Le Québec n'est pas à l'abri de l'extrême-droite, selon Pauline Marois

L'ex-première ministre du Québec, Pauline Marois.... (Photo Pascal Ratthé, archives Le Soleil)

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L'ex-première ministre du Québec, Pauline Marois.

Photo Pascal Ratthé, archives Le Soleil

(DRUMMONDVILLE) Le Québec n'est pas à l'abri du courant de droite qui est apparu en Europe, prévient Pauline Marois. Si les gouvernements échouent à protéger les droits collectifs, restent sourds aux attentes des citoyens, on assistera ici aussi à «l'émergence de mouvements politiques que nous avons bien des raisons de craindre».

«Le Québec n'est pas à l'abri de ce genre de situation», de souligner Mme Marois devant 400 militants réunis pour faire un dernier post-mortem de la défaite péquiste du 7 avril. Dans son allocution, chaudement applaudie, en ce dernier jour à la barre du PQ, Mme Marois a livré cette mise en garde, en guise de testament politique. Si les gouvernements «se montrent sourds aux aspirations légitimes de parties importantes de la population, de plus en plus de nos concitoyens seront tentés de se réfugier dans les marges». Pour elle, il s'agit de «la préoccupation la plus urgente que doivent avoir les militants».

Ce qui arrive en Europe, avec le virage vers l'extrême-droite des dernières élections européennes, pourrait aussi arriver au Québec. «C'est un phénomène qui apparaît quand on remet en question les mesures collectives, en pensant à l'approche individuelle plutôt que sur la collectivité. Quand les difficultés budgétaires apparaissent, la tendance est de remettre en question ces grandes mesures qui ont fait que le visage du Québec a changé, que la pauvreté a reculé avec la politique des services de garde. Cela m'inquiète quand je vois la façon dont gère, à très courte vue, le gouvernement actuel »

Pas question pour elle de «jouer les beaux pères», auprès de ses successeurs, pas question pour elle d'intervenir sur la course à sa succession.

Longuement ovationnée, elle est restée longtemps à la tribune, après son allocution comme si elle hésitait à rompre, une dernière fois, le contact avec les militants. Sur son bilan personnel, elle s'est dit surtout «fière d'avoir offert un meilleur départ à nos tout-petits, en leur offrant des services de garde de qualité. Je suis fière d'avoir aidé tant de femmes à retourner sur le marché du travail», de soutenir la première femme élue première ministre.

En point de presse, elle souligna «assumer pleinement» la responsabilité de la défaite du 7 avril. Même si elle a soutenu ne pas avoir vu venir cette déconfiture, elle a soutenu que son organisation avait toujours été transparente avec elle. Elle se dit «retraitée pour l'instant», mais n'a pas l'intention de revenir en politique.

En après-midi, les militants péquistes ont assisté à huis clos aux explications des stratèges du PQ pour le naufrage du 7 avril. Pierre Luc Cotnoir, celui qui anaysait les sondages pour le camp Marois, faisait une présentation.

En soirée, Mme Marois recevait les hommages d'une longue liste de sympathisants, de Lise Payette, à Jacques Léonard. Mais l'hommage réunissait une majorité de députés actuels du PQ ainsi que Nicole Stafford, l'amie et chef de cabinet de Mme Marois.

Le PQ en troisième place

Un sondage Léger publié samedi révélait que le PQ avait glissé en troisième place, à 20 % d'appuis derrière la Coalition avenir Québec, à 29 %. Les libéraux de Philippe Couillard conservent une confortable avance à 39 %. Dans les coulisses de la réunion, plusieurs ténors péquistes soutenaient que la situation pourrait se renverser, que les sondages fluctuaient toujours. L'ancien ministre Jean-François Lisée a carrément dit ne pas prêter foi à ce sondage. «On a quatre ans et demi et on a pris acte des résultats», de résumer Stéphane Bédard, chef de l'aile parlementaire. Le sondage «est une photo de l'humeur des Québécois à un moment, l'opinion varie. On était à 40 % et aujourd'hui à 20 % ce qui est normal parce qu'il n'y a pas de chef qui incarne l'orientation du PQ», observe Raymond Archambault, le président du PQ.

En marge de la réunion, la plupart des candidats potentiels à la succession donnaient des points de presse.

En avance dans le sondage publié dans son ancien journal, le Journal de Montréal, Pierre Karl Péladeau s'est dit «honoré» mais a vite réduit la portée du coup de sonde. «Les sondages ca va, ca vient. On peut avoir des sondages, mais quand les élections ont lieu dans quatre ans et demi, je ne crois pas que ce soit pertinent ou utile» a-t-il soutenu.

