Mères porteuses: un député veut décriminaliser les grossesses payées

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Au moins une députée libérale, Hedy Fry, s'oppose à l'idée, disant déceler des traces de la Servante écarlate, roman célèbre de Margaret Atwood récemment présenté en série télévisée.

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Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA

Un député fédéral veut décriminaliser le paiement des mères porteuses et la ministre de la Santé se dit «ouverte» à l'idée.

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Le député du PLC, Anthony Housefather

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Le libéral Anthony Housefather compte déposer un projet de loi en mai aux Communes. Le député veut modifier la loi actuelle, adoptée en 2004, qui, selon lui, oblige les couples canadiens qui en ont les moyens à aller aux États-Unis où ils peuvent payer pour obtenir des ovules ou pour convaincre une femme de leur porter un enfant.

La ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor n'a pris aucune décision. «Mais je dis que je suis ouverte d'esprit puisque nous reconnaissons qu'il y a plusieurs Canadiens et Canadiennes qui considèrent cette option ces temps-ci. Puis je pense qu'on ne peut pas tout simplement fermer la porte», a affirmé la ministre à son arrivée aux Communes, mardi après-midi.

Le député Housefather qui avait tenu une conférence de presse quelques heures plus tôt cite l'appui de plusieurs de ses collègues libéraux.

La présidente du caucus des députées libérales le confirme. «Je n'ai rencontré personne au caucus, surtout pas au caucus des femmes, qui est contre ça», a assuré Anita Vandenbeld.

Des ministres - Diane Lebouthillier et Marie-Claude Bibeau - offrent, prudemment, des bémols. «Pour moi ce qui prime, c'est d'assurer la santé et la sécurité des femmes», a dit la première. «Quand on parle de payer pour le service, là, c'est toute une question d'éthique. J'ai besoin de plus de temps pour réfléchir à la question», a dit la seconde.

Pour la députée Alexandra Mendès, c'est tout réfléchi. «Le principe en soi, je crois, c'est pour protéger d'abord et avant tout les couples de même sexe qui voudraient avoir un enfant et qui parfois, après avoir payé tous les frais et tout, se retrouvent sans l'enfant à la fin de la grossesse», a-t-elle souligné, tout en admettant qu'il y a un risque de commercialiser le corps des femmes, d'où son appel à un débat de fond et à une loi très encadrée.

Sa collègue Hedy Fry, elle, sursaute devant l'idée qui, dit-elle, a des «relents de la Servante écarlate», ce célèbre roman de Margaret Atwood récemment présenté en série télévisée. En tant que médecin, Dr Fry voit d'un mauvais oeil le marchandage des parties du corps humain et fait le parallèle avec la vente d'organes dans certains pays pauvres.

«Je crois qu'une femme peut décider d'être mère porteuse pour plusieurs différentes raisons», a dit M. Housefather quand on lui a demandé si des femmes pauvres et vulnérables ne seraient pas poussées à poser le geste. «Je ne vois pas un grand problème si une femme décide que ça, c'est une avenue économique (..) Si c'est une décision de la femme, moi je n'ai pas de problème», a-t-il raisonné.

Quant à la comparaison avec l'interdiction, par exemple, de payer pour un rein ou un don de sang, ceux qui appuient M. Housefather protestent. «C'est une question très différente lorsqu'on parle de quelqu'un qui veut une famille (...) Je ne pense pas que nous devrions pénaliser les gens qui veulent désespérément une famille», a lancé une autre collègue libérale du député, Judy Sgro.

«C'est leur seule option? Puis l'adoption? (...) C'est pas parce qu'on est en 2018 qu'on va plus instrumentaliser le corps des femmes», lui a répondu Monique Pauzé, du Groupe parlementaire québécois.

Chez les néo-démocrates, aussi, on est tiède. «Disons que d'instinct ou d'emblée, le fait de payer pour des échanges de tissu humain, on a une certaine réticence. Mais j'aimerais beaucoup voir le texte de la loi avant de vous répondre de manière catégorique», a réagi Alexandre Boulerice.

L'éventuel projet de loi, déposé par un député d'arrière-ban, ne liera pas le gouvernement et chaque élu pourra voter comme bon lui semble. Mais au cabinet, on peut déjà deviner un appui de taille: le président du Conseil du trésor qui, avec son conjoint, ont fait affaire avec une mère porteuse.

«Les familles comme la mienne ont choisi les options dans les autres pays, par exemple. Et c'est, c'est cher de le faire. C'est possible de le faire, mais (...) c'est trop cher pour beaucoup de familles», a noté Scott Brison.

Justin Trudeau, lui, à qui on a demandé l'opinion trois fois, mardi, à ses entrées et sorties de la Chambre des communes n'a jamais desserré les lèvres.




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