La Presse à Washington: Trump souffle (encore) le chaud et le froid sur l'ALENA

Le premier ministre canadien Justin Trudeau s'est entretenu... (Photo Jonathan Ernst, archives Reuters)

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Le premier ministre canadien Justin Trudeau s'est entretenu avec le président américain Donald Trump à la Maison-Blanche, mercredi après-midi.

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(Washington) Les journalistes et photographes ne devaient faire qu'une brève incursion dans le bureau Ovale avant la rencontre fort attendue entre Donald Trump et Justin Trudeau. Fidèle à ses habitudes, le président des États-Unis a finalement répondu du tac au tac à plusieurs questions, affirmant qu'il pourrait déchirer l'ALENA et conclure une entente bilatérale avec le Canada si les pourparlers achoppaient avec le Mexique.

« Je crois que Justin comprend que, si nous ne pouvons en arriver à une entente, cela [l'ALENA] sera mis au rancart et ce sera bien ainsi, a lancé M. Trump. Ils [les Canadiens] s'en tireront bien, nous aussi. »

Impassible, Justin Trudeau a écouté Donald Trump évoquer une série de scénarios potentiels quant à l'avenir de l'Accord de libre-échange nord-américain. Le président des États-Unis, qui a souvent décrit l'ALENA comme le « pire accord commercial de tous les temps », n'avait jamais évoqué la possibilité de conclure une entente sans le Mexique avant ce point de presse impromptu de six minutes, hier.

« C'est possible que ne nous soyons pas en mesure de ratifier une entente avec l'un ou l'autre des pays, mais qu'entre-temps, nous fassions une entente avec l'un d'entre eux, a avancé M. Trump. Mais je crois que nous avons une chance de faire quelque chose de très créatif pour le Canada, le Mexique et les États-Unis. »

DORURES ET « FAKE NEWS »

Entouré d'une masse compacte de journalistes dans son bureau nouvellement redécoré de couleurs dorées, Donald Trump a aussi répondu à des questions sur la Corée du Nord.

Il a nié vouloir augmenter l'arsenal nucléaire américain et qualifié de « fake news » un reportage qui allait dans ce sens. Il juge « dégoûtant » que la presse puisse écrire ce qu'elle veut, en s'appuyant sur des sources anonymes.

Les deux dirigeants, accompagnés de leurs femmes Melania Trump et Sophie Grégoire, se sont entretenus en privé pendant une dizaine de minutes. Ils ont ensuite été rejoints par quelques conseillers clés, dont la ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, et le secrétaire au Commerce des États-Unis, Wilbur Ross, pendant une trentaine de minutes supplémentaires.

TRUDEAU « PRÊT À TOUT »

Donald Trump a lancé sa nouvelle salve contre l'ALENA alors que la quatrième ronde de renégociation de l'accord commençait tout juste en banlieue de Washington. Certains dossiers litigieux, comme le pourcentage de contenu américain dans les véhicules, devraient être abordés au cours des prochains jours. Le président a fixé à la fin de l'année la date limite pour en arriver à une entente - échéancier que la plupart des observateurs jugent irréaliste.

Pour Justin Trudeau, la rencontre organisée hier avec Donald Trump représentait une ultime tentative de convaincre son vis-à-vis du bien-fondé de l'entente en vigueur depuis 1994. Le Canada et les États-Unis ont échangé quelque 882 milliards de dollars en biens et services l'an dernier, rappelle-t-on dans l'entourage du premier ministre, et la balance commerciale penche en faveur des Américains dans plusieurs secteurs, dont l'agriculture.

En conférence de presse sur le toit de l'ambassade du Canada, Justin Trudeau s'est dit satisfait de sa « très bonne » rencontre et a bon espoir d'en arriver à un accord « modernisé » avec le Mexique et les États-Unis. Il s'est toutefois montré lucide quant à un possible échec de la négociation. Ottawa « se prépare à toutes les éventualités », a-t-il admis.

« C'est très important et très possible d'obtenir une solution gagnant-gagnant-gagnant à l'issue de ces négociations. » - Justin Trudeau, premier ministre du Canada

« Ceci étant dit, je crois que c'est clair que les circonstances sont souvent difficiles, et que nous devons être prêts pour tout - ce que nous sommes », a ajouté M. Trudeau.

Le premier ministre a par ailleurs abordé le litige entre Boeing et Bombardier pendant sa rencontre à la Maison-Blanche. Sans entrer dans les détails, il dit avoir fait part du vif mécontentement du Canada, ajoutant que Donald Trump appréciait les discussions franches.

«PLUS GROS CLIENT»

Quelques heures plus tôt, Justin Trudeau a participé pendant une heure à une rencontre avec l'influent Comité des voies et moyens du Congrès. Pendant une brève allocution ouverte aux médias, Justin Trudeau a répété son message clé aux Américains : le Canada est votre plus gros client.

« En matière d'échanges, les États-Unis vendent davantage au Canada qu'ils le font à la Chine, au Japon et au Royaume-Uni mis ensemble », a-t-il fait valoir.

Justin Trudeau a conclu sa visite à Washington par une réception privée à l'ambassade du Canada, hier soir. Il mettra le cap ce matin vers Mexico, où il rencontrera en fin d'après-midi le président Enrique Peña Nieto. Les deux hommes donneront par la suite une conférence de presse conjointe.

STEPHEN HARPER AUSSI À WASHINGTON

Pendant que Justin Trudeau faisait un nouveau plaidoyer pour l'ALENA à la Maison-Blanche, hier, l'ancien premier ministre Stephen Harper se trouvait lui aussi à Washington pour parler des bienfaits de cet accord commercial.

Invité à prononcer un discours par un cabinet d'avocats, M. Harper a fait valoir que l'ALENA avait largement profité aux trois pays.

Selon lui, Washington a davantage de problèmes avec le Mexique qu'avec le Canada en matière de balance commerciale.

Le conservateur a toutefois averti que les coups de gueule de Donald Trump contre l'ALENA, souvent formulés sur Twitter, ne devaient pas être pris à la légère.




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