Santé maternelle: l'ACDI avait recommandé d'inclure l'avortement

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Le 13 mai dernier, des groupes opposés à l'avortement ont manifesté sur la colline parlementaire et ont exprimé leur grande satisfaction de voir le gouvernement Harper refuser de céder aux pressions de l'opposition dans ce dossier.

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Marie Vastel, Fannie Olivier
La Presse Canadienne

Le gouvernement conservateur a ignoré les recommandations de ses propres fonctionnaires lorsqu'il a choisi d'exclure l'avortement de son initiative sur la santé maternelle et infantile, qu'il mettra de l'avant au Sommet du G8 le mois prochain.

L'Agence canadienne de développement international (ACDI), principale responsable de l'aide au développement versée à l'étranger, comptait bel et bien l'avortement parmi les mesures qu'elle estimait nécessaires afin d'atteindre les objectifs que prévoit promouvoir Ottawa auprès de ses partenaires du G8, selon ce qu'a appris La Presse Canadienne.

Dans des notes d'information préparées pour la ministre de la Coopération internationale Bev Oda, en vue d'une réunion avec des organisations non gouvernementales (ONG) fin janvier, on indique sans équivoque que l'accès à des services d'avortement sécuritaire permettrait de sauver des vies.

Le document, dont La Presse Canadienne a obtenu copie en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, a été rédigé pour préparer la ministre Oda à une table-ronde avec des membres de son ministère et des ONG qui viennent en aide aux femmes et aux enfants de la planète.

Sous la rubrique «Comment on peut y arriver», l'ACDI dresse une liste de mesures qui devraient être mises de l'avant, et cite une gamme complète de services de planification familiale ainsi que des «services d'avortement sécuritaire (lorsque l'avortement est légal)».

Selon les statistiques compilées par l'ACDI pour sa ministre, chaque année quelque 500 000 femmes perdent la vie pendant leur grossesse ou lorsqu'elles accouchent et neuf millions d'enfants meurent avant l'âge de cinq ans. C'est d'ailleurs à l'aide de ces chiffres que Mme Oda et son gouvernement vantent leur initiative.

Le document, qui a été approuvé par la présidente de l'ACDI Margaret Biggs, souligne également qu'«environ 2,5 millions d'adolescentes ont recours à des avortements non-sécuritaires chaque année et ont tendance à souffrir de complications plus graves. À l'échelle mondiale, les complications des avortements non-sécuritaires causent 13 pour cent des décès maternels».

Or, à la question «Qu'est-ce que cela (l'initiative) accomplira?», l'ACDI note «une réduction significative du nombre de naissances non-désirées à l'échelle mondiale et de la moitié du nombre d'avortements non-sécuritaires».

Si la ministre Oda recevait ces informations en prévision d'une rencontre avec des organismes le 26 janvier - jour de l'annonce de l'initiative par le premier ministre Stephen Harper -, trois mois plus tard, le gouvernement conservateur confirmait qu'il ne financera pas l'avortement à l'étranger dans le cadre de son initiative sur la santé maternelle et infantile.

«Les détails restent à déterminer (...) Cependant, la contribution du Canada n'inclura pas le financement d'avortements», certifiait la ministre le 26 avril, en marge d'une rencontre avec ses homologues du G8 à Halifax.

L'opposition a pressé le gouvernement pendant des semaines, aux Communes, afin de préciser si l'avortement ferait partie des services offerts en vertu de l'initiative des conservateurs.

Invitée à expliquer la décision, qui fait fi de l'opinion de son ministère, Mme Oda n'a pas souhaité commenter. Son attachée de presse, Jessica Fletcher, s'est contentée d'indiquer, par courriel, que «le ministère n'a fait aucunes recommandations quant à ce que l'initiative du G8 sur la santé maternelle et infantile devrait ou ne devrait pas inclure».

Entre les mois de janvier et d'avril, le gouvernement fédéral a donc choisi d'exclure exclusivement l'avortement de la panoplie de soins qu'il prévoit promouvoir au Sommet du G8, qu'il accueillera en Ontario fin juin.

Aux dires de la présidente de l'ACDI, le Canada n'a pourtant jamais financé directement de services d'avortement. De passage en comité parlementaire, au début du mois, Mme Biggs avait souligné que le pays versait des fonds à des gouvernements et des ONG qui décidaient indépendamment comment ils souhaitaient les distribuer.

Or, voilà qu'en prévision de l'initiative du G8, l'ACDI recommandait précisément d'inclure l'avortement aux services envisagés.

Les demandes d'entrevue de La Presse Canadienne à l'ACDI sont demeurées lettre morte.

En tant que pays hôte du Sommet du G8, le Canada a choisi de s'attaquer à la santé des mères et des enfants de moins de cinq ans, deux des huit Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) que se sont fixés les leaders mondiaux au début des années 2000. Ceux-ci visent notamment à réduire de 75 pour cent les taux de mortalité maternelle.

Confronté au constat que ces deux objectifs ne seraient probablement pas atteints d'ici 2015, le Canada en a fait son cheval de bataille.

Lors de la réunion qui s'est tenue sur la colline parlementaire fin janvier, les représentants de six ONG ont été invités par la ministre à lui faire part de leur expérience sur le terrain et des façons de réduire les taux de mortalité maternelle et infantile.

Le mot «avortement» n'a cependant jamais été prononcé, que ce soit par la ministre, son entourage, ou les groupes réunis. Et c'était peut-être une erreur de la part des ONG que d'assumer que l'initiative prévoyait un ensemble de soins vaste et universel qui inclurait l'accès à l'avortement sécuritaire où la pratique est légale, selon le président de CARE Canada, Kevin McCort, qui a participé à la rencontre aux côtés des présidents d'UNICEF et World Vision notamment.

«Il semble que tout le monde considérait que c'était un message implicite, personne n'a jamais été explicite sur le sujet, et c'est peut-être justement la raison pour laquelle c'est soudainement devenu un enjeu parce que cela n'a pas été traité clairement sur la table», a expliqué M. McCort, en entrevue téléphonique.




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