Fatima Houda-Pepin: les gens sont «très préoccupés» au caucus du PLQ

Fatima Houda-Pepin... (Photo archives La Presse Canadienne)

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Fatima Houda-Pepin

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(QUÉBEC) Le téléphone sonnait sans arrêt, hier, au bureau de la circonscription de Brossard de Fatima Houda-Pepin, qui a claqué la porte du caucus libéral. La musulmane d'origine marocaine veut terminer son mandat comme «députée libérale indépendante». Et elle en profitera pour dénoncer la «laïcité qui s'incarne nulle part» de son ancien chef Philippe Couillard. Mais sans lancer de boue.

Q Vous avez affirmé hier que la position libérale était une «recette pour perdre les prochaines élections». Tous les députés libéraux se sont ralliés à cette position. Mais certains étaient-ils initialement d'accord avec vous? Craignaient-ils d'être punis par leurs électeurs?

R La seule chose que je peux vous dire, c'est que l'unanimité n'est pas là. Il faudrait arrêter de faire ce débat en se barricadant dans des positions partisanes à outrance. Pensons au bien commun. Ce que j'ai entendu au caucus [libéral lundi] et auparavant, c'est que les gens sont très préoccupés. C'est le plus loin que je peux aller.

Q Vous voulez interdire le port de signes religieux pour les agents coercitifs de l'État (gardiens de prison, policiers, juges, procureurs de la Couronne). Faudrait-il aussi le faire pour les éducatrices et les enseignants?

R Je ne suis pas prête à aller plus loin pour le moment. Mais il faut comprendre que ce dossier ne se réglera pas en une seule intervention. J'ai analysé les modèles de laïcité de plusieurs pays. En France, il leur a fallu un quart de siècle de débats déchirants avant d'adopter la loi de 1905 sur la laïcité. Et peu après, ils ont réalisé qu'il restait des choses sur lesquelles ils devraient statuer, comme les biens matériels des églises. Il faut donc d'abord aborder la laïcité en posant le socle: une bonne définition de la neutralité religieuse de l'État, qui doit s'incarner au minimum dans l'autorité contraignante. C'est là que se trouve le consensus actuellement.

Q Donner des balises et trancher au cas par cas, comme le propose M. Couillard, serait-ce insuffisant?

R Il est très difficile de gérer ces problèmes au cas par cas. Ça met énormément de pression sur les gestionnaires. Si chacun décide en fonction de sa compréhension et ses préjugés, on se ramassera avec une neutralité à géométrie variable.

Q Selon votre ancien chef Philippe Couillard, un libéral doit défendre les libertés individuelles. Respectez-vous l'héritage du parti?

R Absolument! Ma réflexion m'a amenée à lire l'histoire pour comprendre comment le Québec s'est libéré de la domination de l'Église. C'était grâce au combat courageux de Canadiens français catholiques, d'intellectuels et de politiciens libéraux contre l'élite ultramontaine et vaticaniste. Ce n'était pas un combat entre Québécois et immigrants, ni un combat identitaire ou nationaliste. C'était un combat pour la démocratie mené, entre autres, par des libéraux.

Q Quel lien peut-on faire entre l'interdiction des signes religieux et la lutte contre les intégrismes?

R C'est une question fondamentale pour asseoir avec crédibilité la notion de neutralité religieuse de l'État. Mais l'intégrisme ne se manifeste pas seulement à travers les signes religieux.

Q Prend-on les moyens nécessaires pour s'attaquer à ce genre de problème?

R Il faudrait notamment mettre en place un organisme pour documenter le phénomène, faire un travail d'enquête de terrain, mené par des gens qui parlent d'autres langues. Et il faut éviter les amalgames. Actuellement, les communautés musulmanes souffrent beaucoup. Des gens connaissent mal [les musulmans] et les regardent seulement en fonction des intégristes, qui souvent vocifèrent. Il faut aussi s'attaquer à ce problème. L'intégrisme se manifeste ailleurs, dans le catholicisme et le judaïsme.

Q Les quatre députés libéraux qui interviennent sur la laïcité sont avocats. La position du parti est-elle trop légaliste?

R Je ne veux pas généraliser au sujet des avocats. Benoît Pelletier a donné un autre avis. (NDLR: Ce constitutionnaliste et ex-ministre libéral affirmait samedi que ce serait une «erreur» pour les élus de «trop se focaliser» sur ce que pourraient conclure des juges «dépourvus de légitimité démocratique» qui ne tiennent pas assez compte des «contextes sociaux».

Q L'interdiction des signes religieux contrevient-elle aux chartes des droits, ou plutôt à un certain courant de la jurisprudence établi par les juges de la Cour suprême?

R Cela vient de l'interprétation donnée. La liberté de religion est un concept qui peut s'interpréter de multiples façons. Selon moi, elle ne peut pas empiéter sur le droit à l'égalité des femmes. Je ne peux pas supporter qu'on soumette le droit de l'égalité hommes-femmes à la norme de l'accommodement.

Q Comme politologue et présidente du Centre maghrébin de recherche et d'information, vous interveniez déjà sur ces sujets dans les années 90. En 2006, comme députée, vous sonniez l'alarme au sujet de la charia. L'intégrisme a-t-il augmenté depuis?

R Oui. Avec internet, des gens peuvent écouter des prêches haineux, d'une virulence inouïe. Ce sont des vedettes de la télévision satellite qui influencent nos jeunes. Récemment, on a appris que de jeunes Canadiens ont été tués en Syrie. On fait du recrutement pour aller tuer et se faire tuer dans les guerres à travers le monde, comme la Syrie, l'Afghanistan, l'Irak, la Libye ou le Mali. Il y a aussi des pays comme l'Arabie Saoudite qui financent des groupes, ce qu'il faut documenter.

Q Lesquels?

R Je ne veux pas les nommer... Je peux dire, par exemple, qu'un groupe de l'Arabie Saoudite a déposé une demande au ministre des Finances du Canada pour établir des banques islamiques qui financeraient des coopératives d'habitation pour des communautés religieuses.

Q Des musulmanes pro-Charte soutiennent qu'en interdisant le voile, on aiderait les femmes qui veulent résister aux pressions de leur communauté. Qu'en pensez-vous?

R Il faut éviter de généraliser sur le voile dit islamique. Il y a 20 ans, je signais un long article dans La Presse intitulé «Les femmes musulmanes ne sont pas un bloc monolithique». J'avais lu le Coran en arabe, avec toutes les sources primaires, pour m'assurer de bien comprendre. Je rappelais que le voile précède l'islam. Des femmes des trois monothéismes l'ont déjà porté, c'était un habit traditionnel. Le voile avec ses différentes variantes est devenu un instrument politique quand l'intégrisme musulman s'est affermi, surtout après la révolution islamique en Iran.




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