Un militant conservateur dénonce la «décanadiennisation» du Québec

Le Parti conservateur, sous Stephen Harper, n'a jamais... (Photo: Jacques Boissinot, PC)

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Le Parti conservateur, sous Stephen Harper, n'a jamais pu faire élire plus de 10 députés québécois.

Photo: Jacques Boissinot, PC

(Ottawa) Stephen Harper néglige le Québec, ses ministres québécois sont sans influence, et ses plus fidèles supporters dans la province en ont ras le bol. C'est ce que dénonce un militant de longue date du Parti conservateur dans une lettre ouverte qui prévient le premier ministre que son indifférence est en train de creuser un fossé entre le Québec et le reste du Canada.

«Nous observons la lente séparation de facto du Québec du reste du pays, émotivement, spirituellement et intellectuellement», dénonce Peter White dans une lettre publiée par le magazine Maclean's.

Résidant de Lac-Brome, M. White milite au Parti conservateur depuis 60 ans. Il a travaillé à Ottawa pour Brian Mulroney dans les années 80, et n'a jamais quitté le parti malgré la déroute électorale du début des années 90.

Aujourd'hui président de l'Association du Parti conservateur de Brome-Missisquoi, il en a marre de soutenir un premier ministre qui semble avoir tourné le dos à sa province.

«Aucun leader conservateur, du moins depuis Diefenbaker, n'a été perçu par les Québécois comme étant aussi gratuitement indifférent à leur égard que M. Harper et son gouvernement majoritaire, dénonce M. White dans sa lettre. Les leaders précédents semblaient tous au moins essayer de leur être sympathiques et compréhensifs.»

Le militant affirme qu'une série de décisions gouvernementales, somme toute anodines au regard de l'intérêt national, ont été perçues comme des camouflets par les Québécois. Le cas le plus énorme: la nomination de l'unilingue anglophone Michael Ferguson au poste de vérificateur général l'automne dernier.

M. White affirme par ailleurs que les quatre ministres québécois de M. Harper - 80% des élus de la province - n'ont ni «influence», ni «visibilité» au gouvernement.

«Aujourd'hui, écrit-il, la voix du Québec est pratiquement absente des coulisses du pouvoir à Ottawa, ou à tout le moins sa voix est devenue bien faible et bien facile à ignorer.»

M. White reconnaît que le premier ministre a multiplié les tentatives pour conquérir l'électorat québécois. M. Harper a notamment reconnu la nation québécoise, mis fin à la querelle sur le déséquilibre fiscal, et il commence chacun de ses discours en français.

Mais le Parti conservateur n'a jamais pu élire plus de 10 députés québécois sous M. Harper. Et depuis qu'il dirige un gouvernement majoritaire, dénonce la lettre, le premier ministre semble avoir d'autres préoccupations.

Or, prévient M. White, la «déquébécisation» du gouvernement fédéral mènera inexorablement à la «décanadiennisation» du Québec. Cette situation devrait préoccuper le premier ministre au plus haut point. Car, malgré les déboires du Parti québécois, le mouvement souverainiste est loin d'être mort.

L'exemple de Jack Layton

Joint par La Presse, Peter White a indiqué que son ras-le-bol est partagé par bon nombre de militants conservateurs québécois. Il espère que sa sortie incitera Stephen Harper à mettre les bouchées doubles pour redorer son image dans la province.

Il cite l'exemple de Jack Layton, qui a fait un tabac lors de son passage à l'émission Tout le monde en parle avant de faire élire 59 députés aux dernières élections. Pendant ce temps, M. Harper refusait l'invitation de peur d'y être lynché. Il devrait pourtant se montrer sur toutes les tribunes pour gagner la confiance des électeurs, dit M. White.

«Ce n'est pas un diable avec une queue et des cornes, ce n'est pas un mangeur de bébés, lance-t-il. C'est un homme très intelligent, très capable, c'est le premier ministre du Canada et on ne devrait pas avoir cette mauvaise impression de lui au Québec, c'est tout à fait faux.»

Au cabinet de M. Harper, on fait valoir que des ministres québécois occupent des «postes-clés» au gouvernement, citant en exemple Christian Paradis à l'Industrie et Denis Lebel aux Transports.

«Le premier ministre a tenu parole pour tous les engagements qu'il a pris à l'égard du Québec, que ce soit la reconnaissance de la Nation québécoise, le siège du Québec à l'UNESCO, le règlement du déséquilibre fiscal, l'entente sur la taxe harmonisée ou encore la représentation proportionnelle du Québec à la Chambre des communes, a indiqué le porte-parole du premier ministre, Carl Vallée. Et il continuera à respecter ses engagements.»

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