Omar Khadr: une compensation qui soulève joie et indignation

Omar Khadr, après sa libération sous caution en... (PHOTO TOD KOROL, ARCHIVES REUTERS)

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Omar Khadr, après sa libération sous caution en mai 2015. Le gouvernement s'apprêterait à annoncer qu'il versera plus de 10 millions de dollars à l'ancien enfant-soldat, qui a été détenu 10 ans à la base militaire de Guantánamo Bay.

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Même si le gouvernement canadien refuse pour le moment de confirmer qu'il s'apprête à présenter des excuses et à verser plus de 10 millions en dédommagement à Omar Khadr, l'annonce dans les médias a soulevé les passions hier, autant parmi les détracteurs de l'enfant-soldat canadien que parmi ses défenseurs, parmi lesquels se trouve le général Roméo Dallaire.

Le général Roméo Dallaire a poussé un long soupir de soulagement lorsqu'il a appris que le gouvernement de Justin Trudeau comptait s'excuser auprès d'Omar Khadr et lui offrir une compensation financière pour les torts qu'il a subis lors de son incarcération à la base militaire de Guantánamo Bay. «Le premier ministre Justin Trudeau a pris une décision courageuse, mais juste», a dit à La Presse l'ancien commandant de la force de maintien de la paix des Nations unies lors du génocide rwandais.

Selon le Toronto Star, le gouvernement canadien s'apprêterait à annoncer qu'il versera plus de 10 millions à Omar Khadr, aujourd'hui âgé de 30 ans. Ce dernier n'avait que 15 ans lorsqu'il a été arrêté en Afghanistan. Son père, un financier d'Al-Qaïda et proche d'Oussama ben Laden, y avait déménagé toute la famille.

Fondateur d'une initiative pour mettre fin au recours aux enfants-soldats dans les conflits du monde entier, le général Dallaire estime que le Canada a longtemps violé les droits d'Omar Khadr - lui même un enfant-soldat - en ne rapatriant pas le jeune Canadien de Guantánamo et en participant même à des interrogatoires dans la prison controversée établie dans la base militaire américaine.

«Depuis que je travaille sur la question des enfants-soldats, l'affaire Khadr était comme un couteau dans le dos que je traînais. Maintenant, je vais pouvoir parler avec fierté et dire que je viens d'un pays qui est à l'avant-garde pour contrer le recrutement des enfants-soldats», dit le militaire à la retraite et ancien sénateur.

Dénouement après 15 ans

Chez Amnistie internationale, qui se bat depuis 2002 pour que les droits d'Omar Khadr soient reconnus, l'atmosphère était à la fête, hier. «Cette annonce est importante parce que le gouvernement canadien reconnaît qu'il a erré comme l'ont dit trois fois les juges de la Cour suprême. Cependant, ce n'est pas tout de reconnaître ses torts. Il faut qu'une telle situation ne se reproduise plus», a dit la porte-parole de la section canadienne francophone d'Amnistie, Anne Sainte-Marie, notant que quatre autres Canadiens d'origine arabe, dont Maher Arar, ont aussi reçu des excuses et des compensations du gouvernement canadien pour le rôle joué par le Canada dans leur détention à l'étranger et la torture subie.

Coréalisateur d'un documentaire sur l'affaire Khadr, le cinéaste Patricio Henriquez se réjouit lui aussi de l'annonce, mais croit que le gouvernement devrait aller plus loin. «Malgré la réparation, on ne sait pas si les gens qui sont responsables pour les torts qu'il a subis seront pénalisés», dit le cinéaste qui s'intéresse aux questions des droits de la personne depuis des décennies.

Les avocats de Khadr muets

Hier, il a été impossible de joindre les avocats d'Omar Khadr au sujet de la compensation annoncée. Ni Nate Whitling ni Dennis Edney - l'avocat qui a hébergé Omar Khadr à sa sortie de prison en 2015 - ne nous a rappelée hier. Omar Khadr a entamé une poursuite au civil contre le gouvernement canadien en 2014.

Pour sa part, le premier ministre canadien et le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, ont gardé le silence sur toute l'affaire. «Il y a un processus judiciaire qui est en cours depuis un certain nombre d'années et nous nous attendons, comme beaucoup de monde, à ce que ce processus connaisse son dénouement», a dit Justin Trudeau aux journalistes qui l'ont interrogé en Irlande.

Une compensation exagérée selon certains

L'opposition officielle à Ottawa attend déjà sur le pied de guerre l'annonce des sommes qui seront versées à Omar Khadr. «Comme la plupart des Canadiens, on pense que ça n'a aucun sens de donner 10 millions à quelqu'un qui a commis un acte terroriste, affirme le député conservateur Pierre Paul-Hus. Si ça se confirme, on demande que l'argent soit envoyé à la veuve de Christopher Speer.»

Lors de son procès à Guantánamo, Omar Khadr a plaidé coupable à trois chefs d'accusation - dont un de crime de guerre - pour le meurtre en 2002, en plein combat, du sergent Speer, un membre des forces spéciales américaines. Les avocats d'Omar Khadr estiment qu'il a plaidé coupable devant le controversé tribunal militaire américain dans le seul but d'être rapatrié au Canada et tentent maintenant de le faire innocenter.

La Fédération canadienne des contribuables partage le point de vue des politiciens conservateurs. «Un individu a admis avoir tué un soldat en s'alliant au côté des islamistes. Peut-être que le gouvernement peut lui faire des excuses, mais on s'oppose à ce que l'argent des contribuables lui soit versé», a dit Carl Vallée, directeur québécois de l'organisme. Hier, vers 20 h, 13 500 personnes avaient signé la pétition de la Fédération demandant au gouvernement fédéral de revoir sa position.




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