Pas question pour lui de discuter d'une éventuelle course à la direction du PQ. «Aujourd'hui c'est l'occasion de rendre hommage à Mme Marois», insiste-t-il.

L'ancien patron de Québecor obtiendrait 40 % d'appuis chez les voteurs péquistes et 19 % dans l'ensemble de la population devançant dans les deux cas, Véronique Hivon en deuxième place.

«M. Péladeau serait un très bon premier violon, mais pas un chef d'orchestre. Il faut réunir et j'ai vu au moment de sa candidature une réaction très forte dans le milieu syndical, il y en a qui vont travailler à d'autres alternatives», de lancer Marc Laviolette, président de l'association de Beauharnois. Le PQ est social-démocrate et le support des syndicat est important pour lui». Si PKP devenait chef, le PQ «risque de s'éroder de façon importante», observe le syndicaliste, ancien président de la CSN.

Pour lui, Mme Marois et son entourage se sont trompés en déclenchant une élection sans justifier cette décision. «Ils ont une part de responsabilité d'avoir déclenché une élection alors qu'il n'y avait pas d'enjeu» a-t-il soutenu, un constat partagé par l'ancien ministre Réjean Hébert.

Pour Bernard Drainville et Véronique Hivon, il est trop tôt pour discuter de leadership. «Ce n'est pas la priorité de choisir le prochain chef, ce qui importe est de se rassembler et commencer à penser au Québec qu'on veut pour l'avenir», dira l'ex-ministre Drainville. «Il faut être sur les idées avant d'être sur les personnes. Je veux participer au débat d'idées. Il faut rebâtir le lien de confiance avec les gens, il faut se retrouver avant de trouver un sauveur, une sauveuse», de soutenir Mme Hivon.

Pour Réjean Hébert, l'ex-ministre de la Santé posait d'entrée de jeu ses balises : «le PQ doit rester social-démocrate». «On a eu un résultat sévère le 7 avril, l'important est de rebâtir le parti actuellement», dira Martine Ouellet, qui a lancé des coups de sondes auprès des éléments les plus à gauche du PQ.

Pour Pierre Duchesne, battu dans Borduas, le PQ doit réfléchir sur ce qui est arrivé. «Il faut écouter les Québécois de toutes les générations», dira l'ex-journaliste devenu conseiller au cabinet de Stéphane Bédard.

Pour M. Bédard, les militants «ont pris acte du résultat et sont tournés vers l'avenir». Le résultat du 7 avril «n'est pas une tragédie», a-t-il soutenu, refusant de prendre position sur les mécanismes de la course au leadership. «Une crise est une opportunité pour réfléchir», dira Diane De Courcy, ministre battue dans Crémazie le 7 avril.

Candidat battu par le chef caquiste dans L'Assomption, Pierre Paquette croit qu'il faut «peaufiner, mieux articuler, la question de la bonne gouvernance et notre option fondamentale, la souveraineté». Cet ancien bloquiste constate que «le Bloc a été le précurseur malheureux de la situation, et il a refusé de faire l'analyse nécessaire de la situation». Il paraît réticent à la candidature de Pierre Karl Péladeau, «c'est très différent d'être chef d'un parti politique et chef d'une entreprise», résume-t-il.

Plusieurs élus, dont Alexandre Cloutier et Jean François Lisée, ont fait la promotion de «primaires ouvertes», une formule où l'ensemble des citoyens, prêts à adhérer aux valeurs du PQ, pourraient voter pour le prochain chef. Mais la proposition rencontrera des réticences.

Sur cette mécanique, Pierre Karl Péladeau n'a pas arrêté son opinion. «La décision ne m'appartient pas, ce qui importe c'est de participer au débat, il y a des pours, des contres, pour l'instant je n'ai pas d'opinion, les primaires en général c'est pour le choix des chef dans les régimes présidentiels, on est dans un régime parlementaire bien différent».

Pour Réjean Hébert, ces valeurs fondamentales du PQ, à ce stade-ci, seraient difficiles à identifier.

«Une formule boiteuse» observe Michel Leduc, président de la région de Laval. Pour lui, il est difficile pour les militants de chercher à la fois à recruter de nouveaux membres tout en permettant à tout le monde de voter. La région de Montréal-Centre devait déposer en fin de journée une résolution pour que le PQ examine cette formule, mais la prochaine conférence des présidents devrait en disposer l'automne prochain. La convocation d'un congrès spécial, un passage obligé pour le changement des règles, nécessite l'appui des deux tiers des délégués.




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