NPD: le discours pro-oléoduc et anti-manifeste de Notley positivement accueilli

Les militants néo-démocrates ont chaudement applaudi la première ministre... (Photo Archives AFP)

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
EDMONTON

Les militants néo-démocrates ont chaudement applaudi la première ministre albertaine Rachel Notley, qui a livré un discours en faveur des oléoducs et en défaveur d'un manifeste qui a été accueilli avec ouverture par le chef fédéral, Thomas Mulcair.

Le congrès du Nouveau Parti démocratique (NPD) s'est véritablement animé pour une première fois, samedi, lors de l'allocution de la dirigeante néo-démocrate, qui ne s'est pas privée de décocher une flèche à l'endroit du manifeste «Un bond vers l'avant», texte prônant un délaissement des énergies fossiles.

Elle a invité les militants réunis à Edmonton à faire preuve de pragmatisme face aux projets d'infrastructure énergétiques et plaidé que les manifestes ne passent pas toujours le test de la réalité - dans ce cas-ci, la chute vertigineuse du prix du pétrole, qui a heurté l'Alberta de plein fouet.

La province «est aujourd'hui enclavée et compte sur un seul client - les États-Unis», et elle doit exporter son pétrole vers d'autres marchés, ce qui passe par la construction d'un oléoduc, a insisté Mme Notley, déplorant que «certains au sein de notre parti voudraient balayer tout cela du revers de la main».

Et ce faisant, ces opposants fourniront aux conservateurs «précisément ce dont ils ont besoin pour reprendre le pouvoir», a prévenu la première ministre devant une salle bondée qui l'a ovationnée à plusieurs reprises.

Le manifeste, dont les principes doivent faire l'objet d'un débat dimanche matin sur le plancher du congrès, avait déjà été dénoncé sans ménagement par sa ministre de l'Environnement, Sharon Phillips, qui l'avait présenté comme une «trahison» à l'endroit des électeurs qui ont opté pour le NPD provincial.

Le hic, c'est que le chef néo-démocrate Thomas Mulcair semble avoir embrassé le fameux manifeste, dont il dit faire une lecture différente. Il est, selon lui, «dangereux de caricaturer» le document comme un texte préconisant l'interruption de toute activité d'exploitation des hydrocarbures.

En entrevue avec La Presse Canadienne, vendredi, il a soutenu que le Canada «ne faisait pas sa part» pour lutter contre les changements climatiques et qu'il n'avait jamais réussi à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre. D'où l'importance, selon lui, du manifeste, qui défend une «nouvelle approche».

Divisions sur l'exploitation des hydrocarbures

Une fracture se dessine donc entre le NPD de l'Alberta et son grand frère fédéral sur la question de l'exploitation des hydrocarbures, même si selon certains, ce débat en est surtout un de politique provinciale intérieure.

La députée montréalaise Hélène Laverdière est de ceux-là.

«Le gouvernement de l'Alberta a son point de vue, ses préoccupations; c'est tout à fait normal en tant que gouvernement provincial», a-t-elle fait valoir.

«Le gouvernement fédéral a une responsabilité énorme de s'assurer que tout projet de pipeline est soumis à une évaluation environnementale très stricte», a ajouté Mme Laverdière.

Son ancienne collègue Peggy Nash croit pour sa part qu'il est tout à fait sain d'avoir de tels débats au sein d'un parti qui se targue d'être démocratique, soulignant au passage que le manifeste n'a pas été «adopté comme le plan concret pour l'avenir» du NPD.

«Il faudra avoir beaucoup de discussions sur des questions fondamentales, comme par exemple la question des emplois ici, en Alberta, et j'espère que ces discussions nous mèneront à un plan pour développer un pays plus équitable et plus vert», a spécifié l'ex-députée de Toronto.

Mais pour la vice-première ministre de l'Alberta, Sarah Hoffman, qui s'est adressée aux journalistes après le discours de Rachel Notley, il existe bel et bien une division sur la question des oléoducs et de la lutte aux changements climatiques - une division de nature géographique.

«Je pense que parfois, les Albertains sentent que leur bon travail n'est pas reconnu par la population des provinces à l'est de l'Ontario et que les problèmes qu'ils vivent avec la décroissance économique et la chute des prix du pétrole ne sont pas compris», a-t-elle offert en mêlée de presse.

«L'Alberta fait sa juste part en matière de leadership climatique, a enchaîné Mme Hoffman. Nous avons besoin qu'un pipeline soit construit.»

Vote de confiance

Il reste à voir si quel impact le débat entourant le manifeste, et plus largement sur l'exploitation des hydrocarbures, pourrait avoir sur le vote de confiance auquel se soumettra Thomas Mulcair dimanche.

Selon le NPD, des quelque 1800 délégués présents à l'événement, plus de 350 sont de l'Alberta.

Dans les coulisses du congrès, samedi, plusieurs d'entre eux suggéraient qu'une proportion non négligeable de la délégation de cette province réclamera une course à la direction.

«Je pourrais appuyer M. Mulcair dans une course à la direction, mais je veux absolument une course à la direction», a tranché Taylor Pagotto, un délégué d'Edmonton.

«Une très importante partie de la délégation albertaine partage le même sentiment», a dit sans hésiter le militant de 20 ans, sans toutefois établir de lien direct entre le débat sur le manifeste et ce vote crucial.

Les membres du NPD devront se prononcer sur la pertinence d'organiser une course à la direction. Le chef doit donc espérer une majorité de «non» s'il veut remporter son pari.

Thomas Mulcair a dit en entrevue au réseau anglais de la radio de Radio-Canada qu'il se préparait à livrer ce qui sera «probablement le plus important discours de (sa) carrière politique».

Techniquement, une majorité simple est requise lors du vote de dimanche pour que le NPD déclenche une course à la direction.

Âge du vote et durée des campagnes

Les débats sur le manifeste et la course à la direction monopolisent la plupart des conversations dans les couloirs, mais sur le plancher du congrès, on discute des orientations à privilégier pour le parti.

Il a ainsi notamment été question, samedi, d'innovation et d'économie, de politique étrangère et de gouvernance.

Sur cette dernière question, les militants ont adopté à très forte majorité une résolution abaissant de 18 à 16 ans l'âge légal du vote.

Et à l'issue de la longue campagne de l'automne dernier, les néo-démocrates ont aussi voté pour une résolution visant à fixer la durée des campagnes électorales fédérales à un maximum de 45 jours.

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