Turcot: Québec dit non à Tremblay

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La ministre Boulet a affirmé que, selon son ministère, les coûts de construction et d'entretien du projet seraient trop élevés et la durée des travaux trop longue.

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(Québec) Trop cher, trop long, trop de structures en hauteur. La ministre des Transports, Julie Boulet, a annoncé sans détour, jeudi, à Gérald Tremblay que le gouvernement rejette son projet de réaménagement de l'échangeur Turcot. Pendant ce temps, l'opposition se rallie au maire.

Au lendemain du dévoilement des plans de la Ville de Montréal concernant le réaménagement de l'échangeur Turcot, la ministre Julie Boulet s'est entretenue au téléphone avec le maire Gérald Tremblay pendant une trentaine de minutes pour lui expliquer les raisons du refus du gouvernement. «On ne peut se permettre d'aller dans des dépenses aussi importantes pour le remplacement de Turcot», a-t-elle dit à La Presse peu de temps après ce coup de fil.«Je comprends la déception de M. Tremblay. Mais on est là pour gérer de façon responsable l'argent des contribuables. Et on est dans un contexte budgétaire difficile.»

Dans ses évaluations, dont La Presse a révélé des détails jeudi, le ministère des Transports (MTQ) chiffre le projet du maire Tremblay à 6 milliards de dollars.

En matinée, Julie Boulet a fait un commentaire cinglant, plaidant que le gouvernement n'a ni le «luxe» ni les «moyens de se payer» le projet du maire. «C'est certain que c'est à peu près trois fois le prix du projet du Ministère, a-t-elle dit. Et c'est l'argent des contribuables, de tous les contribuables du Québec. Alors quand on peut faire un échangeur à 2 milliards, est-ce qu'on a le luxe ou les moyens de s'en payer un de 6 milliards? Nous, on est là pour bien gérer l'argent de la population.»

Julie Boulet assure que l'évaluation de son ministère, mise en doute par plusieurs, est «rigoureuse». «On va présenter l'évaluation (au maire), il n'y a pas de problème», a-t-elle dit. Elle a les plans de la métropole depuis trois semaines. «Donc on n'a pas dit non d'emblée. On a pris le temps d'évaluer le projet.»

En plus des coûts, l'échéancier du projet de la Ville pose problème, selon Mme Boulet. Québec tient à ce que le nouvel échangeur soit mis en service en 2017 - un an plus tard que ce qui était prévu lors de l'annonce en 2007. Or, selon l'évaluation du MTQ, le projet du maire Tremblay ne serait terminé qu'en 2022.

Ces cartes tirées des projets du MTQ et... (ILLUSTRATIONS FOURNIES PAR LE MTQ ET LA VILLE DE MONTRÉAL) - image 2.0

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Ces cartes tirées des projets du MTQ et de la Ville de Montréal permettent de comparer l'espace au sol occupé par chacun des deux concepts routiers. Plus compact, l'échangeur imaginé par la Ville éviterait les démolitions de logements prévues par le MTQ sur les rues Saint-Rémi et Cazelais (à droite, sur l'image de la Ville)

ILLUSTRATIONS FOURNIES PAR LE MTQ ET LA VILLE DE MONTRÉAL

Réduire les coûts d'entretien

Des éléments techniques expliquent aussi le refus du gouvernement. Québec veut diminuer les structures surélevées en optant pour une construction sur remblais. Les ouvrages surélevés de l'actuel échangeur Turcot représentent une superficie d'un peu plus de 160 000 m2. Or, ils seraient de 241 000 m2 dans le projet du maire. Le Ministère prévoit dans le sien des structures surélevées de 62 000 m2.

«Au Québec, à cause des sels de déglaçage, des périodes de gel et de dégel, les structures sont plus difficiles à entretenir et leur espérance de vie est moins longue, a expliqué Julie Boulet. Donc notre objectif était de diminuer les structures en hauteur pour diminuer les coûts d'entretien dans les prochaines décennies.»

Le MTQ chiffre le projet du maire à six milliards notamment en raison de la nécessité de construire des voies de déviation de la circulation. Québec veut maintenir la circulation routière dans ce secteur durant les travaux, comme le permet son projet par le démantèlement des structures surélevées et des piliers de béton à la toute fin. Si des routes de déviation de la circulation n'étaient pas construites, le projet du maire coûterait 4 milliards et serait terminé pour 2019. «Mais c'est difficilement pensable de ne pas avoir de structures temporaires et que les 280 000 véhicules par jour (qui circulent dans le complexe actuellement) se retrouvent partout. Ce serait infernal pour moi», a expliqué Mme Boulet.

La ministre entend «continuer de collaborer avec la Ville» afin de déterminer «si certains éléments de son projet peuvent être intégrés à celui du Ministère». Elle envisage, par exemple, de remettre en question la construction sur remblais projetée dans le secteur de La Vérendrye et qui scinde un quartier en deux.

La ministre fait valoir que le projet du MTQ a été «bonifié» depuis le rapport accablant du BAPE, rendu public en novembre dernier. Le nombre d'expropriations passe de 160 à 100. Il n'y en a plus dans les rues Cazelais et Desnoyers. La capacité routière est réduite de 15% à 25%, selon les secteurs, par rapport au projet initial. Une voie réservée aux transports collectifs est prévue «tout le long de l'autoroute 20, sans ajouter de voies supplémentaires». Il faudra toutefois patienter avant de voir ce projet «bonifié».

Le critique du Parti québécois en matière de transports, Stéphane Bergeron, s'est fait ironique au sujet de la «nouvelle mouture» du projet du MTQ. «Le gouvernement a présenté à la Ville de Montréal un projet alternatif, et la Ville l'a trouvé tellement intéressant qu'elle a présenté un autre projet... C'est donc dire qu'il ne devait pas y avoir grand-chose de bien différent dans cette nouvelle mouture.»

Le député s'est dit «surpris» par la «réponse hâtive de la ministre». Mercredi, «le ministre des Finances et elle nous ont dit qu'ils allaient considérer le projet de la Ville même si, parallèlement à ça, ils se sont employés à le discréditer. Je ne m'attendais certainement pas à ce que, 24 heures plus tard, elle ferme la porte à double tour. C'est un manque de respect évident à l'égard des élus montréalais», a-t-il dit, mettant en doute l'évaluation du MTQ. Selon lui, le gouvernement «ne prend pas en considération ce qu'on va réussir à économiser en quatre, cinq décennies, en matière de coûts environnementaux et de coûts sur la santé» avec le projet de la Ville.

 

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