Nomination de Madeleine Meilleur: des candidats au poste confient leur inconfort

Madeleine Meilleur... (Archives Le Droit, Martin Roy)

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Madeleine Meilleur

Archives Le Droit, Martin Roy

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Opacité, ingérence politique et conflit d'intérêts: le processus de nomination du commissaire aux langues officielles fait l'objet de plusieurs récriminations de la part d'une poignée de candidats l'ayant vécu de l'intérieur.

La désignation de Madeleine Meilleur au poste de commissaire a créé des remous, surtout après que l'ex-ministre à Queen's Park eut reconnu qu'elle avait contacté deux membres influents de la garde rapprochée de Justin Trudeau afin de leur signaler son intérêt pour l'emploi.

Ces aveux de la libérale de longue date ont fait bondir les partis d'opposition à la Chambre des communes, mais également plusieurs personnes qui sont passées à travers le processus et qui ont accepté de partager leur expérience avec La Presse canadienne, sous le couvert de l'anonymat.

D'abord, selon deux d'entre eux, même la firme de chasseurs de têtes qui avait été embauchée par le gouvernement pour trouver un nouveau commissaire, Boyden, a été prise de court en apprenant dans les médias, en même temps que tout le monde, que le choix s'était arrêté sur Mme Meilleur.

«On m'a dit à deux reprises que j'allais faire partie de la deuxième étape; on m'a signifié qu'on allait communiquer avec moi pour les prochaines étapes», relate un des prétendants au poste. Les semaines ont passé. Puis la nouvelle est tombée.

«Et là, j'apprends la nomination de Madeleine Meilleur. Je me dis: «OK, qu'est-ce que j'ai manqué? Ai-je manqué un téléphone?'», raconte cette personne qui espérait succéder à Graham Fraser à la barre du commissariat.

«Et là, (la semaine dernière), j'ai reçu un téléphone de Boyden, qui s'excusait avec profusion et qui me disait: «D'habitude, on est impliqués tout au long du processus, et là on a appris comme vous qui avait été nommé comme commissaire'», poursuit le candidat.

Une autre personne qui s'est rendue au second tour des entrevues corrobore cette information: «J'ai parlé à quelqu'un de Boyden, et c'est ce qu'ils m'ont dit, qu'eux aussi avaient été pris au dépourvu, que normalement, on leur faisait part de la recommandation».

Ce même individu dénonce du même souffle la façon dont la seconde entrevue (un «test psychométrique») a été menée. Il a été abasourdi d'être interrogé par le sous-ministre à la Justice sur la façon dont il traiterait une plainte sur un dossier d'actualité qui tomberait vraisemblablement dans la cour de ce même ministère.

On lui soumettait un cas où le gouvernement demanderait au ministère de préparer à brève échéance une série de documents qui devraient être rendus publics, donc traduits dans les deux langues officielles, alors que la chose était impossible.

«C'est difficile de répondre pour deux raisons: la personne qui pose la question va avoir son mot à dire sur le choix du candidat, alors on ne veut pas la choquer, et par ailleurs, c'est clairement une violation de la loi, alors il n'y a pas d'autre façon de la traiter que de dire oui, il faut enquêter.»

Il y a donc là apparence de conflit d'intérêts dans le processus, selon le candidat. «J'avais trouvé que c'était une question un peu plus bizarre dans ce type d'entrevue-là, parce qu'on plaçait la personne qui était interviewée dans une situation bizarre.»

Mais à tout le moins, dans ce second tour d'entrevues, on parlait d'enjeux reliés aux langues officielles. Lors de la première ronde, on s'est contenté de banalités, d'après le récit qu'en fait un candidat qui en est ressorti découragé.

«Vraiment, c'était les questions les plus stupides auxquelles j'ai répondu dans ma carrière. Des questions du genre: «Pourquoi avez-vous postulé?» ou «Si vous aviez trois mots pour vous décrire, quels seraient-ils?» Genre job d'été, je veux embaucher un étudiant», raille cette personne.

«Je suis sorti de là et je me suis dit: «Je ne suis pas sûr que je veux l'emploi, finalement, parce que si c'est ça le processus, ça pourrait signifier l'importance qu'on accorde à ce dossier-là, et si c'est ça, moi, je ne veux pas en faire partie'», poursuit la source anonyme.

La firme Boyden n'avait pas réagi aux informations véhiculées par les candidats malheureux au poste de commissaire au moment de publier ces lignes, mardi. Quant à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, elle n'était pas disponible pour une entrevue.

Son attaché de presse, Pierre-Olivier Herbert, a transmis à La Presse canadienne un courriel détaillant le processus de nomination, où l'on apprend que la ministre Joly a elle-même interviewé les deux candidats retenus pour la ronde finale - une information que n'avait pas fournie Madeleine Meilleur lors de son témoignage au comité des langues officielles, jeudi dernier.

Par après, «une fois son choix arrêté, elle (Mélanie Joly) a consulté les porte-parole des partis de l'opposition pour obtenir leurs commentaires sur la candidature de madame Meilleur», a indiqué l'attaché de presse dans ce message.

Le dévoilement de ces renseignements liés au processus fait suite à une demande formulée par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), qui a réclamé samedi dernier dans un communiqué des «précisions» sur ledit processus, après avoir initialement accueilli favorablement l'arrivée de l'ancienne politicienne du gouvernement ontarien.

Car la nomination de Mme Meilleur ne fait pas l'unanimité, surtout depuis qu'elle a reconnu avoir contacté le secrétaire principal du premier ministre, Gerald Butts, et de sa chef de cabinet, Katie Telford, deux anciens collègues à Queen's Park, pour leur signifier son intérêt pour le poste de commissaire.

La désignation du commissaire aux langues officielles, un agent indépendant du Parlement, doit être avalisée par la Chambre des communes et le Sénat. Au bureau de Justin Trudeau, jeudi dernier, on a dit ne pas avoir l'intention de retirer la candidature que l'opposition considère «partisane».

Les partis d'opposition tentent de bloquer la désignation en arguant que le gouvernement a enfreint la Loi sur les langues officielles en ne consultant pas adéquatement les chefs des partis reconnus.

Ils ont demandé mercredi dernier au président de la Chambre, Geoff Regan, de se prononcer sur la question. Le verdict n'est pas encore tombé, et il ne tombera pas cette semaine puisque les députés sont en relâche parlementaire. Ils rentreront à Ottawa lundi prochain.




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