La revendication du pôle Nord a même surpris les fonctionnaires

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Alors que la cartographie préparée par les scientifiques canadiens devait s'arrêter juste avant le pôle Nord, le premier ministre Stephen Harper, à la toute dernière minute, a insisté pour qu'il s'y trouve. M. Harper a déjà indiqué par le passé qu'il souhaitait simplement revendiquer le plus grand territoire possible.

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La Presse Canadienne
Bob Weber

La décision de dernière minute du Canada d'étendre sa revendication du plancher océanique de l'Arctique jusqu'au pôle Nord a suscité la surprise des bureaucrates fédéraux et créé un blizzard de communications pour préparer les responsables à ce changement soudain.

Des centaines de pages de documents obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information démontrent que les fonctionnaires étaient aussi surpris que les alliés du Canada lorsque le gouvernement Harper a annoncé qu'il reporterait sa soumission de revendication territoriale de l'Arctique, pour avoir la chance de réclamer les droits exclusifs du plancher océanique jusqu'au pôle.

Quelques jours avant la date limite pour soumettre sa revendication à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, le 6 décembre 2013, des avocats des affaires étrangères en étaient toujours à clarifier les différences entre pôle magnétique, géographique et géomagnétique. «Il y a apparemment trois pôles nord», dit un courriel daté du 21 novembre.

Jusqu'alors, la cartographie préparée par les scientifiques canadiens au coût de 117 millions $, qui devait démontrer quelles parties des fonds marins étaient reliées au plateau continental canadien, devait s'arrêter juste avant le pôle Nord. Mais le premier ministre Stephen Harper, à la toute dernière minute, a insisté pour qu'il s'y trouve. M. Harper a déjà indiqué par le passé qu'il souhaitait simplement revendiquer le plus grand territoire possible.

Dans la soumission officielle, déposée le 9 décembre, on lit donc que la partie sur l'Arctique est incomplète, mais qu'elle inclura bientôt des informations pour appuyer la revendication du pôle Nord.

Ce changement de cap a créé une déferlante de courriels, obtenus par La Presse Canadienne huit mois après la demande d'accès à l'information, qui laissent comprendre que la décision a surpris tous les reponsables fédéraux.

Le 20 novembre, des avocats des affaires étrangères travaillant sur le dossier du plateau continental ont reçu une série de questions urgentes du bureau du premier ministre.

«(Le ministre) a besoin d'avoir des réponses d'ici 10 heures sur...», dit un courriel dont la suite est caviardée.

De nombreux courriels ont ensuite été échangés entre les plus hautes autorités du programme de cartographie du plancher océanique de l'Arctique.

Le 29 novembre, le bureau de John Baird, ministre des Affaires étrangères, demandait la liste complète de tous ceux qui avaient été consultés sur la soumission. Cinq jours plus tard, les faits principaux avaient été rédigés pour que M. Baird puisse expliquer les changements.

Des questions urgentes étaient aussi relayées par le Conseil privé, qui conseille et appuie le premier ministre. Le 25 novembre, une stratégie médiatique était élaborée.

Éventuellement, quelqu'un s'est souvenu des alliés du Canada: «Nous allons devoir donner de l'info pour notre ambassade au Danemark à un certain moment», dit une note du 4 décembre.

Amateurisme

«Tout cela sent l'amateurisme», a lâché Michael Byers, un professeur de droit international à l'université de la Colombie-Britannique et expert de l'Arctique.

«Ça sonne comme si les décideurs n'avaient aucune idée des faits de la situation et élaboraient des politiques sans aucune référence au droit international ou à des décennies de pratiques diplomatiques dans ce dossier.»

M. Byers considère que la géographie donne au Danemark l'avantage sur la revendication du pôle Nord et que les revendications canadiennes seront écartées en négociations. Il affirme aussi que cette idée de M. Harper a été perçue par les autres pays comme étant une affaire de politique intérieure.

«Ils croient tous que c'est entièrement de la politique intérieure et ils espèrent que le processus se remettra sur la bonne voie après les prochaines élections canadiennes», a-t-il expliqué, tout juste de retour d'une rencontre sur l'Arctique avec des diplomates et universitaires, en Islande.

«Ils souhaiteraient que même un gouvernement conservateur mette de côté la politique intérieure et revienne à la réalité du droit international et de la diplomatie.»

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