L'affaire Duffy risque d'éclabousser d'autres politiciens

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Mike Duffy, photographié en 2013.

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Jennifer Ditchburn
La Presse Canadienne
Ottawa

Si c'est le sénateur suspendu Mike Duffy qui subira son procès à compter de mardi, à Ottawa, il ne sera probablement pas le seul personnage politique sur la sellette pendant ces quelques semaines.

L'ancien courriériste parlementaire, qui était une vedette médiatique au Canada anglais avant d'être nommé au Sénat en janvier 2009, a été accusé en juillet 2014 de 31 chefs de fraude, d'abus de confiance et de corruption.

Mais son avocat, Donald Bayne, risque de contre-attaquer en s'en prenant sans scrupules à la propre famille politique de son client, soit la garde rapprochée du premier ministre Stephen Harper et les hautes instances du Parti conservateur. On s'attend donc au dépôt en preuve de courriels et de documents inédits qui donneront un second souffle à ce scandale politique qui avait enflammé la colline parlementaire il y a deux ans -- une éternité en politique.

Au printemps de 2013, on a appris que le chef de cabinet du premier ministre, Nigel Wright, avait secrètement remis à Duffy un chèque de 90 000 $ pour rembourser des frais injustement réclamés au Parlement. Le sénateur avait demandé le remboursement de frais de logement dans la capitale, où il travaillait depuis 1971, parce qu'il soutenait que sa résidence principale se trouvait à l'Île-du-Prince-Édouard. Or, selon un audit, Duffy ne séjournait dans l'île que 30% de son temps.

Selon la police, c'est Duffy qui formulait ses demandes et fixait ses conditions pour sortir de la controverse, d'où les accusations de corruption. Au centre de la preuve de la Couronne: un courriel daté du 13 février 2013 dans lequel l'avocat de Duffy à cette époque décrit les différents scénarios de sortie de crise, et les conditions posées par le sénateur.

Me Bayne et son client soutiennent plutôt que c'est le cabinet du premier ministre qui a imposé sa «tactique politique» de remettre un chèque de 90 000 $ au sénateur Duffy.

Les avocats de Nigel Wright ont indiqué à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), en juin 2013, que le chef de cabinet avait cru alors agir de façon éthique, «en bon gars», pour éviter aux contribuables cette dépense. Des proches de Nigel Wright ont souligné son éthique irréprochable, et estimé qu'il avait simplement commis une erreur de jugement, ce qui ne lui arriverait pas souvent.

Mais des courriels échangés entre MM. Wright et Duffy, et entre M. Wright et d'autres membres du personnel politique conservateur, pourraient être mis en preuve afin de démontrer que c'est bien la politique -- et non la morale -- qui a été le carburant dans cette sortie de crise.

L'un des courriels les plus révélateurs déposés en preuve concerne la manipulation d'un comité sénatorial qui devait rédiger un rapport sur les dépenses de Duffy au printemps de 2013. Des membres du cabinet du premier ministre se sont assurés que le rapport final soit expurgé de toute conclusion négative, et se sont même demandé comment empêcher des vérificateurs externes de tirer des conclusions sur le statut de résidence principale du sénateur.

Selon la GRC, il y a alors eu une période «d'impasse», au cours de laquelle un membre du personnel du cabinet de la leader du gouvernement au Sénat à l'époque, Marjory LeBreton, s'est rebiffé contre l'interférence de l'entourage du premier ministre. «Est-ce qu'il faut que j'appelle Marjory?», demande Nigel Wright dans un courriel. «Ils croient qu'ils font mal à Duffy, mais au bout du compte, c'est au premier ministre qu'ils feront mal.»

Le sénateur a aussi été conseillé par des membres du cabinet du premier ministre sur ce qu'il fallait dire aux médias concernant le remboursement de ses dépenses.

Le procès en Cour de justice de l'Ontario, présidé par le juge Charles Vaillancourt, de Toronto, se tiendra du 7 avril au 12 mai, et du 1er au 19 juin.

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