10 questions + 1 à Pierre Duchesne

Pierre Duchesne, ministre de l'Enseignement supérieur, de la... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Pierre Duchesne, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

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Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre un acteur de l'actualité et lui pose 10 questions liées à la couverture dont il a été l'objet. La 11e question vient du public. Cette semaine, notre journaliste s'entretient avec Pierre Duchesne, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie.

1 Vous avez annoncé la tenue d'un forum sur l'éducation en février prochain. Certains estiment que vous penchez trop du côté des étudiants. Que leur répondez-vous?

On s'est donné cinq plages de discussion, et non pas seulement deux jours - ce dont les acteurs du milieu de l'enseignement ne voulaient pas -, et les étudiants auront leur place. Ils représenteront le tiers des gens assis autour de la grande table, mais ils ne seront pas les seuls, tout le monde sera là, ce qui n'a pas été le cas durant les six mois d'affrontement où les gens se parlaient par médias interposés. Je crois encore aux rapports humains, je pense que de voir la réaction sur le visage de la personne qu'on vient d'ébranler favorise plus les rapprochements qu'autre chose. Les étudiants ont donc leur place, mais tous les autres aussi: les recteurs, les professeurs, les syndicats, le milieu socioéconomique y seront aussi, et il y aura de l'espace pour que tout le monde parle ensemble.

2 En campagne électorale, Pauline Marois s'est prononcée en faveur de l'indexation des droits de scolarité. Pourquoi ne pas les indexer à compter de l'an prochain?

Je pense qu'il est préférable de dire que c'est une position qui fait partie des options et que le sommet va permettre de mettre à l'épreuve les différentes options, dont celle-là. Je me suis assuré avec la première ministre et le ministre des Finances - en vue du budget qui s'en vient - qu'on allait préserver l'espace de dialogue. Donc, on ne joue pas dans les droits de scolarité avant le sommet, c'est le statu quo. S'il y a une décision prise au sommet, on pourra modifier et s'entendre sur les droits. Fiez-vous au ministre des Finances, il va faire les modifications, vous pouvez être sûr de ça.

3 Vous remettez en question le sous-financement des universités. Qu'est-ce qui alimente votre questionnement?

Je demeure très prudent après avoir vu l'ancien gouvernement libéral nous donner les réponses avant qu'on pose les questions. Si je réponds à des questions alors qu'on ne s'est même pas réunis autour de la table, je trouve que ce n'est pas faire preuve d'ouverture, alors je ne tiens pas pour acquis qu'il y a un sous-financement. Je suis conscient que les universités ont besoin d'un financement. Ce qu'il faut savoir, c'est comment s'assurer que ce financement soit juste et qu'on s'assure de la pérennité de nos institutions publiques que sont les universités.

4 Au-delà de la question du sous-financement, pourquoi tenir un tel forum?

Les gens pensent qu'on va parler uniquement des droits de scolarité, mais il y a aussi la question de l'accès. Et le premier thème dont on va discuter est la qualité: comment évalue-t-on la qualité de l'enseignement? Qui évalue ça? Est-ce que ce sont des gens de l'institution ou est-ce que ça peut être des gens de l'extérieur? On va aussi parler de la gouvernance et de la gestion des universités et on est même ouverts à la gestion des associations étudiantes. Si les gens veulent en parler, on en parlera.

5 Que dites-vous à ceux qui réclament la gratuité et rien d'autre?

Toutes les options sont sur la table et tous les gens qui s'intéressent au milieu de l'enseignement sont les bienvenus. Ceux qui veulent nous parler de gratuité, parfait. Mais ce sera un dialogue et ils devront nous présenter leur option avec des études à l'appui, avec un argumentaire bien préparé, ainsi que les conséquences financières pour la nation, pour le Québec. Et là, il y aura des gens qui ne partagent pas le même avis et on discutera, et cela ne se fera pas entre quatre murs, mais bien devant tout le monde.

6 Le forum aura lieu dans trois mois et l'ASSÉ est déjà prête à descendre dans la rue. Croyez-vous qu'un dialogue soit possible avec cette faction du mouvement étudiant?

Je comprends que les manifestations dont on parle sont liées à un mouvement mondial et qu'elles étaient déjà prévues. J'ai rencontré tous les intervenants une heure avant la conférence de presse pour leur expliquer ce qu'on voulait faire et l'ASSÉ était présente. J'espère que tout le monde sera au forum. On leur laissera toute la place et le temps pour qu'ils puissent s'exprimer et débattre.

7 Le forum devrait-il se pencher sur la question de la démocratie étudiante?

Pourquoi pas? Il y a des gens, dont les recteurs, qui le demandent. L'ancien gouvernement libéral s'est mis à contester la notion de grève étudiante et est apparu un mot qu'on n'avait jamais vu au cours des 40 dernières années: «boycott». On a adopté une loi qui a fait entrer la police sur les campus et les recteurs devaient la faire appliquer. Je ne suis pas sûr qu'ils l'ont trouvée très drôle et que cela a ramené la paix sur les campus. Si l'ensemble des intervenants veut en parler, je pense qu'il est légitime d'en discuter.

8 Vous êtes également ministre responsable du dossier de la technologie. Plusieurs acteurs du milieu réclament un plan numérique pour le Québec. Que leur répondez-vous?

Je suis au début de mes fonctions et j'ai mis beaucoup de temps sur le forum, mais, en parallèle, je dois préparer une politique nationale sur la recherche et l'innovation, ça fait donc partie des choses que je vais regarder. Mais ça me fait un peu rire quand on parle du numérique. Il y a des maires qui viennent me voir dans ma circonscription pour me dire qu'ils n'ont pas encore l'internet haute vitesse. Je rappelle que Borduas est une circonscription qui n'est pas si loin de la banlieue de Montréal. Et que l'internet haute vitesse est un outil important pour tout le monde, y compris les agriculteurs. Il va donc falloir commencer par des choses assez concrètes.

9 Plusieurs personnes ont été surprises d'apprendre que vos enfants fréquentent l'école privée. En tant que ministre, ne devriez-vous pas afficher votre confiance dans le réseau d'éducation public?

Ce sera ma réponse la plus courte: là où j'envoie mes enfants me regarde ainsi que mon épouse. C'est une question d'ordre privé. Le ministre croit à l'enseignement public, je proviens du système public et ma mère était une enseignante au système public.

10 Quelle est la différence entre aborder un enjeu comme journaliste et comme ministre?

Comme journaliste, il faut faire une nouvelle chaque jour. Il faut établir rapidement quel est le point de chute d'un processus décisionnel. Quand on est ministre, on a besoin de temps pour établir une politique. Et les moindres prises de position, un contact avec un groupe plutôt qu'un autre par exemple, sont interprétées comme la finalité d'une politique. C'est compliqué à gérer.

TWITTER +1 de Julie Devito@juliedevito

Qu'allez-vous faire si les étudiants retournent dans la rue?

On n'a pas à poser un jugement moral sur le droit de manifester. C'est un droit reconnu internationalement et le projet de loi 78 [devenu la loi 12] a été condamné à l'international par plusieurs organisations ainsi que par le Barreau du Québec. Par contre, ce que je dis à ceux qui seraient tentés de manifester de façon importante, c'est: oui, vous pouvez manifester et revendiquer, mais il me semble qu'il n'y a plus de blocage, alors établissez un minimum de rapport avec nous, qu'on puisse discuter.

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