Informatisation des dossiers médicaux: 111 millions investis en pure perte

Selon les informations colligées par La Presse, le «visualiseur»,... (Photo: François Roy, archives La Presse)

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Selon les informations colligées par La Presse, le «visualiseur», l'interface produite par Bell xwave pour avoir accès à la banque de données du Dossier de santé du Québec, est vu comme une couche logicielle supplémentaire, un détour devenu inutile pour les professionnels qui veulent avoir accès aux données médicales des patients.

Photo: François Roy, archives La Presse

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Denis Lessard
Denis Lessard
La Presse

(Québec) Le gouvernement Charest avait contourné toutes les règles pour accorder un contrat de 111 millions de dollars à Bell xwave dans le projet du Dossier de santé du Québec (DSQ). Or, la mise en oeuvre du DSQ a pris tellement de retard que l'interface mise au point par Bell xwave est déjà désuète.

Selon les informations colligées par La Presse, le «visualiseur», l'interface produite par Bell xwave pour avoir accès à la banque de données du Dossier de santé du Québec, ne servira pas dans les pharmacies. Il pourrait théoriquement être utilisé dans les cliniques, à la condition que tout soit mis en branle maintenant. Mais les longs délais prévisibles avant qu'une entente survienne avec les omnipraticiens fera en sorte que, en définitive, personne ne s'en servira, confie-t-on à La Presse.

Car ce «visualiseur» est vu comme une couche logicielle supplémentaire, un détour devenu inutile pour les professionnels qui veulent avoir accès aux données. Les logiciels dont disposent déjà les pharmaciens - et que sont à préparer les fournisseurs des cliniques des médecins - sont compatibles avec la base de données du DSQ.

L'interface fonctionne toutefois ; c'est «une solution fonctionnelle», a assuré l'ancien patron du DSQ, le sous-ministre Bernard Lefrançois, lors de l'étude des crédits du ministère de la Santé au printemps dernier. M. Lefrançois, qui se décrivait comme «le pilote dans l'avion» pour ce projet, a quitté ses fonctions tout récemment. Le DSQ avance à pas de tortue, bien que Québec paie des honoraires à des dizaines de consultants qui en sont réduits à s'occuper comme ils peuvent. Le Ministère tergiverse devant plusieurs décisions importantes, et bien des partenaires privés «boudent» et traînent les pieds en attendant que le gouvernement leur accorde les sommes supplémentaires qu'ils exigent, confie-t-on.

«Un énorme gaspillage»

Informé de ce nouveau dérapage, Bernard Drainville, député de Marie-Victorin et critique du Parti québécois en matière de santé, éclate : «C'est un énorme gaspillage d'argent. Plus de 100 millions, au moment même où le gouvernement veut aller chercher 180 millions dans la poche des gens avec sa taxe santé. Avec 100 millions, on crée 200 groupes de médecine familiale !»

«Cela fait trois ans qu'on dit qu'il y a des problèmes avec le DSQ, a pesté M. Drainville. On disait déjà que le projet était mal géré, qu'on s'en allait dans le mur. Philippe Couillard soutenait que tout allait bien. Yves Bolduc dit aussi que le projet avance bien. On sait depuis le début que les retards vont entraîner des coûts supplémentaires.»

La Fédération des médecins omnipraticiens voudrait avant tout que ses membres aient accès à un «dossier médical électronique». Les résultats d'examens, mais aussi beaucoup d'autres renseignements, dont les notes du médecin, deviendraient accessibles. Ces données auraient été bien plus utiles que ce que contiendra le DSQ, observe, dépité, le président des omnipraticiens, le Dr Louis Godin. Sa fédération demande environ 3000 $ par médecin pour acheter le matériel informatique nécessaire pour avoir accès au DSQ.

Une épine au pied du ministre

Relancé mercredi, le ministre Yves Bolduc a mis fin à un point de presse dès qu'il a été interrogé sur le DSQ. Le projet de 563 millions, qui devait être cofinancé par Ottawa, est devenu une épine au pied du ministre et du gouvernement. Tout devait être en place pour l'été 2010. On a reporté l'échéance d'un an, mais des sources proches du projet estiment que des volets importants ne seront pas prêts, en particulier la mise en ligne des dossiers dans les cliniques médicales.

Dans son rapport de mars 2008, le Vérificateur général avait réprimandé vigoureusement le gouvernement pour l'attribution de ce contrat à Bell xwave. Renaud Lachance avait relevé que le Ministère, alors dirigé par Philippe Couillard, avait demandé à l'agence de la santé et des services sociaux de Montréal de signer le contrat afin que Bell xwave n'ait pas de concurrent. Le Vérificateur concluait : «Le processus d'appel d'offres et d'évaluation alors mis en oeuvre n'était pas conforme aux règles.» Il se questionnait aussi sur le fait que Bell xwave avait commencé ses travaux pas moins de 10 mois avant que le contrat ne lui soit accordé.

Le DSQ fait face à bon nombre de problèmes. Dès le départ, les décideurs avaient tranché pour qu'une clé USB soit nécessaire pour accéder aux données. Avec le temps, on s'est rendu compte que cette obligation causerait d'énormes problèmes logistiques. Par mesure de sécurité, une fois ouvert, le système se débranche automatiquement au bout de 20 minutes. Cela ne pose guère de problème en clinique mais, dans les hôpitaux, c'est une autre affaire. «C'est un problème... en même temps, il faut que ce soit sécuritaire. Ils travaillent encore là-dessus», a expliqué le Dr Godin.

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