Le ministre Kenney de nouveau dans l'embarras

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Les partis de l'opposition réclament la démission du ministre fédéral de l'Immigration, Jason Kenney, depuis que le NPD a découvert que l'un de ses adjoints avait sollicité des fonds pour le Parti conservateur dans une lettre portant l'entête du Parlement.

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(Ottawa) Des démarches menées par le ministre fédéral de l'Immigration, Jason Kenney, auprès de communautés culturelles de Montréal lui attirent de nouvelles accusations de partisanerie.

Trois nouveaux documents obtenus par La Presse donnent un aperçu de cette «confusion des genres» que les partis de l'opposition jugent potentiellement néfaste pour les nouveaux arrivants.

L'un d'eux, un courriel envoyé le 26 janvier à au moins un organisme de défense des intérêts des réfugiés, attaque directement les prises de position du Bloc québécois. Signé: «L'honorable Jason Kenney, ministre de la Citoyenneté, l'Immigration et Multiculturalisme», il reprend presque mot pour mot des publicités partisanes lancées 10 jours plus tôt par le Parti conservateur.

«Le Bloc a beau se targuer de défendre les intérêts du Québec, la réalité demeure tout à fait différente, a écrit le ministre en parlant des visas imposés aux Mexicains par son gouvernement. Heureusement, notre gouvernement conservateur livre la marchandise pour les Québécois!»

Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), affirme qu'il n'a pas vu un tel discours «partisan et électoraliste» dans les communications du ministre responsable de l'Immigration «depuis 10 ou 15 ans». «C'est dérangeant, comme manière d'être interpellé, a-t-il dénoncé. Citoyenneté et Immigration Canada nous a souvent interpellés sur du contenu, mais jamais du point de vue partisan comme ça.»

La Presse a aussi obtenu deux invitations lancées aux communautés grecque et chinoise de Montréal à une rencontre avec le ministre de l'Immigration et le sénateur Léo Housakos. Ami proche du directeur des communications du premier ministre Harper, Léo Housakos s'occupe de l'organisation et du financement des activités du Parti conservateur au Québec.

L'une des invitations, envoyée en août 2009, porte l'entête du ministre de la Citoyenneté, de l'Immigration et du Multiculturalisme. La Chinese Neighbourhood Society et le Centre d'éducation et de développement interculturel invitent les destinataires à un dîner à l'occasion de leur anniversaire.

Dans l'autre, datée d'avril 2009, le Centre communautaire hellénique de Montréal invite les gens à un «Forum multiculturel». Le courriel provient du bureau de Christian Paradis, lieutenant politique de Stephen Harper au Québec et ministre des Travaux publics. «C'est une occasion importante pour les leaders ethniques canadiens du Québec d'apprendre à connaître le ministre canadien du Multiculturalisme», dit le courriel, relayé par John Papadimas, à l'époque conseiller en communications du ministre Paradis.

John Papadimas, qui a aussi été «adjoint spécial» de Jason Kenney, travaille désormais au bureau du premier ministre Harper, où il est conseiller en communications pour la région de Montréal.

Excuses

Les partis de l'opposition réclament la démission du ministre Kenney depuis que le NPD a découvert que l'un de ses adjoints avait sollicité des fonds pour le Parti conservateur dans une lettre portant l'entête du Parlement. Ces fonds devaient payer une publicité destinée à courtiser l'électorat des communautés ethniques de la région de Toronto.

L'employé de M. Kenney a démissionné dès que l'affaire a éclaté au grand jour. Lundi, le ministre a refusé de faire de même, mais il a présenté ses excuses à la Chambre des communes. Il a justifié l'incident en disant que son adjoint avait enfreint les directives claires de son bureau.

Selon les partis de l'opposition, cependant, les problèmes soulevés dans cette affaire vont beaucoup plus loin que la simple violation de l'interdiction d'utiliser des ressources parlementaires pour solliciter des fonds.

C'est que, en plus de ses responsabilités de ministre de l'Immigration, M. Kenney est chargé des relations du Parti conservateur avec les diverses communautés culturelles du Canada, pour permettre aux troupes de Stephen Harper de ravir une clientèle traditionnellement acquise au Parti libéral.

«Comment peut-on croire que le profilage racial et électoral des conservateurs ne servira pas de cadre pour les politiques gouvernementales, puisqu'elles sont orchestrées par le même ministre?» a demandé lundi le député du Bloc québécois Thierry St-Cyr, durant la période de questions.

«Normal»

Mais Jason Kenney ne voit aucun danger dans ce cumul de tâches. «C'est une responsabilité normale, a-t-il dit au cours d'un entretien avec La Presse. Par exemple, ma collègue Rona Ambrose, qui est ministre responsable de la Condition féminine, fait souvent des activités auprès des groupes de femmes pour représenter le Parti conservateur.»

Quant aux trois documents, il a fait remarquer que la note qui critique le Bloc québécois a été envoyée d'une adresse de courriel parlementaire. Au sujet des soupers avec des membres de diverses communautés, ce n'étaient pas des activités de financement ni des activités partisanes, a-t-il insisté.

« Il n'y a rien de problématique là-dedans», a tranché le ministre Kenney, qui précise qu'il participe à une douzaine de soupers semblables chaque mois un peu partout au Canada.

«Ce que vous décrivez, c'est la façon dont notre démocratie fonctionne.»

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