allait dedans. C'est correct.

«Je n'envie pas Francine Charbonneau [ministre de la Famille et responsable des Aînés] ou mes autres collègues, a-t-elle ajouté. C'est moi qui ai besoin d'un défi. Je ne veux pas voler les défis des autres. Pour trouver un sens à ma vie, il faut que je me branche à quelque part. Ce n'est pas plus compliqué que ça.»

Le 27 mars dernier, Mme Blais a perdu son mari, Jean-Guy Faucher, emporté par un cancer. Elle a repris le collier à l'Assemblée nationale deux semaines plus tard. «Je peux vous dire qu'on m'a ramassée souvent à la petite cuillère.» Elle aurait aimé prendre une année sabbatique, «mais en politique, on ne peut pas faire ça».

«Je ne peux pas aller à l'Assemblée nationale juste pour prendre un salaire, vous comprenez? J'ai trop de respect pour le travail de député. Il y en a qui disent: "Tu devrais rester parce que ça fait augmenter ta pension et tes avantages, et tu peux prendre des vacances." Je ne suis pas capable de faire ça. Il fallait que je laisse ma place à quelqu'un qui va s'occuper entièrement des citoyens de Saint-Henri-Sainte-Anne.»

De «multiples raisons» expliquent donc sa démission, a-t-elle insisté. «Je ne me voyais pas cet hiver partir de ma maison de Saint-Hyppolite [NDLR: près de Saint-Sauveur] pour prendre la route jusqu'à Montréal, après prendre le train et m'en aller à Québec. La conduite automobile, c'est un peu difficile pour moi... Avant, Jean-Guy me reconduisait à Montréal pour que je prenne le train et venait me chercher.»

Une lettre reçue cet été a également causé «un choc». «Ça disait que je suis éligible à la pension de la Sécurité de la vieillesse.» Elle aura 65 ans le 12 septembre. Elle a alors songé à ce qu'elle voulait faire «le temps qui [lui] reste en bonne santé». «Je veux être heureuse dans ma vie dans les années à venir et je considère que j'ai vécu le bonheur que j'avais à vivre en politique. Je n'ai pas de regret.»

Elle occupera ses fonctions pendant environ deux semaines encore, pour quelques activités dans sa circonscription. Elle ne sera ni de la réunion du caucus libéral la semaine prochaine, ni de la rentrée parlementaire le 15 septembre. C'est à ce moment que sa démission sera officialisée.

Marguerite Blais a décidé de toucher son allocation de transition, mieux connue sous l'expression «prime de départ». On parle d'environ 150 000$. «C'est mon salaire différé. Et je ne m'en vais pas travailler nulle part, je m'en vais chez nous! [...] Je n'ai pas d'assurance vie de mon mari. J'ai très peu de revenus», a-t-elle plaidé. Elle dit avoir consulté le commissaire à l'éthique de l'Assemblée nationale qui, sans surprise, lui a confirmé son droit de toucher l'allocation.

Une élection partielle d'ici six mois

Le premier ministre Philippe Couillard devra déclencher des élections partielles d'ici six mois pour combler le poste laissé vacant par Marguerite Blais. Saint-Henri-Sainte-Anne est une circonscription détenue par les libéraux depuis sa création en 1994. Le Parti libéral a toujours dominé dans ce secteur de la ville de Montréal auparavant. Marguerite Blais l'a emporté avec 52,5% et une majorité 11 540 voix lors des élections du 7 avril 2014. La lutte fut plus serrée au scrutin de 2012. Mme Blais a récolté 38,5% des suffrages contre 32,1% pour la péquiste Sophie Stanké, aujourd'hui candidate bloquiste dans Châteauguay-Lacolle. La majorité de la libérale avait été de 2307 voix.

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