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Travaux au 24, Sussex: la facture gonfle de près de 2 millions

Stephen Harper et les membres de sa famille... (Photo fournie par Adrian Lee)

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Stephen Harper et les membres de sa famille habitent dans la résidence officielle du premier ministre du Canada, située au 24, promenade Sussex, à Ottawa.

Photo fournie par Adrian Lee

Des travaux de réhabilitation de l'escarpement situé derrière la résidence officielle du premier ministre Stephen Harper à Ottawa font augmenter le coût des rénovations, selon des documents obtenus par La Presse.

Entre 2006 et septembre 2013, la Commission de la capitale nationale (CCN), qui possède et gère les résidences officielles sur les deux rives de la rivière des Outaouais, a attribué pour plus de 2 millions de dollars en contrats de rénovation exclusivement destinés au 24, promenade Sussex. Un «large pourcentage» de cette somme a servi «à stabiliser la zone pour arrêter l'érosion et la détérioration de cette partie de l'escarpement», a expliqué par courriel Jean Wolff, gestionnaire principal aux communications à la CCN.

Ces nouveaux travaux n'étaient toutefois pas comptabilisés dans un rapport hautement médiatisé de la Vérificatrice générale du Canada, publié au printemps 2008. On estimait alors à 10 millions la somme nécessaire à la rénovation du site désigné lieu patrimonial.

Des «signes de fatigue et d'usure», des structures «en mauvais état», ce rapport faisant état d'un site dont certains éléments étaient jugés «critiques» mettait aussi au grand jour la nécessité que le premier ministre et les membres de sa famille quittent les lieux le temps des rénovations. Une requête qui a toujours été refusée.

«Les installations actuelles du 24, Sussex répondent adéquatement aux besoins existants», a de nouveau répondu hier à La Presse Carl Vallée, attaché de presse du premier ministre.

Entre-temps, il est difficile de connaître avec précision les travaux effectués à cette résidence officielle, alors que la CCN - responsable du dossier - met plusieurs jours, parfois des semaines à répondre par courriel seulement aux questions posées à ce sujet.

Selon M. Wolff, la société d'État «a [depuis le rapport de la Vérificatrice générale] exécuté les travaux nécessaires pour remplacer des choses en fin de vie utile [...], comme le cloisonnement d'escalier de secours, la réhabilitation du foyer et de la cheminée, l'enlèvement de substances désignées et des remplacements de fenêtres».

Des travaux nécessaires, mais moins urgents?

Y a-t-il un coût associé à reporter une partie des rénovations jugées nécessaires il y a plus de six ans déjà? La Presse s'est entretenue à ce sujet avec deux experts en conservation du patrimoine qui ont livré leurs impressions sous certaines réserves, n'ayant pas eu personnellement accès aux données les plus récentes concernant le 24, promenade Sussex.

«Ça dépend de la nature des travaux. Il est certain qu'il y a une hausse des coûts du simple fait de l'inflation, mais si la majorité de la réfection nécessaire comprend la mise aux normes du bâtiment ou l'installation d'un air conditionné central, reporter à plus tard n'augmentera pas significativement les coûts», a nuancé d'entrée de jeu Nicholas Roquet, chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en patrimoine bâti de l'Université de Montréal.

«Retarder les travaux peut avoir un impact financier s'il s'agit de problèmes sur la structure, comme l'étanchéité du bâtiment, des fuites au niveau du toit, ainsi que la maçonnerie ou des fenêtres en mauvais état, par exemple. Ce sont des choses qu'on ne devrait pas retarder», a poursuivi l'expert.

Pour sa collègue Claudine Déom, professeure et coordonnatrice du programme de maîtrise en conservation du patrimoine à l'Université de Montréal, «un bâtiment, c'est comme un corps humain: moins l'entretenir n'a pas nécessairement un impact sur le coup, mais le négliger peut causer des problèmes à moyen et long terme», a-t-elle expliquée à La Presse.

«Ce n'est pas catastrophique si on ne fait rien dans l'immédiat, mais si l'eau rentre dans les fondations ou la pierre, ou si la maçonnerie est grugée par l'humidité, on peut se retrouver dans des situations comme dans certaines écoles à Montréal où l'on doit tout simplement démolir et reconstruire à neuf», a poursuivi Mme Déom.

Si elle ne s'explique pas pourquoi le premier ministre Harper refuse de quitter le 24, promenade Sussex pour plus d'un an tel que demandé par la CCN «sinon peut-être pour des raisons politiques», l'experte élargit le débat et souligne que les investissements fédéraux en matière de patrimoine «ont fondu au soleil» depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs.

«On a beaucoup coupé dans un domaine où nous étions traditionnellement des leaders. Depuis 45 ans, le fédéral a développé une expertise sur la conservation du patrimoine au Canada. Il est désolant de voir un foisonnement de ressources et d'idées ainsi s'étioler. On peut se demander qui prendra le relais», s'est-elle ouvertement questionnée en fin d'entrevue.

- Avec la collaboration de William Leclerc

Des travaux de construction derrière le 24, promenade... (Photo tirée de Google Earth) - image 2.0

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Des travaux de construction derrière le 24, promenade Sussex, près de la berge de la rivière des Outaouais, prise en 2013.

Photo tirée de Google Earth

Le 24, Sussex en bref

2 044 352,47$ : La somme dépensée par la CCN pour divers travaux de rénovations entre 2006 et septembre 2013.

«Passable à mauvais» : L'évaluation qu'a faite la vérificatrice générale des murs, fenêtres, fondations et cheminées en 2008.

63 : Le nombre d'années depuis les derniers travaux d'envergure qui ont été effectués au moment de l'acquisition de la résidence.

1000 : La superficie en mètres carrés du bâtiment, qui comprend 34 pièces sur trois étages.




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