Enquête sur les femmes autochtones: une résolution appelle à changer le mandat

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Perry Bellegarde, chef national de l'Assemblée des première nations, écoute les témoignages de personnes appelant à faire changer le mandat l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Les chefs rassemblés à la rencontre de l'Assemblée des Premières Nations (APN) à Regina ont adopté jeudi une résolution appelant à des changements à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

La résolution demande au gouvernement fédéral de changer le mandat et la façon de procéder de la commission fédérale.

Une autre résolution qui demandait une révision complète et le remplacement des commissaires par le premier ministre Justin Trudeau n'a pas été adoptée.

Cette décision a satisfait Carson Poitras, lui dont la belle-fille Happy Charles manque à l'appel depuis le début d'avril. M. Poitras souhaitait le maintien des commissaires en place.

«Si on doit tout recommencer, on n'aurait peut-être pas la chance d'avoir une telle enquête, car il faudrait quelques années pour que le processus redémarre. Nous n'avons pas besoin de cela, a dit Carson Poitras. Il y a des familles qui ont déjà témoigné, elles n'ont pas besoin de revivre cela. C'est difficile pour les familles de revivre cela chaque fois. Elles n'ont pas juste raconté leur histoire une fois, elles ont dû la raconter à maintes reprises.»

Il aurait toutefois espéré que l'on ajoute des nouveaux commissaires à ceux déjà existants. Selon lui, cela aurait aidé à restaurer la confiance envers le processus.

Le grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba, Arlen Dumas, avait proposé la résolution demandant le remplacement des commissaires.

«Tout le monde sait que le statu quo ne fonctionnera pas. Indépendamment des commissaires qui siègent, ils devront s'en aviser et s'apercevoir qu'une forte opposition est en train de se former contre l'absence de résultats réels», a déclaré Arlen Dumas après le rejet de sa proposition.

Deux des commissaires, dont la Québécoise Michèle Audette, avaient pris la parole à la rencontre de l'APN mercredi soir, tentant d'expliquer le processus pour les témoignages.

Toutefois, plusieurs familles ont signifié aux deux commissaires que l'Enquête nationale était déjà un échec selon elles, car elles ne font pas confiance au processus et que la police n'a pas de comptes à rendre dans l'enquête.

Plus tôt jeudi, Mme Audette avait dit en entrevue avec La Presse canadienne constater qu'il s'organisait en coulisses un mouvement «pour faire en sorte que l'enquête soit démantelée au complet» et qu'on «mette dehors les commissaires» pour tout repartir à zéro.

Au lendemain de l'éprouvante apparition devant les membres de l'APN, Mme Audette disait ne pas avoir l'intention de démissionner de son poste de commissaire.

Les personnes qui mènent la fronde souhaitent «que ce soient les membres des communautés touchées, les familles ou les survivantes qui soient à la tête d'une nouvelle enquête», d'après la commissaire Audette.

À quatre reprises, mercredi, à Regina, la démission pure et simple des commissaires a été réclamée. Ces requêtes, comme les critiques qui ont été formulées à l'endroit de l'enquête, ont été «rough» à encaisser, a reconnu Michèle Audette à l'autre bout du fil depuis Toronto.

«Il s'est dressé un mur à un moment donné face à nous», a-t-elle laissé tomber en relatant les événements de la veille, assurant néanmoins qu'elle écoute «attentivement» les doléances d'«un certain groupe qui est important dans l'échiquier» et qui amène de «bons points».

Par contre, la Québécoise n'a pas l'intention de capituler «pour le moment», et d'abandonner cette enquête qui vit certes des difficultés «au niveau de la transparence, au niveau de la communication, de comment on gouverne», mais qu'elle trouve encore «belle et légitime».

Plusieurs membres des familles des victimes ont livré des messages empreints de frustration, mercredi, lorsque la commissaire Audette et son collègue Brian Eyolfson sont venus expliquer le processus d'enquête.

Gerri Pangman, dont la soeur et la tante ont été tuées dans des événements distincts, a dit que la commission était vouée à l'échec, car elle n'a pas le pouvoir de contraindre les forces policières à rouvrir des enquêtes dont les conclusions sont contestées par les familles.

«Pour cette enquête nationale, dans les termes de référence, le fait d'écarter la police, c'est un échec et un déshonneur pour ma soeur», a-t-elle lancé.

La commissaire Audette répond à cela que «le mot police n'est pas écrit noir sur blanc dans le décret», mais que «la police, comme le bureau du coroner» et des représentants de la sécurité publique ou du système de justice, «vont être invités à nos audiences».

«On va avoir examiné et analysé comment ils ont fait leur travail sur le terrain, comment ils ont enquêté, comment ils ont traité le dossier. Et on va faire les comparaisons avec (les cas de femmes canadiennes non autochtones) pour savoir si le traitement a été le même.»

La commission a jusqu'au 1er novembre 2018 pour fournir son rapport final et dispose d'un budget de 53,8 millions. La commissaire en chef, Marion Buller, a déjà signalé que cette somme ne serait pas suffisante, mais aucune demande formelle n'a encore été envoyée au fédéral.

Plusieurs démissions sont survenues au sein de la commission, la plus récente étant celle de la commissaire Marilyn Poitras. Dans une lettre adressée à Justin Trudeau, elle écrivait qu'elle se sentait incapable de mener à bien son mandat selon les paramètres fixés par le gouvernement.




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