Nomination d'André Boisclair: débats houleux à l'Assemblée nationale

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Denis Lessard
Denis Lessard
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(Québec) Le gouvernement Marois n'a pu fournir de précédent où un délégué général du Québec aurait obtenu la permanence dans la haute fonction publique en même temps qu'une nomination à l'étranger. La faveur consentie à l'ancien chef péquiste André Boisclair a soulevé la controverse à l'Assemblée nationale, mardi.

> Patrick Lagacé: André Boisclair, fonctionnaire/diplomate

Dans un échange houleux, le député Gérard Deltell, de la Coalition avenir Québec (CAQ), a demandé pourquoi la nomination de M. Boisclair comme sous-ministre n'avait pas été rendue publique en même temps que sa désignation comme délégué du Québec à New York. «Même les libéraux n'étaient jamais allés aussi bas que ça. Même les champions des nominations partisanes n'avaient jamais fait ça. Il [M. Boisclair] a un parachute doré comme on n'en a jamais vu: un emploi à vie après une nomination pour la diplomatie québécoise!», a-t-il lancé.

Selon le ministre responsable des Relations internationales, Jean-François Lisée, il y avait des précédents, mais les cas évoqués sont passablement différents de la double nomination de l'ancien chef péquiste. Il a soutenu que des sous-ministres avaient déjà été nommés à l'étranger et a cité le cas de «Mme Croteau», actuellement à Boston. En fait, il s'agit de Marie-Claude Francoeur, ex-chef de cabinet libérale devenue sous-ministre adjointe en 2009, nommée à Boston en 2011. Mme Francoeur a obtenu la permanence deux ans après sa nomination. M. Lisée a donné un deuxième exemple: France Dionne, ex-députée libérale nommée à Boston en 2004, qui est devenue permanente et sous-ministre sept ans plus tard.

En matinée, M. Lisée a révélé que M. Boisclair avait lui-même posé cette exigence. «C'était son souhait», a-t-il dit pour justifier la décision du Conseil des ministres.

Le gouvernement Harper a fait de même lorsqu'il a nommé Lawrence Cannon comme ambassadeur à Paris, a-t-il ajouté - une information niée aussi à Ottawa. «C'est complètement faux. J'ai été nommé ambassadeur, point à la ligne», a soutenu Lawrence Cannon, joint par La Presse mardi soir. Pas question, donc, d'une permanence ou d'une pension au-delà de Paris.

M. Lisée a aussi expliqué que M. Boisclair a dû renoncer à un emploi lucratif pour servir le Québec à New York. Sa clientèle a toutefois dû s'adapter rapidement: nommé le mercredi, M. Boisclair devait entrer en fonction le lundi suivant. En fait, des problèmes de visa retardent à 2013 sa véritable entrée en fonction.

«Un raccourci intellectuel décevant. Ce qui est clair, c'est que le gouvernement vient d'instituer tout un précédent, et dorénavant, toutes les nominations diplomatiques partisanes seront sous le couvert du parachute doré!», a répliqué M. Deltell.

En après-midi, le cabinet de Mme Marois a publié une liste d'une trentaine de nominations d'attachés politiques faites sous le gouvernement Charest. Vérifications faites, la quasi-totalité de ces employés nommés sous-ministres a dû attendre deux ans avant d'obtenir la permanence dans la fonction publique. Deux exceptions: Suzanne Lévesque, fille du regretté Gérard D. Lévesque, est devenue sous-ministre et permanente en même temps, en 1993; Jacques Duguay, ancien attaché de presse dans les années 70, est devenu permanent lorsqu'il a été nommé sous-ministre, en juin 2004.

«Le beurre et l'argent du beurre!»

Plus tôt, la première ministre Marois a défendu sa décision d'accorder la permanence à l'ancien chef péquiste. «Il a toutes les compétences nécessaires pour exercer, pendant longtemps, de hautes fonctions au gouvernement québécois», a-t-elle soutenu. Rappelons que M. Boisclair a épaulé Mme Marois lorsque sa direction a été contestée, il y a un an. «Il a tous les talents qu'il faut pour servir le Québec dans les fonctions qu'on voudra bien lui donner par la suite. Il pourra continuer à servir dans la diplomatie québécoise, qui a certaines lettres de noblesse. Je suis bien heureuse d'avoir procédé à cette nomination.»

Son geste a toutefois soulevé des critiques acerbes de l'opposition. «Il faut dénoncer le manque de transparence du gouvernement.» Quand Mme Marois a annoncé la nomination de son prédécesseur à New York, «nulle part on n'a mentionné qu'il était aussi nommé fonctionnaire», a fait valoir François Legault.

Le chef caquiste avait salué la nomination de M. Boisclair comme représentant du Québec. Mais «pas comme fonctionnaire à vie, ça, c'est inacceptable», a-t-il affirmé. «Encore une fois, ce sont les vieilles façons de faire qu'on avait vues avec le Parti libéral. Les gens qui se rendent au travail ce matin sont choqués de voir ce qui se passe!», a ajouté M. Legault.

«On appelle ça le beurre et l'argent du beurre!», a pour sa part lancé Françoise David, qui estime que M. Boisclair devrait renoncer à cette nomination «indécente». Selon elle, les libéraux de Jean Charest «en ont aussi beurré pas mal épais», mais cette décision du gouvernement Marois incarne ce que les citoyens réprouvent désormais - «tout pour quelques-uns et pas grand-chose pour les autres».

Le libéral Jean-Marc Fournier a été moins incisif. Il a attaqué le fait que la nomination ait été cachée plutôt que la décision en tant que telle. «Déjà qu'on savait que les crédits ont été cachés, que les comptes publics ont été dissimulés longtemps, on tente d'avoir une étude de PriceWaterhouse... Le régime de la cachette a l'air pas mal présent au gouvernement, c'est le moins qu'on puisse dire.»

- Avec la collaboration de Paul Journet et de Hugo De Grandpré

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