Il y a un siècle, les femmes du Manitoba obtenaient le droit de vote

Lillian Beynon Thomas, Winona Dixon, Mary Crawford et... (ARCHIVES PC)

Agrandir

Lillian Beynon Thomas, Winona Dixon, Mary Crawford et Amelia Burrito ont présenté une pétition en faveur du vote des femmes à la législature du Manitoba, le 23 décembre 1915.

ARCHIVES PC

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jennifer Ditchburn
La Presse Canadienne
Ottawa

C'était le genre de stratégie politique astucieuse que les politiciens et les lobbyistes tentent de concocter de nos jours: rassembler des militants issus de différents milieux au sein d'une même coalition, se procurer du soutien financier, monter une campagne publicitaire réussie et obtenir une couverture médiatique positive.

Un groupe de femmes du Manitoba a eu recours à ce stratagème pour gagner le droit de vote il y a un siècle.

Le 28 janvier 1916, la province est devenue le premier endroit au Canada à adopter le suffrage féminin. Cela a marqué le début d'une ère de changements, d'abord dans l'Ouest du pays puis sur la scène fédérale en 1919. Les autochtones, il est important de le souligner, n'ont pas eu le droit de voter aux élections fédérales avant 1960.

Le mouvement manitobain était complexe.

Il comprenait beaucoup de personnes en faveur de la tempérance afin de contrer les ravages que, selon elles, l'alcool causait au sein des familles. Il comptait aussi plusieurs journalistes membres du Canadian Women's Press Club. Certains syndicats appuyaient le suffrage féminin tout comme de puissants groupes de fermiers.

Les membres de la Political Equality League, parmi lesquelles figuraient des personnalités comme Nellie McClung, Cora Hind et Lillian Beynon Thomas ainsi que quelques partisans de sexe masculin, ont aidé à recruter et à rassembler ces voix disparates grâce à des discours, des réunions et des articles publiés dans les journaux. Elles avaient des organisateurs payés et ont même lancé une importante campagne publicitaire éclair durant le Stampede de Winnipeg en 1913.

«J'ai toujours dit que si c'était (Mme Beynon Thomas) qui était aux commandes aujourd'hui, elle dirigerait un groupe de stratégies qui planifie des élections parce qu'elle était l'instigatrice de toute l'affaire», a affirmé Linda McDowell, une professeure d'histoire retraitée du Manitoba et spécialiste du suffrage féminin.

La femme d'affaires Martha Jane Hample, qui siégera à l'Assemblée législative provinciale, a en partie financé les activités de la Political Equality League.

À l'extérieur de Winnipeg, il y avait d'autres groupes de suffragettes à Gimli et dans le district de Roaring River.

«En 1916, les femmes de la campagne manitobaine avaient accès au téléphone ainsi qu'à un bon service de train et de courrier, et des gens comme Nellie McClung se sont rendus à tous ces endroits. Chaque petite ville avait un auditorium ou une salle d'opéra, a raconté Mme McDowell. C'était vraiment un gros réseau et elles avaient beaucoup d'appuis.»

Bien sûr, les médias sociaux et les vidéos virales n'existaient pas, mais en 1914, les femmes ont fait un coup d'éclat avec une pièce provocatrice présentée au Walker Theatre de Winnipeg dans laquelle elles se moquaient du Parlement, parodiaient l'intransigeance du premier ministre Rodmond Roblin et imaginaient un monde parallèle où les femmes étaient au pouvoir.

«La politique trouble les hommes et des hommes troublés, cela signifie du mobilier cassé, des factures impayées, des promesses brisées et le divorce. La place des hommes est sur la ferme», avait déclamé Mme McClung, qui jouait le rôle du premier ministre.

Le gouvernement Roblin a été dissolu l'année suivante en raison d'un scandale et le nouveau gouvernement libéral a finalement accordé le droit de vote aux femmes en 1916.

Aujourd'hui, 29 pour cent des membres de l'Assemblée législative manitobaine et trois des 14 députés que compte la province à la Chambre des communes sont des femmes.

«Je pensais que, 100 ans plus tard, nous aurions fait davantage de progrès, que ce soit en politique, au sein des conseils d'administration ou à la tête des grandes entreprises», a reconnu Myrna Driedger, fondatrice de la Nellie McClung Foundation et députée conservatrice à l'Assemblée législative du Manitoba.

Mme Driedger a tout de même confié qu'elle sentait depuis quelques années une nouvelle énergie du côté des femmes au Canada, la conviction qu'elles devaient avoir une place à la table où se prennent les décisions. Plus tôt ce mois-ci, 600 femmes se sont réunies à Winnipeg dans le cadre d'un événement de réseautage professionnel baptisé «SHE Day».

«On dirait qu'il se passe quelque chose, a-t-elle poursuivi. Nous nous investissons de plus en plus afin d'assurer que nous puissions être des leaders et des leaders inspirantes pour les femmes qui viendront après nous.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer