Les véritables origines de la ministre Monsef font des vagues à Ottawa

Maryam Monsef... (PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Maryam Monsef

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Joël-Denis Bellavance
La Presse Canadienne
Ottawa

Présentée par les libéraux de Justin Trudeau comme un symbole de la longue marche des femmes vers l'égalité en Afghanistan, un pays ravagé par des décennies de guerre, la ministre des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, n'est pas née dans ce pays du Moyen-Orient, où les droits des femmes sont bafoués, mais bien en Iran.

Le quotidien The Globe and Mail a révélé jeudi matin que Mme Monsef a appris de la bouche de sa mère récemment qu'elle n'était pas née à Herat, en Afghanistan, le 7 novembre 1985, mais bien à Mashhad, en Iran, une ville qui compte une importante communauté d'origine afghane.

Mme Monsef a confié au quotidien être « choquée » d'apprendre jeudi dernier que ses véritables racines n'étaient pas afghanes alors qu'un journaliste avait commencé à poser des questions au sujet de ses origines et de son arrivée au Canada à l'âge de 11 ans en 1996 avec sa mère et ses deux soeurs.

En tout, Mme Monsef a vécu moins de trois ans à Herat, où ses parents habitaient avant de déménager en Iran. Toute la famille a vécu dans cette ville afghane pendant quatre mois à la fin de 1987 et au début de 1988. Son père a été tué en janvier 1988 dans un raid mené soit par des rebelles afghans ou les troupes soviétiques à la frontière de l'Afghanistan et de l'Iran. La famille s'est rendue une deuxième fois à Herat pour une période de deux ans et demi de 1993 à 1996. Cette ville est tombée entre les mains des talibans en 1995, menant sa mère à entreprendre les démarches pour venir au Canada où elle avait de la famille.

« Au cours des derniers jours, ma belle et petite histoire de réfugiée s'est révélée un peu plus compliquée que je le croyais au départ. Les questions (du Globe) m'ont amenée à avoir une conversation avec ma mère et j'ai appris depuis que, bien que je sois toujours de nationalité afghane, je suis née dans un hôpital en Iran », a-t-elle déclaré.

Le bureau du premier ministre a indiqué au quotidien n'être aucunement au courant qu'une partie de l'histoire de la vie de la ministre Monsef était erronée.

L'histoire de Mme Monsef, qui, à 31 ans, est la plus jeune ministre du cabinet de Justin Trudeau, avait même été soulignée par le président des États-Unis Barack Obama quand il a prononcé un discours devant le Parlement en juin.

Mme Monsef a soutenu que les autres aspects du parcours de sa famille sont vrais, notamment que sa mère et les enfants ont fui la ville de Herat après l'arrivée des talibans pour prendre la direction de Mashhad en Iran avant de partir pour Islamabad, au Pakistan, en voyageant sur le dos d'un âne. La jeune famille s'est ensuite rendue à Karachi, où elle a pu s'envoler vers Jordan et ensuite Montréal pour demander le statut de réfugiés.

Mme Monsef a indiqué que sa mère est désolée de ne lui avoir pas tout dit sur ses véritables origines.

« Nous avons eu une bonne conversation à ce sujet et il y a eu beaucoup de larmes. Il y a eu des cris à ce sujet et de la colère et de la tristesse, et elle est désolée. Mais elle comprend maintenant l'importance d'être précis », a-t-elle dit.

Cela dit, la jeune ministre s'est dite émue lorsqu'elle parle de la décision de sa mère de quitter Herat afin de protéger ses jeunes filles. Des Afghans avaient alors insisté auprès de sa mère pour épouser Mme Monsef, qui avait seulement 10 ans à l'époque.

Dans une longue déclaration émise jeudi matin, Mme Monsef a affirmé être passée « par une gamme d'émotions lors des derniers jours en tentant de donner un sens à cette situation avec ma famille. Puisque mon histoire raisonne [sic] auprès des Canadiens, je voulais prendre le temps afin de clarifier quelques malentendus que ceci aurait pu engendrer. »

Voici les principaux extraits de sa déclaration.

« Lors des derniers jours, ma mère a avoué à mes soeurs et moi pour la première fois que nous sommes les trois en fait nées à Mashhad en Iran, soit à environ 200 km de la frontière afghane. »

« Suite au mariage de mes parents à Hérat, la situation quant à sécurité locale est devenue intenable. La ville était ravagée par la guerre et des milliers sont morts. Désormais plus en sécurité dans leur ville natale, mes parents ont décidé de ne pas prendre de risques et sont partis pour Mashhad en Iran, ou là ils pouvaient être en sécurité - toujours avec l'espoir de revenir rapidement à l'endroit où leurs familles avaient élu domicile pour des générations. Même si nous étions beaucoup plus en sécurité en Iran, nous n'avions aucun statut, et comme les milliers d'autres réfugiés afghans, nous ne profitions pas des mêmes droits et privilèges accordés aux citoyens iraniens. Après la mort de mon père, nous avons fait le trajet entre l'Afghanistan et l'Iran quand la situation le permettait. »

« Mes soeurs et moi avons demandé à notre mère pourquoi elle ne nous avait jamais dit que nous étions nées en Iran. Elle nous a répondu qu'elle ne croyait pas que c'était significatif. Nous étions citoyennes afghanes, et puisque nées de parents afghans, en vertu de la loi iranienne, nous ne serions pas considérées comme citoyennes iraniennes - malgré le fait que l'on y soit nées. »

« Certains survivants croient que la guérison vient de la transmission de leur histoire ; certains autres ne peuvent pas entrevoir revisiter le passé. Ma mère n'a jamais parlé de l'horrible douleur que le conflit et la terreur lui ont infligée. Cette semaine, mes soeurs et moi lui avons demandé de la revivre. »

« Le conflit m'a volé un père et a meurtri ma famille et moi pour la vie. Nous avons heureusement trouvé une communauté accueillante à Peterborough, Ontario au Canada, ou [sic] nous avons amorcé le processus éprouvant et difficile de relocalisation. »

« Arrivée au Canada en tant que réfugiée - vingt années plus tard - et désormais membre du cabinet dans le 42e Parlement - je ressens énormément de responsabilités quant à préserver tout ce que ce grand pays m'a permis de devenir. Et cela inclut l'imputabilité et la transparence. »

« Le Canada a joué un rôle important pour me permettre de devenir qui je suis aujourd'hui. Il s'agit du seul endroit où je sens une réelle appartenance, et je ne pourrais pas être plus fière d'être canadienne. »

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