Propos sur les pensionnats autochtones: une sénatrice s'estime incomprise

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Se présentant comme une victime de «fausses nouvelles», la sénatrice Lynn Beyak s'accroche. Elle ne démissionnera ni du comité sénatorial sur les peuples autochtones, ni du Sénat, pour avoir formulé des propos jugés inacceptables sur les pensionnats autochtones.

Le bureau de la sénatrice a publié deux communiqués coup sur coup, jeudi, quelques heures après que la présidente du comité, Lillian Dyck, l'eut invitée à amorcer une réflexion sur la pertinence d'en demeurer membre.

Elle avait prié sa collègue de «réfléchir au tort que sa présence pourrait causer au comité tandis qu'il amorce l'étude de la relation de nation à nation entre les peuples autochtones et le Canada».

Mais la principale intéressée estime n'avoir rien à se reprocher: elle n'offre aucune rétractation pour ses propos et dénonce au passage une couverture médiatique inappropriée.

Les commentaires qu'on lui reproche ont été mal interprétés et tirés hors de leur contexte en cette «ère de fausses nouvelles et d'exagérations», peut-on lire dans la première déclaration transmise par son bureau.

«Il est encourageant que plusieurs citoyens ne se soient pas fiés aux extraits sensationnalistes choisis par les médias et aux passages sélectionnés pour s'informer», est-il écrit dans le second communiqué envoyé environ une heure et demie plus tard.

En début de journée, la présidente du comité sur les peuples autochtones avait signalé qu'elle n'avait pas le pouvoir d'exclure des membres, mentionnant au passage avoir reçu ces derniers jours «des appels et des messages (lui) demandant d'exclure la sénatrice du comité».

La sénatrice Beyak a suscité la controverse en affirmant, lors d'un débat à la chambre haute sur la surreprésentation des femmes autochtones dans les prisons canadiennes, la semaine dernière, qu'il y avait de bonnes intentions derrière les pensionnats autochtones.

«Les personnes qui ont joué jadis un rôle dans les pensionnats indiens, dont certaines sont peut-être même vos ancêtres, avaient surtout de bonnes intentions, et nous devrions pardonner à celles pour qui ce n'était pas le cas», a lâché la sénatrice conservatrice.

Elle avait affirmé en janvier dernier lors d'une réunion du comité que «personne n'a jamais voulu blesser qui que ce soit» dans les pensionnats et déploré que le rapport la Commission de vérité et réconciliation n'ait pas mis «l'accent sur les bonnes choses».

La semaine dernière, lorsque ces propos ont fait surface, sa démission a été publiquement réclamée par le député néo-démocrate Romeo Saganash, lui-même un survivant des pensionnats autochtones.

La ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, n'est pas allée jusqu'à réclamer le départ de la sénatrice Beyak, mais elle lui a sévèrement reproché ses propos «malavisés, offensants et tout simplement faux» à la Chambre des communes, jeudi dernier.

Dans un rapport publié en 2015, la Commission de vérité et réconciliation a qualifié de «génocide culturel» le sort qui a été infligé aux enfants autochtones qui ont été arrachés à leur famille et envoyés dans ces pensionnats.

Romeo Saganash a affirmé que tenir de tels propos revenait à dire que derrière le génocide des juifs par le régime du dictateur allemand Adolf Hitler se cachaient finalement de nobles visées.

«À mon avis, dire que les pensionnats, c'était quelque chose quand même de bien, que ce n'était pas malintentionné comme institution, ça équivaut à dire que ce que Hitler a fait envers les juifs, c'était pas malintentionné», a-t-il dénoncé.

«Quand on parle des génocides, on ne peut pas dire qu'il y a des aspects qui sont bons, d'autres aspects moins bons», a ajouté le député du Nouveau Parti démocratique (NPD), citant la définition de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

L'Assemblée des Premières Nations (APN) n'a pas réclamé la démission de la sénatrice de l'Ontario, mais le chef national, Perry Bellegarde, compte lui faire parvenir une lettre, a-t-on réitéré jeudi du côté de l'organisation.




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