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Sécurité: 5 millions en un mois pour protéger Trudeau

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La Gendarmerie royale du Canada a dépensé 17 millions pour protéger Justin Trudeau pendant les huit premiers mois de son mandat.

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La protection de Justin Trudeau a coûté la somme record de 5 millions de dollars, dont 1 million en heures supplémentaires, pour le seul mois de mars dernier, lorsqu'il s'était rendu trois fois aux États-Unis, dont pour sa première visite officielle à Washington. C'est plus de la moitié de ce que coûtait en un an la protection de l'ancien premier ministre Paul Martin, il y a quelques années.

Les coûts pour assurer la sécurité du premier ministre du Canada et de sa famille dans tous leurs déplacements ont continué de grimper depuis l'arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, alors qu'ils avaient déjà doublé sous Stephen Harper. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a dépensé 17 millions pour protéger Justin Trudeau pendant les huit premiers mois de son mandat, de novembre dernier à juin 2016, indique un document de la GRC obtenu en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Cela représente en moyenne plus de 2 millions par mois.

Un mois de mars onéreux

Le mois de mars 2016 a coûté à lui seul 5 millions, dont 1 million en heures supplémentaires, une facture au moins deux fois plus élevée que chacun des autres mois. Cette période coïncide avec un blitz diplomatique de Justin Trudeau aux États-Unis, marquée par une visite officielle à Washington où il a été reçu en grande pompe par le président Barack Obama. Le premier ministre s'était également rendu au siège des Nations unis et à un sommet sur la sûreté nucléaire dans les jours suivants. La GRC n'a pas donné d'explication à ce sujet. En comparaison, le mois d'avril a coûté seulement 1,1 million, sans aucune heure supplémentaire allouée. Sur une période d'un an, la facture liée à la sécurité du premier ministre libéral pourrait dépasser 25 millions, si les coûts se maintiennent jusqu'en octobre prochain.

La GRC peu loquace

Le coût de l'escouade de protection du premier ministre a augmenté de 6 % pendant les premiers mois du mandat libéral par rapport à la même période un an plus tôt, sous Stephen Harper. De novembre 2014 à juin 2015, la protection du premier ministre conservateur a coûté 16 millions, dont 1,6 million en heures supplémentaires. Une différence de 1 million par rapport à la protection de Justin Trudeau pour la même période de huit mois. La GRC a été avare de commentaires concernant cette hausse des coûts. «Nous ajustons nos mesures de sécurité selon l'horaire et les voyages de notre client», a indiqué Brigitte Mineault, porte-parole de la GRC. Le Bureau du Conseil privé, en quelque sorte le ministère du premier ministre, n'a pas commenté le dossier et a transmis nos questions à la GRC.

En fonction de la menace

Les agents du Peloton de protection du premier ministre (PPPM), une escouade spéciale de la GRC, assurent «en tout temps la sécurité personnelle du premier ministre et de sa famille lorsque ceux-ci se déplacent au Canada et à l'étranger», a expliqué la porte-parole Brigitte Mineault. Les mesures de sécurité déployées par la GRC sont «fondées sur les renseignements et sont proportionnelles aux évaluations de la menace», a-t-elle ajouté. La GRC a refusé de dévoiler à La Presse le nombre de policiers affectés au PPPM. Or, Radio-Canada avait rapporté en 2012 que 117 employés à temps plein faisaient partie de cette escouade.

Explosion de la facture sous Harper

De 2003 à 2006, alors que Paul Martin était premier ministre, les frais de fonctionnement du PPPM fluctuaient entre 9 et 10 millions par année. À l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper, les coûts ont grimpé sans interruption pour atteindre 21,8 millions pendant l'année financière 2012-2013, une hausse de 129% par rapport à 2005-2006. Le document ne précise pas si ces sommes incluent les heures supplémentaires. Ces données proviennent d'un document parlementaire déposé le 8 avril 2014 à la Chambre des communes et signé par le ministre de la Sécurité publique de l'époque, Steven Blaney.

«Plus cher l'an prochain»

L'ex-capitaine de la Sûreté du Québec Denis Rivest a dirigé l'escouade de sécurité des premiers ministres québécois de 1999 à 2009. Il n'est «pas du tout» surpris que les coûts pour assurer la protection des premiers ministres augmentent sans cesse. «Ça va coûter encore plus cher l'an prochain! Aussitôt que la menace augmente, il faut mettre en place des moyens plus grands», explique-t-il. Selon lui, le service de protection de Justin Trudeau doit maintenant tenir compte de «l'importante menace extrémiste des djihadistes», même si selon lui, la menace d'un «coucou», un déséquilibré solitaire, reste non négligeable.

Drones et bains de foule

Les bains de foule spontanés, dont est friand Justin Trudeau, contrairement à son prédécesseur, compliquent sérieusement le travail des gardes du corps, soutient Denis Rivest. «Les gardes du corps doivent faire des évaluations très précises de la menace. Qui va être là? Où va le politicien? Ça prend encore plus de personnel, puisque le politicien est encore plus proche de la foule», explique-t-il. D'autre part, les drones sont maintenant une grande source de préoccupation des autorités publiques, notamment parce qu'ils peuvent être utilisés pour manier une arme à feu. La GRC a ainsi lancé un projet-pilote pour tester des mesures visant à contrer des drones armés qui viseraient le premier ministre, a rapporté Radio-Canada il y a deux semaines.

- Avec William Leclerc, La Presse

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