Thomas Mulcair embrasse l'idée des déficits

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«C'est lié au fait que la situation a changé», a indiqué Thomas Mulcair lundi.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Après avoir fait campagne en promettant d'équilibrer coûte que coûte le budget fédéral, Thomas Mulcair a changé son fusil d'épaule.

À la veille du dépôt du premier budget libéral, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a soutenu qu'il avait constaté une dégradation du contexte économique à travers le pays.

«En voyageant aux quatre coins du pays, j'ai écouté les gens. Ils souffrent énormément, alors nous voulons qu'ils obtiennent de l'aide», a indiqué M. Mulcair en point de presse au parlement, lundi.

Il a nié que les critiques essuyées au cours des derniers jours puissent être à l'origine de ce changement de discours.

«C'est lié au fait que la situation a changé», a insisté Thomas Mulcair, qui promet d'avoir tout particulièrement à l'oeil les mesures d'assurance-emploi qui seront contenues dans le budget.

Des militants néo-démocrates ont reproché au parti et à son chef d'avoir abandonné les valeurs progressistes du NPD en visant l'équilibre budgétaire à tout prix.

Si la position du chef néo-démocrate a évolué sur la question du déficit, celle du leader adjoint intérimaire du Parti conservateur, Denis Lebel, ne semble pas avoir bougé.

Il se montre toujours réfractaire à l'idée d'enregistrer des déficits alors que le pays n'est pas en récession.

«C'est clair que pour nous, dépenser de l'argent que nous n'avons pas, ce n'est pas dans notre façon de voir les choses», a illustré M. Lebel en point de presse.

De son côté, le premier ministre Justin Trudeau a assuré que ce budget inaugural prouverait que son gouvernement a l'intention de livrer la marchandise.

«On va montrer à quel point on est en train de garder nos engagements qu'on a faits pendant la campagne électorale», a-t-il dit lors d'une brève mêlée de presse, lundi après-midi.

«J'ai bien hâte d'aider la classe moyenne et de créer de la croissance pour tous à travers le pays», a fait valoir M. Trudeau.

On s'attend à ce que la projection de déficit de 10 milliards $ qui avait été établie pendant la campagne soit multipliée par trois dans le budget du ministre des Finances, Bill Morneau.

Livrer les éléments les plus importants de la plateforme libérale pourrait s'avérer une tâche plus ardue dans le contexte d'une économie ayant été malmenée par les chocs des prix du pétrole.

Ces promesses incluent des milliards de dollars en mesures de stimulation de l'économie, telles qu'un programme d'allocations familiales bonifié et des dépenses accrues dans les infrastructures.

Le gouvernement libéral a promis d'injecter 60 milliards $ dans les projets d'infrastructure au cours des 10 prochaines années, dont environ 5 milliards $ dès le présent exercice.

À l'instar des maires des grandes villes canadiennes, le Bloc québécois souhaite qu'Ottawa revoit la formule de financement, qui prévoit actuellement un partage égal des coûts des projets d'infrastructures entre le fédéral, les provinces et les municipalités.

«Il y a des nécessités importantes en matière d'investissement dans les infrastructures. (...) Nous ce qu'on propose, c'est la moitié par le fédéral, le tiers par les provinces et un sixième par les municipalités», a rappelé le chef bloquiste intérimaire, Rhéal Fortin.

Bombardier et fonds de travailleurs

À moins d'un revirement de situation majeur, on ne saura pas mardi ce que le fédéral a pris comme décision dans le dossier de Bombardier.

Car à quelques heures du dépôt de ce premier budget Morneau, «les discussions sont toujours en cours», a-t-on indiqué lundi au bureau du ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains.

Il y a environ deux semaines, le ministre a confirmé en Chambre que l'avionneur «a officiellement approché le gouvernement par écrit pour demander jusqu'à un milliard de dollars», une démarche qui remonte au 11 décembre dernier.

Il est par contre prévu que le gouvernement libéral concrétise une promesse faite par Justin Trudeau avant même le déclenchement de la campagne électorale, cet automne, soit celle de rétablir les crédits d'impôt pour fonds de travailleurs.

Le secrétaire parlementaire du ministre des Finances, François-Philippe Champagne, l'avait confirmé le 14 janvier dernier à l'issue de consultations prébudgétaires.

