Ottawa ne peut plus compter sur Washington comme leader mondial

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.... (Chris Wattie, archives REUTERS)

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La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

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(Ottawa) Le Canada ne peut plus compter sur les États-Unis pour jouer le rôle de chef de file mondial, estime la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland. C'est pourquoi il importe plus que jamais que le Canada trace sa propre voie en misant fermement sur le renforcement des institutions multilatérales telles que l'ONU, l'OTAN, le G7 ou le G20, et la libéralisation des échanges.

Dans un long discours étoffé à la Chambre des communes visant à préciser la politique étrangère du gouvernement Trudeau à l'heure de Brexit et de la nouvelle administration à Washington, Mme Freeland a affirmé que le Canada doit prendre note « que notre ami et allié met en doute la valeur de son leadership mondial » et doit donc « établir clairement » sa propre orientation souverainiste.

« Le Canada est reconnaissant et sera toujours reconnaissant envers son voisin pour le rôle exceptionnel qu'il joue dans le monde. Et nous cherchons et devons continuer à persuader nos amis qu'il est dans leur intérêt national, ainsi que dans l'intérêt du monde libre, de continuer d'exercer un leadership international. Toutefois, nous reconnaissons également que la décision ne nous revient pas. C'est un choix que les Américains doivent faire pour eux-mêmes », a déclaré la ministre Freeland.

La chef de la diplomatie canadienne a aussi profité de son discours pour remercier les États-Unis pour le rôle crucial qu'ils ont joué dans l'établissement de l'ordre mondial depuis la dernière Grande Guerre.

« Les États-Unis ont vraiment été une nation indispensable. Pour leur contribution unique à notre paix et à notre prospérité communes depuis sept décennies, j'aimerais, au nom de tous les Canadiens, remercier profondément nos amis américains », a-t-elle dit.

Elle a toutefois souligné que les Américains, en confiant la Maison-Blanche à Donald Trump aux dernières élections présidentielles, ont voté pour se libérer du « fardeau de chef de file mondial ». « Je ne dis pas cela pour soulever la controverse. C'est un fait », a-t-elle dit.

Cela a d'ailleurs des conséquences : le président Turmp a remis en cause l'OTAN, les avantages de l'Accord de libre-échange nord-américain et les liens étroits que les États-Unis ont entretenus depuis des décennies avec l'Europe.

« Des relations internationales qui semblaient immuables depuis les 70 dernières années sont maintenant remises en question. De l'Europe à l'Asie jusqu'à notre propre demeure en Amérique du Nord, des pactes de longue durée qui ont constitué la pierre angulaire de notre sécurité et de notre prospérité depuis des générations sont mis à l'épreuve. (...) L'abandon de nos responsabilités n'est pas une option. Nous devons plutôt réfléchir soigneusement et longuement sur ce qui se passe et tracer la voie à suivre », a dit la ministre.

Dans son discours, Mme Freeland a aussi affirmé que le protectionnisme n'est guère le remède aux maux qui affligent certains pays du monde.

« Pour le Canada, le libre-échange constitue un autre avantage important d'un système international fondé sur des règles. Dans ce domaine aussi, les puissances moyennes subissent rapidement et de façon intense les effets négatifs des politiques du "chacun pour soi". Il s'agit de la leçon incontournable apprise durant la Grande Crise des années 1930. L'augmentation des obstacles au commerce est dommageable pour les citoyens des pays que ces mesures sont censées aider. Ils freinent la croissance, étouffent l'innovation et entraînent des pertes d'emploi. L'histoire nous a appris cette leçon. Nous ne devrions pas être obligés de la réapprendre en vivant de nouveau cette pénible expérience », a-t-elle dit.

Alors que le ministre de la Défense Harjit Sajjan doit présenter la nouvelle politique en matière de défense mercredi, la ministre Chrystia Freeland a soutenu que le Canada n'a guère l'intention de se fier uniquement à son puissant voisin pour assurer sa sécurité.

« Nous allons faire les investissements nécessaires dans notre armée, non seulement pour rattraper les années de négligence et de sous-financement, mais aussi pour permettre aux Forces armées canadiennes de repartir sur une nouvelle base, avec le matériel, la formation, les ressources et le financement constant et prévisible dont elles ont besoin pour accomplir leur travail difficile, dangereux et important. (...) Pour le Canada, il y a une raison très claire d'investir dans une armée efficace, professionnelle et solide : si les puissances moyennes ne participent pas pour faire progresser la paix et la stabilité dans le monde, elles laissent aux grandes puissances le pouvoir de prendre les décisions entre elles, ce qui ne serait pas dans l'intérêt du Canada », a-t-elle dit.




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