Un pas de plus vers l'exploitation du pétrole

Selon Bernard Landry, le manifeste Pour tirer profit... (Photo AFP)

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Selon Bernard Landry, le manifeste Pour tirer profit collectivement de notre pétrole visait à convaincre la population du projet péquiste d'exploiter si possible le pétrole de schiste à Anticosti et le gisement Old Harry au large des Îles-de-la-Madeleine.

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(Québec) Le gouvernement péquiste souhaite déposer d'ici juin deux projets de loi pour préparer le développement pétrolier en milieu terrestre et marin.

On y définira « les études à réaliser, les cautions à offrir, la réglementation et les moyens de mitigation », a indiqué en interview à La Presse la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet. On devrait aussi y trouver le régime de redevances pour les hydrocarbures.

Elle l'a annoncé hier quelques heures après la publication du manifeste Pour tirer profit collectivement de notre pétrole, cosigné par 11 ex-politiciens et décideurs économiques, dont l'ex-premier ministre Bernard Landry. À cause du poids de la dette et du choc démographique imminent, on ne pourrait, selon eux, se priver de ces revenus.

Selon M. Landry, ce manifeste visait d'ailleurs à convaincre la population du projet péquiste d'exploiter si possible le pétrole de schiste à Anticosti et le gisement Old Harry au large des Îles-de-la-Madeleine. Les libéraux et les caquistes y sont aussi favorables. À cause de la « tragicomédie des gaz de schiste », les citoyens « veulent prendre beaucoup de précautions environnementales, ce qui n'est pas mauvais », dit-il. Mais il croit qu'un développement respectueux de l'environnement est possible.

Québec espère réduire sa consommation de pétrole de 60 % d'ici 2030. Et réduire d'ici 2020 ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 25 % sous le niveau de 1990.

« Le manifeste équivaut à dire que la population doit arrêter de fumer tout en annonçant qu'on investira dans l'industrie du tabac », critique Patrick Bonin de Greenpeace. « Et les signataires ne donnent aucune donnée concrète pour prouver qu'on récolterait la manne espérée », ajoute Steven Guilbeault d'Équiterre, dont les critiques portent, elles aussi, autant sur des aspects économiques que sur des aspects environnementaux.

Les projets les plus avancés sont encore à la phase d'exploration. On ignore s'ils seraient profitables. Et il faudra attendre encore plusieurs années pour passer à l'exploitation, souligne-t-il. Pendant ce temps, l'argent investi dans cette filière n'ira pas au développement de sources d'énergie vertes ou à l'efficacité énergétique, déplore M. Guilbeault.

« C'est certain que notre premier objectif est de diminuer notre consommation de pétrole, reconnaît la ministre Ouellet. Mais on va quand même continuer d'en consommer dans les prochaines années. » Chaque année, Québec importe plus de 11 milliards de dollars de pétrole. Il serait préférable de le produire chez nous et de conserver chez nous une partie de cet argent, croit-elle. Et pour connaître le potentiel économique des gisements, il faut d'abord les explorer, poursuit la ministre. « Si on va en exploitation, il faudra bien sûr qu'il y ait un retour économique important pour la population. »

Ce calcul « réducteur » vient « d'un autre siècle », réplique M. Bonin. « Forer 10 000 puits à Anticosti équivaudrait à ajouter un million d'automobiles au Québec. On sait aussi que, selon une étude de l'Association médicale canadienne, la pollution atmosphérique coûte déjà environ deux milliards de dollars par année en soins de santé au Québec. »

La production pétrolière augmentera les GES au Québec. Et à cause du nouveau marché du carbone, des permis de polluer devront être achetés. Ce qui nuira à la productivité d'entreprises dans plusieurs secteurs, rappelle le porte-parole de Greenpeace.

En réduisant la consommation de pétrole, on diminuera les importations pétrolières, et donc le déficit commercial, ajoute-t-il.

MM. Bonin et Guilbeault concèdent qu'il faudra continuer d'importer du pétrole. Mais ils rappellent que, selon l'Agence internationale de l'énergie, il faudrait que les deux tiers des réserves non exploitées demeurent sous terre jusqu'en 2050. C'est nécessaire pour limiter la hausse du réchauffement climatique à 2 degrés Celsius, une cible endossée par Québec. « Les gisements qu'on doit laisser de côté, ce sont ceux qui sont non conventionnels et plus dangereux pour l'environnement, comme le pétrole de schiste d'Anticosti et le pétrole d'Old Harry, situé dans une quasi-mer intérieure », dit M. Bonin.

Lever le moratoire sur Old Harry, propose Landry

Bernard Landry souhaite que Québec lève maintenant le moratoire sur le gisement Old Harry, situé dans le golfe du Saint-Laurent. « Il faut y aller maintenant, parce que Terre-Neuve pompe déjà et fait beaucoup d'argent. Bien sûr, il faudra prendre toutes les précautions », lance-t-il.

Le gisement est situé sur la frontière entre les deux provinces. À cause de Terre-Neuve, Québec n'est pas protégé contre les risques environnementaux, mais ne récolte aucun profit, dénonce-t-il.

On connaît toutefois encore mal les risques pour la faune et la flore du golfe, constatait l'étude environnementale stratégique déposée au gouvernement cet automne. La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a depuis commandé un rapport technique et économique, qu'elle doit recevoir ce printemps. Une consultation suivra. « On a un intérêt pour l'exploitation et, pour y aller, il faut faire de l'exploration », annonce-t-elle.




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