Peu d'élus conservateurs du Québec appuient Maxime Bernier

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Maxime Bernier

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Maxime Bernier est le seul Québécois qui a de réelles chances de remporter la course à la direction du Parti conservateur. Son trésor de guerre est considérable et il se démarque dans les sondages. Pourtant, une majorité de la députation québécoise a décidé de le bouder.

Le député de Beauce n'est pas tombé des nues en voyant quatre collègues se rallier à un Saskatchewanais à peu près inconnu au Québec, Andrew Scheer, puis, quelques semaines plus tard, l'influent Gérard Deltell appuyer un candidat lui aussi méconnu des Québécois, Erin O'Toole.

«Il ne faut pas chercher de midi à quatorze heures, c'est en raison des positions politiques que j'ai prises dans le dossier de la gestion de l'offre (...) et dans le dossier sur l'abolition des subventions aux entreprises», a-t-il lâché en entrevue téléphonique depuis Toronto en milieu de semaine.

«Je n'ai pas fait de compromis dans mes principes pour avoir plus de députés qui m'appuient», a-t-il plaidé, disant que les élus du Québec qui ont jeté leur dévolu sur Andrew Scheer ont opté pour un candidat qui «fait campagne pour l'UPA (Union des producteurs agricoles) et pour garder le cartel».

Il savait dès le départ que sa volte-face sur la gestion de l'offre - alors qu'il était ministre au sein du précédent gouvernement conservateur, il disait vouloir protéger ce système qui régit les productions de lait, d'oeufs et de volaille - lui coûterait des appuis.

Le député Luc Berthold l'avait signalé très rapidement. Dès le mois de mai, il a écrit sur Twitter que son appui était conditionnel au maintien du système. Aujourd'hui, avec Alain Rayes, Sylvie Boucher et Pierre Paul-Hus, il fait partie des quatre députés qui ont rejoint l'équipe Scheer.

«J'ai toujours laissé une porte ouverte à M. Bernier, et je lui ai toujours dit que s'il était prêt à reconsidérer sa position sur la gestion de l'offre, que j'étais prêt à l'écouter. Finalement, il ne l'a pas fait», a expliqué à l'autre bout du fil l'élu de Mégantic-L'Érable.

Il estime avoir trouvé en Andrew Scheer «quelqu'un de plus rassembleur», de «moins extrême» dans ses propositions. «Il y a des parties de son programme, au-delà de la gestion de l'offre, qui sont d'après moi trop libertariennes», a dit M. Berthold en parlant de la plateforme du Beauceron.

Maxime Bernier mentionne qu'en ajoutant aux deux députés qui sont dans son camp - Jacques Gourde et Alupa Clarke - les trois sénateurs du Québec qu'il a recrutés, il est en fait celui qui a le plus d'appuis québécois au caucus conservateur.

Mais celui qui aime se faire appeler «Mad Max» est toutefois d'avis qu'il ne faut pas exagérer l'importance de l'appui des députés. Et pour donner du poids à son argument, il se permet au passage une boutade à l'endroit de son rival saskatchewanais.

«Regardez Andrew Scheer, c'est lui qui a le plus d'appuis (22 députés), et il est à 7 % dans les sondages! Kevin O'Leary, c'est lui qui a le moins d'appuis (à l'instar de quelques autres candidats, il n'en a aucun) et il est en tête avec moi», a-t-il illustré.

«Un député, c'est un vote. Ce sont les membres qui vont voter, et puis nous, on a une plateforme qui plaît au membership, tant au Québec qu'à l'extérieur du Québec», a tranché Maxime Bernier.

Il voit un calcul politique de la part de ses collègues députés qui ont décidé de se ranger dans le camp Scheer. «Je crois qu'ils veulent promouvoir la gestion de l'offre en pensant d'avoir l'appui des producteurs laitiers et d'être réélus à la prochaine campagne électorale», a-t-il suggéré.

Or, la stratégie est peut-être bancale.

Car Maxime Bernier dit n'être «pas certain» que «ces gens-là» avaient voté conservateur aux dernières élections - après tout, le gouvernement Harper avait ouvert une brèche dans la gestion de l'offre en signant le Partenariat transpacifique en pleine campagne électorale, a-t-il rappelé.

La circonscription de Luc Berthold, comme celles de deux députés - Alain Rayes et Sylvie Boucher - qui ont rejoint l'équipe Scheer, regorge de producteurs laitiers. Mais la chose est aussi vraie pour celles de Maxime Bernier et de Jacques Gourde, qui copréside d'ailleurs sa campagne.

Et l'ancien agriculteur a accepté le poste même s'il est contre l'abolition de la gestion de l'offre. «Moi, personnellement, je ne suis pas d'accord avec l'idée de M. Bernier. Par contre, je suis d'accord avec les 90 pour cent des autres idées de Maxime Bernier», avait-il offert en mai dernier.

Le seul député non aligné du Québec, Joël Godin, ne semble pas prêt à faire abstraction de la position de son collègue de Beauce. «Tant et aussi longtemps qu'il va sortir publiquement pour dire qu'il est contre, je ne peux pas l'appuyer», a-t-il tranché en entrevue téléphonique.

Et même si l'autre candidat québécois dans cette course, Steven Blaney, défend bec et ongles la gestion de l'offre, il n'a pas de chances de gagner, selon le constat que fait l'élu de Portneuf-Jacques-Cartier.

D'ailleurs, Joël Godin ne considère pas qu'il a l'obligation de soutenir un compatriote du Québec.

«Il ne faut pas jouer dans le film de "Il faut absolument que ce soit un chef du Québec parce que c'est une alternance Est-Ouest, Ontario-Québec". Moi, je veux être plus ouvert que ça. Je veux choisir la meilleure personne qui me rejoint moi», a-t-il souligné.

Le chef adjoint du Parti conservateur, Denis Lebel, et le président du caucus québécois, Bernard Généreux, demeureront neutres jusqu'à l'élection du successeur de Stephen Harper, le 27 mai prochain.




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