L'athlète refoulé a été interrogé sur une «connaissance» partie en Syrie

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Son histoire a fait les manchettes, hier, plusieurs commentateurs évoquant de possibles liens avec le dernier décret présidentiel de Donald Trump. Avant de se voir refuser l'entrée aux États-Unis, un jeune athlète de Sherbrooke a été questionné par les douaniers sur le fait qu'il connaissait un étudiant parti combattre en Syrie il y a trois ans.

Yassine Aber, refoulé jeudi alors que ses camarades du Vert & Or ont pu continuer leur chemin vers Boston, décrit Samir Halilovic comme une « connaissance assez éloignée ».

Halilovic est un ancien étudiant de l'Université de Sherbrooke qui a quitté le Québec avec deux autres Sherbrookois, apparemment pour faire le djihad en Syrie, en 2014, et n'est jamais revenu. Il est dans la ligne de mire de la GRC. Lui et le jeune athlète de 19 ans apparaissent côte à côte sur une photo datant de la même année et qui était toujours en ligne sur Facebook hier après-midi. Six autres jeunes hommes y sont aussi.

L'athlète dit qu'il « ne le connaît pas personnellement, mais c'est une connaissance ».

Yassine Aber s'est vu refuser l'entrée aux États-Unis jeudi soir, après plusieurs heures d'interrogatoire, alors qu'il se rendait à Boston pour une compétition. Tous les membres de l'équipe d'athlétisme de l'Université de Sherbrooke ont pu passer, sauf le jeune homme né au Québec de parents d'origine marocaine.

En entrevue à La Presse, hier, Yassine Aber a confirmé que les questions des douaniers portaient sur Halilovic et « sur d'autres individus aussi » dont il n'a pas souhaité révéler l'identité. Il ne sait pas si ces individus ont séjourné en Syrie ces dernières années, mais tous sont actuellement « ici au Canada, à Sherbrooke ou à Montréal ».

La situation ne surprend pas outre mesure un ex-agent du renseignement. « Une photo, ça suffit pour les autorités américaines. On ne sait pas qui il est et quels sont ses liens avec ce djihadiste. Avec le climat post-11-Septembre et les attaques [du groupe État islamique], on peut décider de le placer sur une liste de ce qu'on appelle des personnes d'intérêt », explique Michel Juneau-Katsuya, ancien cadre au SCRS. 

« Il est jeune. [Il est d'origine arabe.]  Il a tout contre lui. Il est coupable par association et avec procès d'intention. »

« Les douaniers peuvent se dire : on ne sait pas qui il est ni quelles sont ses intentions. Pourquoi on le laisserait entrer ? », poursuit M. Juneau-Katsuya.

PAS D'EXPLICATIONS

L'athlète affirme que les douaniers n'ont pas indiqué qu'ils lui refusaient l'entrée aux États-Unis parce qu'il connaissait Halilovic. « Ils ne m'ont rien expliqué, a-t-il dit. Si ça avait été la raison, j'aurais aimé qu'on m'en fasse part, comme ça, j'aurais peut-être pu leur expliquer la situation. »

« Cette photo date de 2014. Le fait est qu'en 2015 et en 2016, je suis allé aux États-Unis plus de dix fois, donc s'il y avait eu un problème avec cette photo, peut-être que ça serait ressorti avant, je crois », a ajouté le jeune homme.

« Entrer aux États-Unis, ce n'est pas un droit. C'est un privilège. En cette époque où la suspicion est élevée et avec l'arrivée de Trump au pouvoir, les autorités douanières vont se sentir plus autorisées à prendre ce genre de décisions », dénonce M. Juneau-Katsuya.

M. Aber a indiqué que les douaniers avaient aussi posé des questions sur les deux mosquées de Sherbrooke. Dans ces lieux, « je l'ai peut-être déjà croisé [Halilovic] en 2014 ou avant, mais pas depuis ce temps », a-t-il dit.

L'agence frontalière américaine n'a pas voulu commenter le cas particulier du jeune homme.

« Dans tous les cas, le voyageur a la tâche de prouver qu'il est admissible », a expliqué dans un courriel Kris Grogan, officier d'affaires publiques. 

« L'inadmissibilité est notre principal outil pour empêcher l'entrée  au pays d'individus qui peuvent  mettre en danger la sécurité  ou le bien-être des États-Unis. »

LARGE MARGE DE MANOEUVRE

L'avocate en droit de l'immigration Julie Lessard, du cabinet BCF, a expliqué hier en entrevue que les douaniers disposent d'une marge de manoeuvre très large pour accepter ou refuser l'entrée d'un étranger dans leur pays.

« Comme Canadiens, on pense souvent qu'on a le droit d'entrer aux États-Unis, mais on n'a aucun droit. C'est un privilège, a-t-elle expliqué. Dès qu'ils ont le moindre doute que la sécurité nationale des États-Unis pourrait être mise en cause, ils ont toute la discrétion pour refuser l'entrée à une personne. Et ils vont avoir tendance à refuser facilement. Ils aiment mieux refuser que prendre un risque. »

Le cas de M. Aber n'est pas concerné par le nouveau décret présidentiel visant les ressortissants de sept pays à majorité musulmane, a-t-elle ajouté. « Ça ne touche pas le Maroc, ça ne touche pas les détenteurs de passeports canadiens, et en plus, le décret est suspendu », a dit  Me Lessard.

L'avocate n'est pas non plus surprise par l'absence de motifs communiqués à M. Aber : « C'est fréquent quand ce sont des questions de sécurité nationale. »




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