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Le Centre de prévention à la radicalisation veut se charger des anciens détenus à risque

Moins de dix mois après l'ouverture à Montréal du Centre de prévention à la... (Photo Thinkstock)

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Giuseppe Valiante
La Presse Canadienne

Moins de dix mois après l'ouverture à Montréal du Centre de prévention à la radicalisation menant à la violence (CPRMV), possiblement le premier du genre en Amérique du Nord, le directeur Herman Deparice Okomba considère un système de libération conditionnelle pour les détenus correspondant à un certain profil.

Si la menace de radicalisation dans les prisons canadiennes n'est pas grave pour l'instant, M. Okomba croit qu'elle pourrait le devenir.

«Je ne pense pas qu'on a un problème en matière de détention, en matière de radicalisation au Québec et au Canada», a-t-il assuré à La Presse Canadienne.

«Mais en même temps, il faut être proactif. Il faut qu'on soit à l'avant-garde. Plus on met de stratégies en place pour prévenir la radicalisation, mieux on est placé pour détecter le problème.»

Nombreux sont les exemples, partout dans le monde, de terroristes radicalisés en prison. Les autorités croient d'ailleurs que le cerveau présumé des attentats de Paris a été influencé par des fondamentalistes islamistes durant son temps passé derrière les barreaux en Belgique.

M. Okomba est en discussion avec des responsables des services correctionnels et de la justice québécois et canadiens, afin de créer un système de libération conditionnelle qui permettrait de superviser les anciens détenus radicalisés ou vulnérables à l'extrémisme. Le même genre de système existe pour les pédophiles et autres criminels considérés comme potentiellement dangereux.

«On veut s'assurer que quand une personne ayant le profil d'un radical sort de prison, il doive respecter (...) une prise en charge du centre comme condition de libération», a-t-il expliqué.

Le CPRMV, dont l'inauguration officielle aura lieu dimanche, a été créé à l'initiative du maire de Montréal, Denis Coderre. Il compte 12 employés, dont des chercheurs, des psychologues et d'autres experts formés pour détecter les signes d'extrémisme et travailler avec les gens ciblés.

Selon Wadgy Loza, un professeur de psychiatrie de l'université Queens, en Ontario, ne croit non plus que la radicalisation en prison est un problème important.

«Mais il pourrait en devenir un», a-t-il ajouté, à l'instar de M. Okomba.

M. Loza est également fondateur de la section Extrémisme et terrorisme de la Société canadienne de psychologie, et a occupé le poste de psychologue en chef du pénitentiaire de Kingston de 1999 à 2009.

Pour mettre sur pied un système de libération conditionnelle efficace pour les radicaux, a-t-il affirmé, il faudrait que le programme comprenne plusieurs facettes et qu'il soit dirigé par les gens de haute compétence qui savent comment entrer dans l'esprit des détenus.

«Il faudrait une équipe d'experts qui comprend le langage, la culture, les valeurs des détenus et qui se concentre sur l'idéologie, a-t-il expliqué. Il faut démontrer les avantages de changer. Il faut réfuter certains arguments religieux.»

Tandis que le programme de libération conditionnelle n'est encore qu'à l'étape des discussions, le CPRMV, lui, attire déjà l'attention du Canada et de l'extérieur.

Herman Deparice Okomba a reçu une délégation du département des services correctionnels français, quelques jours après les attentats de Paris. Il dit recevoir beaucoup d'appels de gens de partout dans le monde intéressés par le projet.

Celui qui a oeuvré pendant 10 ans au sein du service de police de Montréal, comme spécialiste des relations interculturelles, assure que le centre ne vise pas les musulmans spécifiquement.

«On a une approche globale de la radicalisation. Donc on traite autant l'extrême gauche, droite, tout ce qui est extrême, toute force de radicalisation. C'est un choix qu'on a fait pour éviter de stigmatiser la population musulmane.»

Il admet cependant que la plupart des 370 appels reçus au centre d'appel ouvert 24 heures sur 24 depuis mars concernaient le fondamentalisme islamique.

De ces cas, 90 ont nécessité un suivi, et six ont été référés à la police. M. Okomba souligne néanmoins que le CPRMV n'est pas un organe policier. Il est pleinement indépendant et financé par Montréal et Québec, mais il a le mandat de contacter les autorités si une personne signalée présente une menace pour elle-même ou la communauté.

Le directeur aura sans doute à recueillir les inquiétudes de certains envers l'arrivée prochaine de milliers de réfugiés syriens au Québec.

«Je n'ai pas de crainte du tout, a-t-il dit. J'ai confiance en ce système. Et j'ai confiance en notre capacité à s'occuper de ces personnes.»

Il n'a pas donné de détails sur le type d'intervention que son équipe a eu à effectuer depuis mars, mais son approche est claire.

«Être radical, ce n'est pas mauvais. Au contraire, c'est une bonne chose: on a vu Mandela, Martin Luther King, Gandhi. Ce sont des gens qui étaient radicaux. Mais c'est le mot violence qui pose problème. On va s'attaquer à la radicalisation violente.»

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