À l'Inde d'imposer des normes plus sûres, dit Jean Charest

Le Québec est parfaitement conscient des risques que... (Photo: Martin Chamberland, Archives La Presse)

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Le Québec est parfaitement conscient des risques que comporte l'utilisation de l'amiante mais en exporte tout de même, déplore un syndicat indien. Ci-dessus, un chantier à Calcutta.

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La controverse de l'amiante
La controverse de l'amiante

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Denis Lessard
Denis Lessard
La Presse

(Bombay) Les travailleurs indiens dont la santé est menacée à cause de l'utilisation de l'amiante feraient mieux de faire pression sur leur propre gouvernement pour que des règles d'utilisation sécuritaires soient appliquées. Le Québec peut, sans se culpabiliser, vendre ce produit à l'étranger, estime le premier ministre Jean Charest.

Hier, profitant du passage en Inde du premier ministre Jean Charest, la Trade Union Center of India, une importante centrale syndicale, a dénoncé l'inaction de Québec, un des plus importants exportateurs de fibre d'amiante dans ce pays en développement.

 

Cet appel est parvenu au premier ministre Charest hier, aux premières heures de sa mission économique d'une semaine en Inde. Dans une conférence de presse à laquelle assistaient une cinquantaine de travailleurs victimes de l'amiantose, Sanjay Singhvi, secrétaire général de la Trade Union Center of India, a indiqué que son groupe sollicitait en vain depuis plusieurs jours une rencontre avec M. Charest pour lui faire part de ses inquiétudes.

Le Québec est parfaitement conscient des risques que comporte l'utilisation de l'amiante mais en exporte tout de même, déplore M. Singhvi. «Une utilisation sécuritaire de l'amiante, cela n'existe pas», résume-t-il.

À la conférence, quelques-uns des travailleurs avaient apporté les nombreux médicaments qu'ils doivent prendre désormais. Ils ont montré des photos des sacs de fibres produits par Lab Chrysotile, au Québec, qu'ils ont à utiliser quotidiennement. Ces ouvriers gagnent en moyenne 8000 roupies par mois, soit environ 200$.

Dans une lettre ouverte destinée à M. Charest, la centrale, qui représente 200 000 salariés, ne mâche pas ses mots: «Nous considérons que cela déshonore la réputation du Québec, qui nie les droits fondamentaux et fait passer les intérêts de l'industrie de l'amiante avant les droits et les vies des gens des pays en développement.»

«L'amiante chrysotile n'est pas un produit interdit. Il appartient au gouvernement indien de faire appliquer des normes d'utilisation de ce produit. On ne peut se substituer à d'autres pays pour l'utilisation du chrysotile», a pour sa part soutenu M. Charest.

Le premier ministre a aussi rappelé que l'Organisation internationale du travail (OIT) admet l'utilisation de la fibre chrysotile, à la condition que des normes de sécurité soient respectées. La résolution 162 date de 1986. En revanche, les environnementalistes signalent pour leur part que M. Charest met vite de côté une autre prise de position, plus récente, de l'OIT. En 2006, on a décidé que le texte antérieur «ne doit pas être utilisé pour justifier ou appuyer l'utilisation de l'amiante».

11 % des exportations

En 2008, l'amiante représentait 11% des 427 millions de dollars d'exportations québécoises en Inde. Deux mines sont encore en activité au Québec, la mine Jeffrey et Lab Chrysotile. Elles emploient 700 personnes en tout.

Un cinquième de l'amiante utilisé en Inde vient du Québec, et 95% de l'amiante exploité est sous forme de chrysotile, qui produit des fibres en suspension dans l'air que les masques ou les vêtements ne peuvent bloquer efficacement. Des cas nombreux de mésothéliome, d'amiantose et de cancer du poumon ont été diagnostiqués chez les travailleurs. «On estime qu'environ un travailleur sur cinq est atteint dans ces industries», résume M. Singhvi.

Parmi les 215 employés de l'entreprise Hindustan Composite (fermée depuis deux ans), on a répertorié 41 cas d'amiantose. En remontant jusqu'aux travailleurs à la retraite, on a trouvé 122 cas de maladie due à l'amiante.

Et il ne s'agit que d'une seule entreprise. «Depuis 50 ans, on peut penser qu'il y a eu des millions de cas en Inde.» Les gens sont malades, mais comme il n'y a pas d'obligation de déclarer cette maladie, personne n'a de chiffres précis, explique-t-on.

 

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