La loi 101 au cégep: Marois compte faire volte-face

La chef péquiste, Pauline Marois.... (Photo: Jacques Boissinot, Archives PC)

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La chef péquiste, Pauline Marois.

Photo: Jacques Boissinot, Archives PC

Denis Lessard
Denis Lessard
La Presse

(Québec) Aux prochaines élections, le Parti québécois ne s'engagera pas à assujettir les cégeps à la loi 101, même si cette idée se retrouve dans le programme adopté en avril. Pauline Marois n'a pas l'intention de laisser cet engagement dans la plateforme électorale de son parti. Et le départ de Pierre Curzi cette semaine lui rendra la partie beaucoup plus facile.

Selon ce qu'a appris La Presse, le nouveau président du parti, Raymond Archambault, a confié il y a un mois à quelques vétérans et élus du Parti québécois le plan de match de Mme Marois sur cette question délicate.

Les députés du Parti québécois étaient très divisés sur la question, beaucoup plus que ne l'ont laissé transparaître les échanges au congrès, où ces dispositions -qui se trouvaient déjà dans la proposition principale- ont été approuvées sans débat. Plusieurs députés, dont Sylvain Simard et Marie Malavoy, s'y opposaient carrément, mais ils sont restés mystérieusement silencieux au congrès.

Mme Marois refusera de confirmer ce virage puisque le PQ n'a pas à préparer sa plateforme dans un proche avenir. Mais elle se trouvera dans une situation délicate, car elle reproche à Lisette Lapointe précisément de ne pas se plier à la volonté exprimée par les militants réunis au dernier congrès.

Des sources au centre de ces échanges assurent même que le principal artisan de l'assujettissement des cégeps à la loi 101, Pierre Curzi, a été mis au courant de cette intention dans les jours qui ont précédé l'annonce de sa démission. Sa décision était déjà prise, toutefois. «Il y a des rumeurs... mais je ne veux plus faire de commentaires», s'est contenté de dire M. Curzi, joint par La Presse hier en fin de journée.

Son frère, Paul, explique que le comédien a déjà été profondément meurtri quand il s'est rendu compte, l'an dernier, que son étude sur l'anglicisation de Montréal était restée lettre morte auprès de la direction du parti.

Selon les mots utilisés par M. Archambault, néophyte en politique partisane, Mme Marois trouve trop «divisive» l'idée de refuser aux francophones et aux allophones le droit de fréquenter le cégep en anglais. Elle était d'ailleurs fortement opposée à l'idée, à l'origine, et n'a accepté qu'à contrecoeur que la mesure fasse partie de la «proposition principale» soumise et adoptée au congrès. Elle était consciente qu'elle ne pouvait prendre le risque de contrarier les délégués sur la question linguistique à quelques heures d'un vote de confiance. Le refus d'assujettir les cégeps à la loi 101 avait d'ailleurs galvanisé la fronde contre Bernard Landry au congrès de 2005.

Avant et après le congrès, Mme Marois avait pourtant soutenu que cette mesure se trouverait dans les engagements du PQ à la toute veille des prochaines élections.

Les vétérans péquistes auront l'impression de jouer dans un vieux film; à la veille des élections de 1994, Jacques Parizeau avait fait rayer de la plateforme électorale du PQ la promesse de revenir à l'affichage unilingue français, pourtant inscrite dans le programme péquiste.

Les autres volets du programme adopté à la mi-avril, notamment sur la langue de travail, figureront toutefois dans le prochain programme électoral.

Menace de tutelle pour Crémazie

M. Curzi n'a aucunement l'intention de réintégrer le PQ, même si M. Archambault a déclaré que les démissionnaires regrettaient leur geste de lundi. «Sans regret, sans remords, je n'ai aucunement l'intention de réintégrer le caucus du Parti québécois», a-t-il écrit hier matin sur Twitter. Louise Beaudoin aussi, sur Facebook, a laissé savoir qu'elle n'était «pas partie pour revenir».

Quant à Lisette Lapointe, les ponts avec elle sont totalement coupés. Mme Marois a passé quatre heures en conférences téléphoniques avec les présidents de circonscription, mercredi soir. Apparemment, le ton a «passablement monté» entre la chef et Hadrien Parizeau, président de l'association de Crémazie, la circonscription de Mme Lapointe, et petit-fils de l'ancien premier ministre.

«Mme Marois y a dénigré Lisette Lapointe et les députés démissionnaires. Elle a dit que Mme Lapointe et Jean-Martin Aussant, fondamentalement, n'acceptaient pas son projet de gouvernance souverainiste, que leur départ n'avait rien à voir avec les questions d'intégrité», a confié un président de circonscription.

Mme Marois a demandé à Hadrien Parizeau: «Est-ce que tu restes péquiste ou tu veux contester mon leadership? Si c'est le cas, on pourrait utiliser les règles pour organiser Crémazie.» La direction du PQ a le pouvoir de prendre la direction d'une association quand elle estime que ses volontés ne se reflètent pas sur le terrain. «On veut du changement au PQ, que ce soit avec vous ou sans vous!», aurait répliqué le jeune Parizeau, avant que la présidente de Nicolet-Yamaska ne défende le geste de son député démissionnaire, Jean-Martin Aussant.

«Le mot ¨tutelle¨ n'a pas été prononcé» dans les échanges, selon Éric Leduc, président régional de Montréal-Ville-Marie, mais «il faut comprendre que, en dépit du départ de Mme Lapointe, le recrutement de membres et le financement doivent se poursuivre dans Crémazie».

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