La méfiance à Québec

La méfiance n'a pas de frontières. Il faut... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse)

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La méfiance n'a pas de frontières. Il faut s'attendre à ce que Dominique Poirier (photo) et Stéphane Paquet soient rappelés de leurs délégations de New York et Londres. Cela devrait attendre l'automne, toutefois.

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(Québec) Il ne le sait pas encore - il s'en doute probablement -, mais Luc Monty, le sous-ministre des Finances, travaille à son dernier budget.

L'ambiance doit être lourde dans le somptueux bureau de Carlos Leitao, où ce genre de chose se sait sans se dire. Le gouvernement Couillard a besoin de ces experts pour préparer rapidement son budget et les crédits de mercredi prochain. Jeudi, ce sera une tout autre affaire.

Lambris, plafond à caissons, l'ancien bureau du juge en chef de la Cour du Québec est, depuis près de 30 ans, occupé par le ministre des Finances. Tout le ministère est logé dans le vieux palais de justice, que les magistrats ont quitté depuis longtemps. Idem pour le bénéfice du doute et la présomption d'innocence.

Les hauts fonctionnaires qui ont collaboré avec le bref gouvernement Marois sont soupçonnés de haute trahison. Mais il n'y aura jamais de procès, rien qu'une sentence. Monty est au ministère des Finances depuis 1987, son curriculum illustre une bien besogneuse ascension jusqu'au sommet de l'organisation.

Illustration tangible de la méfiance: pour la première fois, de mémoire de fonctionnaire, le gouvernement a introduit quelqu'un de l'extérieur pour la préparation du budget et des crédits. Bien sûr, André Dicaire a de longs états de service. Premier fonctionnaire de Jean Charest, il a été sous-ministre à la Santé puis au Trésor sous les libéraux. On sollicitait son avis pour la transition; il est depuis quelques semaines profondément impliqué dans la préparation des crédits et du budget.

Pourquoi faire appel à cette grosse pointure qui a pris sa retraite depuis plusieurs années? C'est que le gouvernement Couillard se méfie de ses mandarins.

Girard en sursis

Ce n'est pas l'apanage du «bunker», le cabinet du premier ministre. Nicolas Girard, à l'Agence métropolitaine de transport (AMT), est lui aussi en sursis. Il faut dire que Mme Marois avait confié cette organisation, qui emploie des centaines de personnes, à un élu défait qui n'avait jamais rien dirigé de plus gros que son bureau de circonscription. Lors de sa première rencontre avec le ministre Robert Poëti, l'atmosphère était à couper au couteau, raconte-t-on.

Même froideur quand le ministre de l'Économie, Jacques Daoust, a croisé le patron d'Investissement Québec, Mario Albert, placé là par le Parti québécois (PQ) quand lui-même en a été éjecté par la ministre Élaine Zakaïb.

Lise Thériault, ministre de la Sécurité publique, n'a pas passé beaucoup de temps non plus avec Mario Laprise, le patron de la Sûreté du Québec (SQ), nommé par le PQ dès son arrivée au pouvoir. On voulait visiblement pouvoir dire qu'une rencontre avait eu lieu, même s'ils ne se sont échangé que des politesses. Le projet d'un nouveau mécanisme pour ce genre de nomination procurera peut-être un sursis à Laprise, mais on peut parier qu'il ne terminera pas son mandat de cinq ans.

La méfiance n'a pas de frontières. Il faut s'attendre à ce que Dominique Poirier et Stéphane Paquet soient rappelés de leurs délégations de New York et Londres. Cela devrait attendre l'automne, toutefois. Le délégué de Paris, Michel Robitaille, sera aussi touché, mais on attendra que ce fonctionnaire de carrière ait terminé la préparation du Sommet de la Francophonie, à Dakar, à l'automne.

Peinture rouge

Pendant ce temps, de semaine en semaine, le Conseil des ministres donne avec enthousiasme une nouvelle couche de peinture rouge à la haute fonction publique.

Mercredi, c'était le retour en grâce de Fernand Archambault, alter ego de Pierre Paradis depuis la course à la direction de 1983. Sous les libéraux, il avait été sous-ministre adjoint à la Justice, puis à l'Éducation. Le PQ l'avait rétrogradé au poste de directeur. Il revient comme sous-ministre adjoint à l'Agriculture, le ministère de Paradis, et les paris sont ouverts quant à l'espérance de vie du sous-ministre Norman Johnston, pourtant nommé sous Jean Charest.

Jean-Marc Fournier, responsable notamment de la Loi sur l'accès à l'information, a tendu une bouée à son collaborateur de longue date, Jean-Philippe Marois. Parqué par le PQ à la Société des infrastructures, Marois devient secrétaire général associé, une place convoitée dans la chaîne alimentaire de la haute fonction publique. Et la Grande-Allée, à Québec, fourmille de rumeurs au sujet de mandarins libéraux mis de côté sous Pauline Marois qui reviendront en grâce à la faveur des prochaines réunions du Conseil des ministres.

Quand on est loin du Château Frontenac, ce genre de sujet semble bien théorique. Mais l'indépendance de la fonction publique est l'un des acquis de la Révolution tranquille. Nommer des amis équivaut souvent à nommer des serviteurs, des gens qui ne remettront jamais vos décisions en question.

Le 7 avril, les libéraux sont arrivés au pouvoir... et la méfiance aussi.




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