Victoire des libéraux: pourquoi Trudeau doit éviter de s'emballer

Cette victoire des libéraux en Ontario, au pouvoir... (PHOTO FRED CHARTRAND, LA PRESSE CANADIENNE)

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Cette victoire des libéraux en Ontario, au pouvoir depuis 11 ans, sera-t-elle le prélude à un retour en force de leurs cousins fédéraux à Ottawa aux élections d'octobre 2015?

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(Ottawa) Le chef du Parti libéral Justin Trudeau s'est empressé jeudi soir de féliciter sa collègue libérale Kathleen Wynne pour sa victoire «historique» aux élections provinciales en Ontario.

«L'Ontario a besoin d'un partenaire à Ottawa, et non d'un adversaire. Les libéraux sont déterminés à travailler avec le gouvernement provincial pour bâtir cette alternative positive, tant pour les Ontariennes et les Ontariens que pour tous les autres Canadiennes et les Canadiens», a-t-il déclaré M. Trudeau dans un communiqué.

Cette victoire des libéraux en Ontario, au pouvoir depuis 11 ans, sera-t-elle le prélude à un retour en force de leurs cousins fédéraux à Ottawa aux élections d'octobre 2015? Les stratèges de Justin Trudeau se frottent les mains à l'idée de déloger les conservateurs de Stephen Harper, bien installés aux commandes du gouvernement depuis 2006.

Mais ils auraient intérêt à ne pas s'emballer. Quatre facteurs invitent à la plus grande prudence.

1 - Stephen Harper n'est pas Tim Hudak. Le chef du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario n'a pu s'imposer comme une option de rechange crédible aux libéraux malgré les divers scandales, dont celui des centrales au gaz. Pis encore, M. Hudak a bousillé ses chances de gagner en annonçant dès les débuts de la campagne la compression de 100 000 emplois dans la fonction publique. Sa promesse de créer un million d'emplois a par la suite été taillée en pièces par les économistes. Après le débat des chefs, il a aussi promis de démissionner comme premier ministre après deux ans s'il ne respectait pas ses promesses. À titre de comparaison, Stephen Harper sait comment mener une campagne victorieuse. En 2015, il en sera à sa cinquième bataille électorale. Jusqu'ici, son bilan est de trois victoires et une défaite.

2 - Historiquement, les Ontariens confient les rênes du pouvoir à une formation politique différente à Toronto et à Ottawa. Ce réflexe des électeurs persiste depuis des décennies dans la province la plus populeuse du pays. À titre d'exemple, le conservateur Bill Davis dirigeait l'Ontario pendant les années de pouvoir de Pierre Trudeau. Le libéral David Peterson a pris la tête de la province pendant que les conservateurs de Brian Mulroney gouvernaient le pays. Durant la majeure partie du règne des libéraux de Jean Chrétien, le conservateur Mike Harris imposait sa révolution du bon sens en Ontario. Et depuis que les libéraux provinciaux dirigent l'Ontario, les conservateurs de Stephen Harper se maintiennent au pouvoir à Ottawa.

3 - L'usure du pouvoir n'a pas été un facteur. En moyenne, un gouvernement réussit à obtenir deux mandats des électeurs avant de se faire montrer la porte (hormis en Alberta, où un parti a réussi à conserver le pouvoir pendant plusieurs décennies!). Mais en Ontario, les électeurs ont fait fi de cette moyenne en confiant un autre mandat aux libéraux, dirigés par Kathleen Wynne depuis février 2013. À Ottawa, le gouvernement Harper conserve un noyau d'appuis non négligeables après huit ans de pouvoir. Certes, il a été éclaboussé par le scandale des dépenses au Sénat, mais bien des électeurs pourraient passer l'éponge étant donné que le foyer de la controverse se trouve à la Chambre haute. Aussi, le gouvernement Harper s'apprête à annoncer un retour à l'équilibre budgétaire. Le prochain budget, en 2015, année des élections, comportera un surplus d'au moins 6 milliards de dollars et permettra aux conservateurs d'annoncer des baisses d'impôts. Les électeurs ontariens voudront-ils punir un gouvernement qui vient à bout d'un déficit et réduit le fardeau fiscal des contribuables alors que leur gouvernement provincial nage encore dans l'encre rouge au moins jusqu'en 2017-2018?

4 - Les campagnes électorales comptent. Après les revirements en l'Alberta, en Colombie-Britannique et en Québec, les résultats de l'élection en l'Ontario viennent de nouveau confirmer que rien n'est joué avant le jour du scrutin. Dans toutes ces provinces, le parti qui partait favori dans les sondages avant le déclenchement de la campagne a terminé au deuxième rang dans la faveur populaire. Depuis un an, les libéraux de Justin Trudeau mènent dans les sondages. La question que plusieurs observateurs se posent est la suivante: le jeune chef libéral pourra-t-il tirer son épingle du jeu contre Stephen Harper et Thomas Mulcair durant une campagne? Les électeurs rendront leur verdict le 19 octobre 2015.




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