Roméo Dallaire publie un livre sur le stress post-traumatique

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Roméo Dallaire

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Sheryl Ubelacker
La Presse Canadienne

Le pire, c'est la nuit. L'obscurité. Le silence. Les images fantomatiques de cadavres et de mourants qui refusent d'être enterrés.

Plus de 20 ans après le retour au Canada de l'ex-lieutenant-général Roméo Dallaire, à la suite d'une douloureuse mission au Rwanda où son petit contingent de Casques bleus a dû demeurer impuissant face au massacre de centaines de milliers de civils, le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est toujours présent.

Dans un nouveau livre en anglais, intitulé Waiting for First Light, M. Dallaire, aujourd'hui âgé de 70 ans, décrit les symptômes de ce syndrome aussi vieux que la guerre elle-même, mais qui n'a été «nommé» et documenté qu'assez récemment.

L'ex-sénateur souhaite que son livre permette aux Canadiens de comprendre davantage ce trouble qui touche aussi les premiers répondants et les victimes d'agressions physiques ou sexuelles. M. Dallaire espère également que son essai, sous-titré Mon combat contre le SSPT, apportera soutien et réconfort à ceux qui souffrent de ce syndrome.

Le SSPT résulte de traumatismes intenses qui submergent complètement la psyché. Le trouble se manifeste par des cauchemars et des réminiscences d'événements traumatisants, mais aussi par une détresse émotionnelle et des réactions physiques provoquées par des souvenirs de traumatismes passés. Les victimes peuvent éprouver du désespoir ou de brusques changements d'humeur, et adopter des comportements autodestructeurs - comme l'ivresse extrême ou la vitesse excessive au volant.

«On vit dans une vulnérabilité perpétuelle, parce qu'on ne sait jamais à quel moment une conversation, une odeur, un bruit, une mauvaise journée peut déclencher une humeur qui sera assez déprimante, et qui vous amènera à revivre (un traumatisme passé)», expliquait récemment M. Dallaire en entrevue à Toronto. «Et ce traumatisme peut vous affecter autant aujourd'hui qu'à l'époque.»

Et surtout la nuit. D'où le titre de son livre: «En attendant les premières lueurs du jour».

M. Dallaire raconte aussi combien ce syndrome a été lourd à porter pour sa femme et ses trois enfants, qui ont dû apprendre à vivre avec un homme totalement imprévisible.

À son retour du Rwanda, il avait d'abord été posté à Ottawa au sein de l'armée, puis en tant que sénateur après qu'il eut quitté les rangs pour des raisons médicales. Sa famille est toutefois demeurée à Québec, exacerbant son isolement.

Le lieutenant-général se réjouissait néanmoins que la distance empêche ses proches d'assister à sa lutte de tous les instants contre le SSPT. Cette distance lui a également épargné leurs questions bien intentionnées qui auraient malgré tout attisé ses symptômes.

«Tu fais tout ce que tu peux pour éviter les gens. Tu essaies de le cacher. Et la meilleure manière de le cacher, c'est de se cacher», a-t-il déploré.

M. Dallaire vit avec un autre fardeau, un sentiment de culpabilité qui découle potentiellement de son SSPT. En tant que commandant de la mission des Nations unies au Rwanda, il n'a pas pu s'interposer, faute de soutien international, entre les Tustsis et les Hutus dans ce génocide qui fait 850 000 morts.

«Ça prend beaucoup de temps pour vouloir simplement continuer à vivre, pour voir au-delà du jour suivant, et surtout au-delà de la nuit suivante», a confié M. Dallaire, qui se consacre maintenant à la lutte contre l'utilisation d'enfants-soldats dans les conflits à travers le monde.

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