Le premier ministre Philippe Couillard, qui débute lundi une visite de cinq jours à Paris et Bordeaux, veut «continuer à élargir» la relation du Québec avec la France en encourageant notamment la coopération maritime.

Pour le gouvernement québécois, «la France a un statut supérieur à n'importe quel autre pays étranger», estime Philippe Couillard, dans un entretien à l'AFP.

Sans doute le plus français de son équipe gouvernementale, né d'une mère originaire de Grenoble, M. Couillard va devoir multiplier les gestes d'amitié tant les relations sont froissées avec la France après sa décision de dénoncer unilatéralement une entente universitaire bilatérale datant de 1978.

Jusqu'à présent, les Français inscrits dans les universités québécoises bénéficiaient d'une exemption leur permettant de payer les mêmes frais de scolarité que les étudiants québécois. Élu en avril dernier, le gouvernement libéral de M. Couillard, engagé dans une pointilleuse chasse aux économies, a décidé mi-février de faire payer aux étudiants français du premier cycle des droits trois fois plus élevés, soit dorénavant 6550 dollars par an.

En échange du maintien de l'exonération pour les étudiants français des deuxième et troisième cycles, Philippe Couillard réclame de Paris de faciliter l'accès des Québécois aux grandes écoles comme HEC, l'Essec ou les écoles d'ingénieur, ce qui, de son propre aveu, est compliqué par «le fait que beaucoup d'entre elles sont privées».

Pour adoucir cette hausse des droits auprès des autorités françaises, M. Couillard a annoncé que 12 à 15 résidants de Saint-Pierre-et-Miquelon, petit archipel français de 6000 habitants enclavé dans le golfe du Saint-Laurent, allaient chaque année être autorisés à étudier en payant le même tarif que les Québécois.

Expertise maritime française 

«Il faut le dire: la relation France-Québec est extrêmement précieuse pour nous et on veut la faire progresser, on veut ouvrir plusieurs fenêtres», affirme M. Couillard.

En particulier, il souhaite lors de son déplacement encourager les entreprises hexagonales à profiter des opportunités offertes par le «Plan nord» prévues par son gouvernement pour encourager l'exploitation des matières premières de l'Arctique québécois. «C'est l'occasion de faire un développement très intégré» tant les perspectives sont riches, dit-il.

Autre pilier de sa politique économique: «la stratégie maritime» qui vise à industrialiser et diversifier l'économie de l'estuaire du Saint-Laurent.

«On a besoin de l'expertise considérable des Français et des Européens dans le domaine maritime» afin de donner corps à ce projet devant permettre de profiter de la hausse du trafic maritime attendu avec l'entrée en application de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, en 2016, souligne le premier ministre.

Soucieux de dégager des synergies franco-québécoises, M. Couillard a indiqué vouloir avec François Hollande «faire une sorte d'institut maritime commun» à Rimouski. Il promet une annonce en ce sens lors de sa rencontre lundi avec le président français sans donner le détail du financement.

Sur le plan environnemental, Philippe Couillard salue les efforts déployés par la France en vue de la conférence sur le climat (COP21) de Paris en décembre. Il se dit convaincu que les États fédérés comme le Québec ont «une place très grande» à jouer lors de ce rendez-vous contre le réchauffement climatique. «Les États, les gouvernements, on doit être perçus comme proactifs dans ce domaine», souligne-t-il.

Il vante en particulier la Bourse carbone récemment lancée entre le Québec et la Californie qui doit permettre de dégager trois milliards de dollars dans un fonds vert dédié d'ici 2020.

Après Paris lundi et mardi, M. Couillard et une importante délégation se rendront à Bordeaux mercredi et jeudi.