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Affaires étrangères: des dépassements de coûts «troublants»

Le ministère canadien des Affaires étrangères a accordé depuis 2010 plusieurs... (Archives Bloomberg)

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Le ministère canadien des Affaires étrangères a accordé depuis 2010 plusieurs contrats à des consultants informatiques qui ont entraîné d'importants dépassements de coûts, a appris La Presse, grâce à Loi sur l'accès à l'information. Une situation jugée très «troublante», selon un économiste à qui La Presse a fait parvenir les documents.

Sur la liste de tous les contrats informatiques accordés par le ministère des Affaires étrangères depuis 2010, Marcel Mérette, économiste et doyen de la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa, constate des dépassements des coûts très fréquents.

«Les amendements sont dérangeants, ça n'a pas l'air rigoureux et ce n'est pas très rassurant», affirme-t-il.

Ces «amendements» sont les modifications apportées aux contrats initiaux. Même si le gouvernement refuse d'utiliser le terme «dépassement des coûts», il n'en demeure pas moins que ces modifications ont considérablement fait grimper la facture des contrats.

«En matière de gestion de contrats en informatique ou ailleurs, la règle d'or est que s'il y a des changements entraînant des hausses de plus de 10%, il faudrait refaire un appel d'offres», explique-t-il.

M. Mérette cite en exemple un contrat de la liste établie à 62 000$ avec des amendements de l'ordre de plus de 408 000$. «L'entreprise qui reçoit le contrat est celle qui fait la plus basse soumission, mais peut-être que d'autres entreprises avaient déjà estimé que ça coûterait 400 000$, mais elles se sont fait éliminer», illustre-t-il.

On remarque aussi dans cette liste un contrat de 1,13$ avec un amendement de 769 530$. La Presse tente depuis 10 jours d'obtenir des explications à ce sujet auprès du ministère des Affaires étrangères du Canada. Relancé à plusieurs reprises, le Ministère n'a toujours pas répondu.

Le secteur de l'informatique est un domaine qui évolue rapidement. «On se retrouve dans une situation d'asymétrie d'informations où le consultant en sait souvent beaucoup plus - ou fait croire qu'il en sait plus - que le client, ça devient une question de confiance et c'est là qu'il y a des dangers d'abus», souligne M. Mérette. Dans ces circonstances, le suivi des contrats doit être particulièrement rigoureux, insiste-t-il.

Enquête interne

Par ailleurs, La Presse a également mis la main sur un rapport d'enquête interne du Bureau de l'inspecteur général qui fait état de problème de suivi de contrats du ministère des Affaires étrangères avec un consultant informatique, François Simard.

Entre 2008 et 2013, la période visée par l'enquête, ce consultant a obtenu 11 contrats avec le Ministère, totalisant 1,9 million de dollars.

«L'enquête a établi que [caviardé] facturait un nombre d'heures abusif, par exemple, en fabricant de fausses feuilles de temps», peut-on lire dans le rapport.

Selon ce rapport, 30 fausses feuilles de temps entre 2010 et 2012 ont été «fabriquées» pour une somme de 230 289$.

Toujours selon ce rapport, le consultant a notamment chargé des journées de travail de plus de 24 heures ou des heures un 31 novembre... qui n'a jamais existé dans le calendrier grégorien.

«Il y avait énormément de charges de travail [...] et le consulat du Canada était sur le qui-vive, car il recevait beaucoup de demandes et d'appels et le site était très sollicité [pendant le soulèvement du Printemps arabe], explique M. Simard dans une conversation téléphonique avec La Presse. Je devais être de garde, même la nuit. J'étais payé pour répondre au téléphone dans l'éventualité d'un problème avec les systèmes.»

«Durant la période, de 10 à 11 mois où il fut de garde [caviardé], n'a pas eu à répondre au moindre appel», précise toutefois le rapport. Ce service de garde n'était du reste pas prévu au contrat.

Dans une lettre annexée à ce rapport d'enquête, un gestionnaire du gouvernement se dit «honteux et confus» au sujet des heures facturées, mais ajoute: «Je n'avais aucune raison de ne pas lui faire confiance», explique-t-il. Il conclut toutefois la lettre par cette déclaration: «La confiance c'est bien, mais le contrôle c'est mieux.»

«Une trop grande dépendance et une confiance malavisée envers un consultant externe ont pavé la voie à une facturation abusive et mené à des pertes considérables pour le Ministère et les contribuables canadiens», conclut le rapport.

Le rapport soulève aussi des irrégularités en matière d'attribution de contrat à ce consultant qui laissent croire à des pratiques de fractionnement de contrats.

M. Simard assure avoir laissé tomber la consultation informatique depuis cet épisode. Le rapport de l'enquête administrative a été transféré à un corps policier, a confirmé Nicolas Doire, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Ce dernier a refusé de révéler si le fonctionnaire était toujours employé du Ministère. Sur une page du document, on apprend que l'homme qui a approuvé des factures se nomme Robert Ledermann. Ce dernier est toujours gestionnaire au ministère des Affaires étrangères et a refusé de commenter.

- Avec la collaboration de William Leclerc

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