Jacques Tellier (1924-2013): homme de foi et de loi

Jacques Tellier a mené de front une carrière... (Photo : Pierre McCann, archives La Presse)

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Jacques Tellier a mené de front une carrière exceptionnelle d'homme religieux et de juriste.

Photo : Pierre McCann, archives La Presse

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Mélissa Proulx, collaboration spéciale
La Presse

Frère dominicain, prêtre, avocat et commissaire, Jacques Tellier a fait de la protection des jeunes et des plus démunis le combat d'une vie. Il s'est éteint à Montréal, le 27 janvier, à l'âge de 88 ans.

Petit-fils du juge en chef Sir Mathias Tellier et fils de l'homme politique et avocat Maurice Tellier, Jacques Tellier a mené de front une carrière exceptionnelle d'homme religieux et de juriste. Magnanime et discret, il passait souvent inaperçu. Mais lorsqu'il prenait la parole, avec sa voix abîmée par une vie à prêcher, les assemblées faisaient silence et l'écoutaient avec diligence, relate Christine Hoestlandt, sa conjointe des dernières années. «C'était un révolutionnaire tranquille. Sans esbroufe et avec la bienveillance qu'on lui reconnaît, il a fait évoluer les milieux de l'église et des droits de la jeunesse.»

Ordonné prêtre dans la trentaine, le frère dominicain est à l'aube de la cinquantaine lorsqu'il fait son barreau et devient avocat à l'Aide juridique qui en est à ses balbutiements. Engagé dans la lutte pour les droits des jeunes délinquants, il participe à l'élaboration de la Loi sur la protection de la jeunesse et devient le premier président du Comité sur la protection de la jeunesse, de 1975 à 1986.

«C'était un organisme de première ligne chargé des signalements d'enfants maltraités pour ensuite se transformer en une sorte d'ombudsman de l'enfant. Avec une petite équipe, Jacques Tellier a opéré ce changement majeur à l'occasion de l'implantation de la loi 24 et la naissance plus tard de la DPJ», souligne Me Jean-François Boulais, ami de longue date qui agissait à titre de conseiller juridique au Comité. «Comme haut fonctionnaire, Jacques n'était ni intimidant ni imposant. Il répétait souvent : «Nous sommes plus grands que ce que nous faisons.» Pour lui, son interlocuteur était toujours plus important que sa fonction. Cette philosophie se traduisait dans son rapport aux autres», rapporte l'avocat membre du Tribunal des droits de la personne.

Même après sa retraite en 1992 comme commissaire à l'instance d'appel à la Commission des affaires sociales (aujourd'hui tribunal administratif), Jacques Tellier était dévoué à la cause des enfants. En fait foi sa demande posthume d'un appui à la fondation du Dr Gilles Julien, qu'il visitait encore récemment.

Vie spirituelle

En tant que dominicain, Jacques Tellier a prêché, enseigné et agi à titre d'aumônier auprès des Moniales de Berthierville qu'il affectionnait particulièrement. De 1963 à 1972, il dirigeait l'Institut de la pastorale pendant que se déroulait le concile Vatican II. Le frère dominicain Guy Lapointe, qui lui a succédé comme prêtre-responsable à la communauté chrétienne de Saint-Albert-le-Grand, louange l'orateur : «Il travaillait longuement ses homélies, c'était pour lui un travail ardu. Il voulait trouver les mots, créer l'espace pour rendre sa réflexion compréhensible. Ses homélies étaient très poétiques.»

En 2005 a paru Échos d'Évangile, un recueil des homélies que Jacques Tellier a prononcées au fil des ans. «Je les avais enregistrées à son insu, explique Christine Hoestlandt. Avec Jean Duhaime de la faculté de théologie de l'Université de Montréal, on l'a convaincu de faire un tri et de les publier. La forme privilégiée traduit bien les respirations, la musicalité qu'elles avaient.»

En 2003, à 78 ans, Jacques Tellier a quitté l'Ordre des Dominicains. «Il a eu le courage de changer de vie à cet âge avancé. Il voulait vivre sa foi différemment, comme laïc auprès de sa communauté. Il a alors reçu des témoignages de toutes parts. Mgr Jean- Claude Turcotte lui a notamment écrit une lettre avec des voeux de bonheur pour la suite.»

Ce dernier chapitre a été jalonné de prières, de musique, de voyages et, invariablement, de l'accompagnement de personnes dans le besoin. «Encore au cours des dernières années, il recevait des visites ou des appels de personnes qu'il aidait à sortir du pétrin. Malgré sa grande fatigue, il les écoutait. C'était si important pour lui», souligne Mme Hoestlandt.

Les funérailles de M. Tellier ont été célébrées le 2 février.

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