Aide internationale: le Canada prône une «approche féministe»

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Si le Canada veille depuis deux décennies à ce que ses actions respectent l'égalité des sexes, la ministre du Développement international croit qu'il faut maintenant concevoir des projets spécifiquement à l'intention des femmes.

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Le Canada donnera une impulsion féministe à son aide internationale, priorisera l'accès à l'eau et fera une place accrue au secteur privé. Il s'agit de quelques-uns des thèmes de discussion dévoilés par Ottawa, qui lance cette semaine ses consultations auprès des acteurs du milieu, des partenaires étrangers et du grand public en vue de repenser sa politique en la matière, a indiqué dans un entretien à La Presse la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau. Résumé des nouvelles orientations.

APPROCHE FÉMINISTE

Marie-Claude Bibeau veut « virer la machine à l'envers » en ce qui concerne la place des femmes dans l'aide internationale. Si le Canada veille depuis deux décennies à ce que ses actions respectent l'égalité des sexes, la ministre du Développement international croit qu'il faut maintenant concevoir des projets spécifiquement à l'intention des femmes, car les aider « a plus d'impact sur le développement de leur communauté », affirme la ministre Bibeau. Cette « approche féministe » s'intégrera aux autres orientations de son ministère, comme la « croissance économique verte et durable », où des emplois destinés aux femmes pourraient être créés, illustre-t-elle. Les hommes ne seront pas négligés pour autant, particulièrement les jeunes, assure la ministre. « C'est une question de paix et de sécurité, parce que quand ils n'ont plus d'espoir, il y a plus de risques qu'ils se laissent séduire par les groupes terroristes, il y a plus de frustration, plus de violence contre les femmes. »

ACCÈS À L'EAU

L'eau est « de plus en plus la source de conflits », rendant vulnérables les femmes qui vont la chercher de plus en plus loin. Le Canada doit travailler à en faciliter l'accès, estime Marie-Claude Bibeau. « On a une expertise à partager à ce niveau-là », dit-elle, évoquant des méthodes de dessalement ou des « techniques de production qui utilisent moins d'eau » qui seraient utiles là où l'or bleu se fait rare. « Je m'attends à en apprendre plus dans les prochains mois [à ce sujet] », espère la ministre, dont les consultations s'étendront jusqu'à la fin de juillet. En plus de déterminer dans quels domaines le Canada devra concentrer ses efforts, la réflexion entamée par Ottawa devra aussi permettre de « trouver le juste équilibre entre l'aide humanitaire, notre contribution aux pays fragiles et notre contribution aux pays en développement », ajoute la ministre.

PLACE AU SECTEUR PRIVÉ

Repenser l'aide internationale implique aussi de faire une place à de nouveaux acteurs, de sorte que le secteur privé, entreprises comme fondations, pourrait être appelé à jouer un plus grand rôle. Marie-Claude Bibeau donne l'exemple de la Fondation Bill et Melinda Gates, très active dans l'aide au développement. La ministre évoque aussi un « désir d'impliquer davantage les Canadiens », ce qui pourrait faire une place accrue aux organisations non gouvernementales (ONG) de moindre envergure. Finalement, l'envoi de personnel canadien - fonctionnaires, policiers ou militaires - est « dans le domaine du possible » pour venir en aide aux États dans le besoin, confie la ministre, qui verrait bien ce type d'aide offert à un pays comme Haïti.

UNE AIDE À LONG TERME

Constatant au cours de la dernière décennie l'augmentation des conflits intérieurs, qui ont la caractéristique d'être plus longs, Marie-Claude Bibeau prévoit qu'il faudra ajuster l'aide internationale en conséquence. « Il ne s'agit plus juste de nourrir les gens et de leur donner les premiers soins sur une courte période, il s'agit [de le faire] sur une plus longue durée », ce qui implique aussi d'envoyer les enfants à l'école, pour qu'on ne perde pas des générations », dit la ministre. Aux réfugiés et déplacés que font ces conflits s'ajouteront « les réfugiés climatiques », prévient la ministre, qui croit que leur gestion sera l'un des « grands défis » qui attendent la communauté internationale.

DES ANNONCES À ISTANBUL

Marie-Claude Bibeau s'envolera ce soir pour Istanbul, en Turquie, afin de participer au premier Sommet mondial sur l'action humanitaire des Nations unies, lundi et mardi, dont l'objectif est de susciter et coordonner une plus grande action de la communauté internationale face aux crises actuelles. La ministre profitera de l'occasion pour faire « quelques annonces de projets concrets et significatifs » en matière d'aide internationale. Refusant d'en dévoiler davantage, elle s'est bornée à dire qu'il s'agira d'investissements substantiels dans des « pays fragiles », ajoutant que « les besoins humanitaires ne se limitent pas au Moyen-Orient ».

EN CHIFFRES

90 % > Proportion des enfants des pays en développement fréquentant l'école

793 millions > Nombre de personnes souffrant de malnutrition dans le monde, soit 216 millions de moins qu'en 1990

1,90 $ > La proportion de la population mondiale vivant avec moins de 1,90 $ par jour, soit le seuil de pauvreté absolue, est passée de 34,7 % en 1993 à 9,6 % l'an dernier.

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