Taxer les boissons sucrées, une idée qui «mérite qu'on s'y intéresse»

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

L'idée d'imposer une taxe fédérale sur les boissons sucrées «mérite qu'on s'y intéresse» en tenant compte des bénéfices que cette mesure peut avoir sur la santé publique.

C'est ce que concluent des chercheurs dans leur ouvrage Taxing Soda for Public Health: a Canadian Perspective au sujet de cet enjeu, qui revient périodiquement dans le débat public.

«Dans une perspective de santé publique, c'est une mesure qui présente un intérêt et qui pourrait être articulée dans un éventail de mesures visant à prévenir la surconsommation de boissons sucrées», a résumé le premier auteur de l'ouvrage, Yann Le Bodo.

«La taxation, dans une logique de santé publique, notamment en termes de contrôle du tabagisme, a montré qu'elle avait une contribution qui pourrait être intéressante», a poursuivi le doctorant en santé communautaire à l'Université Laval.

Selon M. Le Bodo, le gouvernement fédéral pourrait envisager l'imposition d'une taxe d'accise prélevée auprès des fabricants, «l'option qui est généralement la plus recommandée dans la littérature».

Le cabinet du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, avait commandé l'hiver dernier une analyse interne sur les effets d'une éventuelle taxe sur ce type de breuvage.

La mesure ne s'est finalement pas retrouvée dans le budget inaugural déposé en mars dernier par le gouvernement Trudeau, mais cela ne signifie pas que les libéraux ont fait une croix dessus.

«Nous sommes toujours en mode écoute, et nous invitons tous les points de vue lors des prochaines consultations prébudgétaires que nous lancerons cet automne», a écrit mercredi dans un courriel Daniel Lauzon, directeur des communications du ministre Morneau.

Acceptabilité sociale

Il a précisé dans le même message que cet enjeu que soulèvent à l'occasion «diverses parties» est «loin de faire l'unanimité».

D'après M. Le Bodo, l'acceptabilité sociale varie en fonction de la proposition qui est mise de l'avant.

«Si on demande un avis sur la taxation des boissons sucrées, on peut avoir plus ou moins la moitié de la population qui se prononce en faveur», a-t-il expliqué.

«Par contre, si on précise que les revenus d'une telle taxe seraient réinvestis à des fins de santé publique ou d'initiatives de promotion de la santé, là, on dépasse largement la moitié», a nuancé le chercheur.

La note informative rédigée l'hiver dernier à l'attention du ministre Morneau relevait que de nombreuses associations du milieu de la santé réclamaient l'adoption d'une taxe sur les boissons sucrées afin de faire diminuer les cas d'obésité.

La Fondation des maladies du coeur proposait que le gouvernement mette en place une taxe de 5% sur chaque quantité de 100 millilitres de boisson sucrée vendue. Une telle mesure générerait des revenus de 1,8 milliard de dollars à l'État, selon l'organisme.

Un comité sénatorial a aussi recommandé au gouvernement de taxer les boissons sucrées - incluant celles qui contiennent des édulcorants de synthèse - dans un rapport portant sur la lutte contre l'obésité déposé en mars dernier.

Selon le rapport, «environ 13% des enfants âgés de cinq à 17 ans sont obèses, tandis qu'un autre 20 % souffrent d'embonpoint. Les chiffres indiquent que le pourcentage d'adultes obèses a au moins doublé, et que celui d'enfants obèses a triplé depuis 1980».

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