Rendre les gicleurs obligatoires est urgent, selon le ministre Hébert

Le ministre Hébert écourte son séjour pour revenir... (Photo PATRICK WOODBURY, Le Droit)

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Le ministre Hébert écourte son séjour pour revenir au Québec aujourd'hui et se rendre à L'Isle-Verte lundi. «Le gériatre que je suis est vraiment bouleversé par ce qui est arrivé», a-t-il affirmé.

Photo PATRICK WOODBURY, Le Droit

(Québec) Plusieurs résidences privées pour personnes âgées et, «le plus rapidement possible», tous les CHSLD du Québec devront être munis de gicleurs pour éviter la répétition de la tragédie survenue à L'Isle-Verte.

En entrevue à La Presse vendredi soir, l'une de ses premières depuis l'incendie de la Résidence du Havre, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert, a indiqué que la décision du gouvernement est sans appel. La réflexion à Québec ne porte pas sur la pertinence d'obliger les résidences pour aînés à avoir des gicleurs, mais plutôt «sur le comment», a-t-il soutenu.

Même des CHSLD ne sont protégés par aucun système de gicleurs. L'installation de ces équipements dans tous les CHSLD est «tout à fait» urgente, selon le ministre. «La majorité des CHSLD sont "giclés", mais quel est le pourcentage exact? Est-ce que c'est 80 %? 70 %? 90 %? J'ai demandé un inventaire», a affirmé le ministre depuis l'Amérique centrale, où il était en vacances.

Il écourte son séjour pour revenir au Québec aujourd'hui et se rendre à L'Isle-Verte lundi. «Le gériatre que je suis est vraiment bouleversé par ce qui est arrivé», a-t-il affirmé. Comme le rapportait La Presse vendredi, il y a un an presque jour pour jour, le ministre reconnaissait lui-même que l'absence de gicleurs dans des résidences privées est préoccupante. «Faut-il attendre qu'on ait un drame avant d'implanter des règles claires?», disait-il à l'Assemblée nationale le 15 février 2013. «Ce que je craignais est arrivé, malheureusement», a-t-il lâché au bout du fil.

Au cours de l'entrevue, Réjean Hébert a confirmé que plusieurs CHSLD, qui hébergent des aînés, mais aussi des personnes plus jeunes en lourde perte d'autonomie, n'ont aucun gicleur. C'est depuis 2000 seulement que Québec prescrit l'installation de gicleurs lors de la construction de nouveaux CHSLD. Il n'y avait aucune obligation en ce sens avant 1977. Et de 1977 à 2000, les normes ont progressé tranquillement, les gicleurs étant requis en fonction de la superficie et le nombre d'étages.

Difficile pose de gicleurs

Notons toutefois qu'à l'heure actuelle, des gicleurs doivent être installés lorsqu'un CHSLD entreprend des travaux majeurs ou quand un bâtiment est converti en CHSLD. Par exemple, un CHSLD de Gatineau n'avait pas de gicleurs jusqu'à tout récemment en raison de la date de construction du bâtiment, mais des rénovations majeures font en sorte qu'on en installe présentement.

«On travaille avec des bâtiments qui ont été construits dans les années 50, 60, 70... Il faut procéder à la pose de gicleurs. Et "gicler" un CHSLD, ce n'est pas une mince affaire. C'est une rénovation importante. Cette mise aux normes est nécessaire. On doit la faire le plus rapidement possible. Et c'est sûr qu'un événement triste comme celui de L'Isle-Verte nous stimule encore plus pour aller rapidement, c'est clair», a déclaré Réjean Hébert. Le ministre a indiqué que l'installation de gicleurs fait souvent partie des travaux effectués lors de la rénovation de CHSLD, mais qu'il faudra accélérer la cadence. Des millions de dollars d'investissements seront requis, a reconnu M. Hébert.

Dans le cas des résidences privées pour aînés autonomes ou semi-autonomes, «il faut améliorer le règlement sur les gicleurs», a-t-il ajouté. «La question est de savoir comment on fait ça, pour quel type de résidence qui héberge quels types de personnes âgées» et dans quel délai, a-t-il soutenu. «Il faut voir comment on change la réglementation pour les nouvelles résidences qui se construisent et comment on fait le rattrapage de la réglementation pour celles déjà exploitées.»

La Presse révélait vendredi qu'un peu plus de la moitié des résidences privées pour aînés ne possèdent aucun système de gicleurs (1052 sur un total de 1953). Un peu plus de 200 sont «partiellement» protégées par des gicleurs, comme l'était la Résidence du Havre.

Réjean Hébert a indiqué que l'idée de créer un programme d'aide financière pour aider les plus petites résidences à installer des gicleurs «fait partie des réflexions du comité de travail».

Le ministre a rappelé qu'un nouveau règlement adopté l'an dernier resserre les normes en matière de sécurité incendie dans les résidences pour aînés. Ces normes entrent en vigueur progressivement. Par exemple, le règlement oblige le propriétaire d'une résidence à «établir un plan de sécurité incendie», insiste sur les mesures d'évacuation et la présence de personnel la nuit. «C'était un premier pas», a dit M. Hébert, tout en s'engageant à aller plus loin.

Une question de coût

L'obligation d'installer des gicleurs dans les résidences privées pour aînés avait bel et bien été recommandée par des membres d'un groupe de travail du gouvernement, avant l'adoption d'un nouveau règlement sur la certification l'an dernier. Mais c'est pour une question de coûts que cette mesure n'a pas été retenue.

C'est ce qu'a révélé à La Presse, vendredi, le président du comité de prévention de l'Association des chefs en sécurité incendie du Québec, André St-Hilaire. Il a dévoilé les dessous des discussions qui ont mené à l'adoption, l'an dernier, de nouvelles normes dans les résidences. 

En vue de l'adoption du nouveau règlement sur la certification des résidences, un groupe de travail interministériel avait été formé pour recommander des mesures en matière de sécurité incendie. L'Association des chefs en sécurité incendie en faisait partie. Elle recommandait l'obligation d'installer des gicleurs, une mesure proposée par d'autres groupes.

Les gicleurs mis de côté

La recommandation n'a finalement pas été retenue dans l'élaboration du nouveau règlement présenté par le gouvernement Charest en 2012, mais adopté l'année suivante par le gouvernement Marois. De toutes les mesures proposées par le groupe de travail, «un seul point n'a pas suivi, celui des gicleurs», a indiqué M. St-Hilaire. Québec s'interrogeait sur l'ampleur des investissements qu'une obligation allait entraîner. «C'était majeur comme investissement, c'est clair. Alors il a été décidé de faire un comité de travail sur la question des gicleurs», a-t-il indiqué. 

«Comment se fait-il qu'en 2014, on n'ait pas encore l'obligation au Québec d'installer des gicleurs quand on construit des résidences pour aînés qui ont moins de quatre étages? Il faut au moins que les nouvelles constructions soient "giclées". Il faut stopper l'hémorragie!», a-t-il lancé.




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