Daniel Breton démissionne

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(Québec) Deux mois seulement après sa nomination, Daniel Breton quitte son poste de ministre du Développement durable. «J'ai offert ce matin ma démission à la meilleure première ministre du Québec. J'ai fait ce geste parce que je ne voulais pas nuire à son travail et au travail du gouvernement», a-t-il déclaré lors d'un bref point de presse. Visiblement ébranlé, il s'est limité à une courte déclaration. Il n'a pas répondu aux questions.

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M. Breton était la cible préférée de l'opposition depuis sa visite controversée au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). On l'accusait de s'être ingéré dans cet organisme indépendant. L'opposition devait le forcer à s'expliquer la semaine prochaine en commission parlementaire, une procédure rare.

En outre, La Presse et d'autres médias ont révélé mercredi qu'il avait fait l'objet de plusieurs condamnations, notamment pour trois fausses déclarations à l'assurance emploi. Il a aussi été poursuivi par le ministère du Revenu en 2007. De plus, il a déjà conduit à 275 km/h, conduit un autre fois sans permis et été évincé de son logement parce qu'il n'avait pas payé son loyer. Il doit encore environ 8000$ à son ancien propriétaire, selon ce qu'a révélé TVA.

«J'ai vécu et j'ai connu la précarité. Je sais ce que c'est de perdre son emploi, de perdre son appart, de vivre en se demandant si on va avoir un repas sur la table le soir», a-t-il déclaré.

L'opposition tant libérale que caquiste a réclamé sa démission mercredi soir. Québec solidaire, qui a déploré ce «lynchage», a néanmoins estimé que M. Breton devait se réfléchir à son avenir.  

M. Breton demeure député de Sainte-Marie-Saint-Jacques. «Hier soir encore, j'étais présent au Show du Refuge (de Dan Bigras). J'étais là par solidarité et par compassion. Faire preuve de solidarité et de compassion, c'est ce que je vais m'employer à faire au cours des prochaines semaines et des prochains mois dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, là où il y a le quartier le plus pauvre au Québec.»

Une bonne décision, croit Mme Marois

«La décision prise ce matin m'apparaît la décision la plus judicieuse à prendre», a déclaré Pauline Marois en Chambre.

«Je ne regrette pas de l'avoir nommé, car une personne a droit à l'erreur, au pardon. Nous sommes dans une société qui croit à la réhabilitation», a rappelé la première ministre.

«Je voudrais d'abord vous dire que je regrette tout ce qui vient de se passer, s'est-elle désolée. Je crois que Daniel Breton est un homme très engagé, un homme de cause au niveau de l'environnement.»

Que savait la première ministre?

L'opposition se demande ce que savait Mme Marois quand elle a nommé M. Breton ministre.

Avant d'être nommés ministres, les députés font l'objet de vérifications par la Sûreté du Québec (SQ). Ils doivent aussi passer au «confessionnal» - le bureau de la première ministre -, où on leur demande s'ils ont des choses à se reprocher ou s'ils sont susceptibles de faire l'objet de révélations qui pourraient embarrasser le gouvernement.

Mercredi après-midi, la directrice des communications du gouvernement, Shirley Bishop, a affirmé à La Presse que M. Breton niait en bloc les faits reprochés. Plus tard en journée, le ministre les a reconnus.

Mme Bishop a affirmé que la première ministre ignorait les démêlés de M. Breton avec le fisc et l'assurance emploi. Seules ses contraventions routières étaient connues, a-t-elle dit.

Au Devoir, Mme Bishop a affirmé que Mme Marois était aussi au courant du loyer impayé.

Cependant, la première ministre a dit ce matin qu'elle ignorait que M. Breton devait encore quelque 8000$ à son ancien propriétaire. «M. Breton ne m'en avait pas informée», a-t-elle déclaré.

