Le gouvernement Harper aurait dû déposer un budget de relance dès l'automne dernier pour maintenir la confiance des Canadiens dans l'économie au lieu de se livrer à des jeux politiques, estime l'ancien premier ministre Paul Martin.

Dans une entrevue accordée à La Presse, hier, M. Martin a soutenu qu'un gouvernement doit choisir le moment idéal pour intervenir dans l'économie. Le moment idéal, selon lui, aurait été en novembre, alors que la confiance des Canadiens était toujours intacte et que l'économie canadienne se maintenait à flot.

 

Le budget du ministre des Finances, Jim Flaherty, qui contient des mesures de relance de quelque 20 milliards de dollars et annonce un déficit de 64 milliards de dollars au cours des deux prochains exercices financiers, a été déposé le 27 janvier, alors que la confiance des Canadiens était déjà quelque peu ébréchée, selon lui.

«Cela aurait été beaucoup mieux si le gouvernement du Canada avait agi plus tôt. Cela aurait dû être fait à l'occasion de l'énoncé économique de novembre. Dans une crise comme celle que l'on vit, si on est capable d'agir rapidement, c'est plus facile de maintenir la confiance des gens que de la rebâtir. On aurait dû agir plus tôt», affirme M. Martin, qui a été ministre des Finances de 1993 à 2002 dans le gouvernement de Jean Chrétien.

M. Martin, qui a été premier ministre de décembre 2003 à janvier 2006, a rappelé qu'il n'avait pas hésité à déposer un nouveau budget, en décembre 2001, deux mois après les attentats terroristes du 11 septembre contre les États-Unis. Ce budget, qui prévoyait de nouvelles dépenses de 8 milliards de dollars pour resserrer la sécurité au pays, visait à rassurer à la fois les Canadiens et les États-Unis en matière de sécurité. «C'était un budget crucial à l'époque pour maintenir la confiance», estime l'ancien premier ministre.

Par ailleurs, M. Martin croit que le G20, formé des pays industrialisés et des économies émergentes comme la Chine et l'Inde, est devenu l'organisme le plus compétent pour régler la crise économique mondiale qui sévit actuellement. Selon M. Martin, le G20 est aujourd'hui plus à même de trouver des solutions à la crise actuelle que le G8.

M. Martin, qui a prononcé hier un discours à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa justement sur la gouvernance mondiale et l'avenir du G20, a joué un rôle prépondérant dans la création de cet organisme international lorsqu'il était ministre des Finances.

À l'époque, le G20 ne réunissait que les ministres des Finances et certains leaders s'opposaient à ce qu'il joue un rôle plus influent. Plus maintenant. Depuis que la crise économique a frappé de plein fouet les principales économies de la planète, les leaders des pays du G20 ont décidé de prendre les choses en mains.

L'ancien président des États-Unis a convoqué une réunion du G20 à Washington en novembre pour discuter de la crise et des moyens à prendre pour en sortir.