Les conservateurs avaient annoncé en mars 2013 l'abolition progressive du crédit d'impôt fédéral de 15 pour cent aux fonds de travailleurs comme le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction de la CSN d'ici 2017.

Sans modification législative au prochain budget, le crédit d'impôt fédéral aux fonds de travailleurs aurait été de 5 pour cent en 2016, puis aurait été aboli en 2017.

Leitao a l'oeil sur les infrastructures et la santé

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, a bien hâte de connaître les détails du budget de son homologue fédéral Bill Morneau portant sur les infrastructures ainsi que les transferts en santé.

M. Leitao a souhaité lundi que la promesse d'Ottawa d'augmenter les investissements dans les infrastructures se concrétise rapidement et que les provinces puissent gérer les sommes selon leurs propres critères.

« On s'attend, si j'ai bien compris, à trois nouveaux programmes nationaux de 20 milliards de dollars chacun », a-t-il expliqué en mêlée de presse, lorsque questionné sur ses attentes à la veille du dévoilement du budget fédéral.

M. Leitao s'adressait aux journalistes après avoir présenté, devant quelque 400 personnes réunies par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), les orientations de son budget déposé jeudi dernier.

Le gouvernement Couillard mise en partie sur les dépenses fédérales, qui pourraient se traduire par un déficit d'environ 30 milliards, pour stimuler l'économie de la province.

Dans le cadre de ses nombreux engagements électoraux, le gouvernement Trudeau propose, sur 10 ans, de faire passer de 65 milliards à 125 milliards de dollars les dépenses en infrastructures.

Entre autres, Québec désire obtenir sa part du gâteau afin de financer le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal.

Sans avoir fourni de demandes « spécifiques » au gouvernement Trudeau, le ministre québécois des Finances espère également avoir « plus de clarté » sur la nouvelle formule visant à calculer les transferts en santé.

À compter de 2016-2017, en vertu des règles fixées par le gouvernement de Stephen Harper, l'augmentation annuelle du Transfert canadien en matière de santé sera indexée à la croissance du produit intérieur brut, avec un plancher de 3 %.

M. Leitao souhaite que le calcul ne se base pas uniquement sur le nombre d'habitants, comme c'est actuellement le cas, mais qu'il tienne compte de la réalité démographique des provinces, comme celle du Québec, où la population est plus âgée.

« Au Canada, il semble y avoir un vaste consensus d'aller dans cette direction », a-t-il dit, puisque le Québec n'est pas la seule province à réclamer cette modification.

Sans aller jusqu'à annoncer une aide financière à Bombardier, M. Leitao a estimé que le gouvernement Trudeau devrait au moins envoyer le « signal » qu'une annonce est imminente dans ce dossier.

Tout comme son budget, le discours de M. Leitao devant la CCMM ne faisait aucune référence à la promesse de créer 250 000 nouveaux emplois sur cinq ans.

Sans renier sa promesse, le ministre des Finances a concédé que le gouvernement Couillard n'était « même pas à mi-chemin » de son objectif, alors qu'il reste environ deux ans au mandat libéral.

Depuis avril 2014, quelque 70 600 postes ont été créés au Québec. Pour chacun des deux prochains exercices, le budget Leitao prévoit en moyenne la création de quelque 30 000 emplois.

« Je pense que nous sommes à l'intérieur de la fourchette qui serait acceptable, a dit le ministre des Finances, sans toutefois la dévoiler. Je m'attends à une continuation de la création d'emplois. »

M. Leitao a notamment justifié son optimisme par une conjoncture économique favorable aux États-Unis, qui, combinée au recul du dollar canadien, devrait stimuler la demande et le secteur manufacturier québécois.

Quelques dizaines de membres du Syndicat de professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) ont manifesté à l'extérieur du Palais des congrès, où se déroulait l'allocution du ministre des Finances, pour dénoncer des négociations qui piétinent avec Québec.

En entrevue, le président du SPGQ, Richard Perron, a souligné que ces fonctionnaires de l'État souffrent d'un écart salarial de près de 22 % en moyenne par rapport à leurs collègues du fédéral et de certaines municipalités.

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