«Mme Bishop croyait que je le savais. C'est la seule interprétation que je peux donner, parce que je ne le savais pas», a-t-elle ensuite déclaré pour expliquer les versions contradictoires.

Mme Marois assure qu'elle ne connaissait que le résultat de l'enquête de la SQ : «Il est ressorti, d'abord, des infractions qui datent de 25 ans à l'assurance chômage. Il y a un rapport au ministère du Revenu qui n'avait pas été déposé, parce qu'il n'avait pas de revenu. Il aurait dû le déposer, il ne l'a pas fait. Et sur 20 ans, de 1986 à 2009, des infractions au code de sécurité routière, ce qui était dans le rapport.»

Il n'y avait rien n'était au sujet du loyer impayé de M. Breton. Cette information est publique et peut être trouvée dans les jugements de la Régie du logement.

Lorsqu'il a été interrogé au bureau de Mme Marois, M. Breton a seulement parlé de ses contraventions encore impayées, dit-elle. «On lui a demandé fermement: écoute, tu les payes tout de suite. Tu ne peux pas être nommé ministre si tu n'as pas payé tes contraventions. Mais pour le reste, il n'avait jamais parlé de loyer impayé.»

Quant à savoir pourquoi M. Breton n'en a rien dit, Mme Marois avance: «Je crois qu'il pensait que ce n'était pas nécessaire, je ne sais pas. Vous lui poserez la question.»

Elle a qualifié d'hypothétique la question de savoir si elle aurait nommé M. Breton ministre si elle avait su ce qu'elle sait maintenant. «Je n'ai pas à répondre à une question hypothétique», a tranché la première ministre .

La Coalition avenir Québec veut voir le rapport de la SQ

Mme Marois a relativisé les faits reprochés à M. Breton. «Si vous posez la question aux membres de l'Assemblée nationale, qui n'a pas un jour eu une contravention en roulant au volant de sa voiture, qui n'a pas omis de remettre certains rapports?»

L'opposition libérale croit le contraire. «Conduire à 275 km/h, c'est un acte criminel», a rappelé le critique libéral en matière de Sécurité publique, l'ex-policier Robert Poëti. À son avis, cette seule infraction justifiait qu'on ne le nomme pas ministre.

Il souligne que M. Breton a commis plusieurs infractions, qu'il ne s'agit pas d'une simple erreur de parcours. «Et il n'a pas seulement omis de payer son loyer pendant un mois. C'était pendant 13 mois», dit le libéral.

Son collègue Pierre Paradis parle même d'une «opération de cover up». Il croit que Mme Marois connaissait les déboires de M. Breton devant la Régie du logement. «Ils ont changé l'histoire durant la nuit», croit-il. Cela aurait permis, spécule-t-il, que la première ministre demande la démission de M. Breton.

Les libéraux ne savent pas encore si, malgré sa démission, M. Breton devra venir expliquer en commission parlementaire sa visite au BAPE.

Les environnementalistes déçus

La Coalition pour que le Québec ait meilleure mine juge «très dommage» la démission de M. Breton. «Daniel Breton est un homme de conviction qui maîtrisait bien ses dossiers environnementaux et qui démontrait une réelle ouverture et une écoute attentive face aux problèmes que lui exprimaient les citoyens de partout au Québec. Comme ministre, il symbolisait l'espoir d'un monde meilleur pour plusieurs», a déclaré son porte-parole, Ugo Lapointe.

L'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) parle pour sa part de «lynchage politique»:  «Si on juge les écologistes à leur production, Daniel Breton est en tête du peloton. Et ses déboires financiers du passé sont le prix qu'il a payé pour son engagement dans la cause environnementale. Dans le milieu, nous sommes plusieurs à avoir connu des moments difficiles de la sorte. Les aléas du militant, nous connaissons.»

En étalant sur la place publique des condamnations, on a fait à M. Breton un «procès sur la scène publique où il est accusé et condamné sans débat et où il peut difficilement se défendre», croit l'AQLPA.

 

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