Soirée-bénéfice sur Bay Street : Trudeau évite de commenter

La ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, est l'invitée... (PHOTO FRED CHARTRAND, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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La ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, est l'invitée d'honneur d'une soirée-bénéfice privée à 500 $ la place, ce jeudi, au cabinet Torys LLP, à Toronto.

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La Presse Canadienne

Le premier ministre Justin Trudeau n'a pas voulu commenter, mercredi, la participation de la procureure générale du Canada à une soirée privée de financement libéral organisée par un cabinet d'avocats de Bay Street qui figure au registre des lobbyistes auprès de ce ministère.

La ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, est l'invitée d'honneur de cette soirée-bénéfice privée, à 500 $ le billet, organisée jeudi dans les bureaux du cabinet Torys LLP, à Toronto. Le registre des lobbyistes du gouvernement fédéral indique qu'au moins un avocat de ce cabinet s'est inscrit pour intercéder auprès de la ministre Wilson-Raybould pour les questions de lois et règlements sur les entreprises et les fonds communs de placement.

Un porte-parole du Parti libéral du Canada (PLC) a précisé que l'hôte de la soirée-bénéfice est un associé du cabinet Torys, Mitch Frazer, et non le cabinet lui-même. De plus, aucun avocat de Torys inscrit au registre des lobbyistes ne sera présent à cette soirée, ajoute Braeden Caley dans un courriel transmis à La Presse Canadienne. Selon lui, la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mary Dawson, a déjà approuvé la participation de la ministre Wilson-Raybould à cette soirée-bénéfice.

« Comme on peut s'y attendre, tous les députés doivent faire leur part dans les événements organisés pour leur parti, et la commissaire a reconnu que les collectes de fonds constituent une partie importante de l'engagement politique de tous les députés », a écrit M. Caley.

Il a été impossible de vérifier cette information, mercredi, auprès du Commissariat aux conflits d'intérêts et à l'éthique.

Ontario : des ministres à 500 000 $

Mais l'affaire peut s'avérer embarrassante pour les libéraux de Justin Trudeau. Les médias viennent en effet de découvrir en Ontario que des ministres avaient reçu la consigne de recueillir jusqu'à 500 000 $ par année pour le Parti libéral provincial, une pratique qui ouvre la porte à des conflits d'intérêts et à un accès privilégié au pouvoir, selon plusieurs. La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, a depuis interdit à ses ministres de participer à des activités privées de financement pour le parti.

L'Ontario, comme d'ailleurs la Colombie-Britannique, n'impose pas de limites aux contributions politiques des entreprises et des syndicats. Au Québec, la commission Charbonneau a démontré que des contributions politiques importantes peuvent pousser des entreprises à donner beaucoup d'argent à un parti politique dans l'espoir d'obtenir des contrats du gouvernement. Certains dénoncent aussi tout accès privilégié à des politiciens en échange d'une contribution.

En visite à Montréal mercredi matin, M. Trudeau a rappelé qu'en vertu de la Loi électorale canadienne, les contributions des entreprises et des syndicats aux partis politiques sont interdites, alors que les contributions des particuliers sont limitées et encadrées. Les Canadiens peuvent ainsi verser jusqu'à 1525 $ par année à un parti politique enregistré, 1525 $ au candidat ou à l'association d'une circonscription, et 1525 $ à un candidat dans la course à la direction d'un parti.

Le premier ministre a soutenu mercredi que le gouvernement fédéral et le PLC suivent ces règles extrêmement strictes en matière de financement. M. Trudeau a aussi salué la décision de Mme Wynne, mais il a évité de commenter la participation de la ministre Wilson-Raybould à la soirée-bénéfice de jeudi à Toronto. Plus tard, à Trois-Rivières, il s'est dit prêt à discuter d'améliorations possibles aux règles de financement politique avec les autres partis et ordres de gouvernement.

« Problématique »

Dans un courriel, le député conservateur John Brassard a estimé que « lorsque la procureure générale tient un événement-bénéfice pour le Parti libéral chez l'un des plus importants cabinets d'avocats du pays, on franchit la ligne qui doit séparer les affaires du parti et les affaires de l'État ».

Le porte-parole néo-démocrate en matière d'éthique, Alexandre Boulerice, estime aussi que la soirée-bénéfice de jeudi « soulève de sérieuses questions éthiques » parce qu'il s'agit de donner accès à une ministre en échange d'une contribution politique, une « fâcheuse tendance » démontrée depuis quelque temps par les libéraux, selon lui. Le député de Rosemont-La Petite-Patrie cite les récents « lots » offerts par le PLC à des partisans, moyennant contribution - par exemple : gagner un voyage avec M. Trudeau à Washington ou un dîner avec le ministre des Finances, Bill Morneau.

M. Boulerice trouve d'ailleurs problématique que la commissaire à l'éthique ait approuvé la participation de la ministre Wilson-Raybould, et il soutient que les règles devraient donc être resserrées.

Le Parti vert soutient aussi que le premier ministre Trudeau devrait imposer des règles strictes pour encadrer les activités de financement des ministres.

Lorsqu'ils étaient dans l'opposition, les libéraux ont été beaucoup plus sévères en matière de financement des partis politiques. En janvier 2014, on apprenait que la ministre conservatrice du Patrimoine, Shelley Glover, avait participé à un événement-bénéfice à Winnipeg réunissant notamment des artistes. Le chef adjoint du PLC à l'époque, Ralph Goodale, avait dénoncé des activités « inappropriées ».

Devant la controverse, la ministre Glover avait finalement refusé les contributions amassées lors de cet événement.

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