Drame des enfants autochtones: une mère réclame justice pour sa fille

Délima Flamand demande la réouverture de l'enquête de la... (Photo Olivier jean, archives La Presse)

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Délima Flamand demande la réouverture de l'enquête de la Sûreté du Québec sur la mort de sa fille de 11 ans, Marie-Pier Moar, qui s'est suicidée après avoir été battue et violée.

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La mère de la plus jeune autochtone à s'être suicidée au Québec réclame la réouverture de l'enquête policière sur la mort de sa fille de 11 ans. Marie-Pier Moar s'est enlevé la vie après avoir été victime de viols à répétition.

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Le 22 août 2005, Marie-Pier Moar s’est pendue dans le sous-sol de la maison familiale.

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Or à l'époque, la Sûreté du Québec - qui était chargée de l'enquête - n'avait arrêté personne. À ce jour, les crimes restent impunis.

Depuis la publication de notre enquête sur le drame ignoré des enfants autochtones québécois, à laquelle s'ajoutent les révélations de l'émission Enquête de Radio-Canada sur des allégations d'abus de la SQ envers des femmes autochtones à Val-d'Or, la maman de la petite de 11 ans se demande si la police a consacré tous les efforts nécessaires pour retrouver le ou les agresseurs de sa fille.

« Les policiers ont-ils bien travaillé dans le dossier de ma fille ? Quand on regarde comment la GRC a traité les dossiers de disparitions de femmes autochtones dans l'Ouest canadien et ce que la SQ aurait fait subir aux femmes autochtones à Val-d'Or, on ne sait plus à qui faire confiance », dit Délima Flamand, mère de Marie-Pier Moar.

La fillette devait entrer en 6e année à l'école primaire de Manawan, réserve attikamek située à 87 km au nord de Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière.

VIOLÉE À RÉPÉTITION, PUIS BATTUE

Le 22 août 2005, jour de la rentrée, elle a été battue par des camarades de classe dans la cour de l'école. Sa mère croit qu'elle leur avait confié son secret. Le soir même, l'enfant s'est pendue dans le sous-sol de la maison familiale. À l'autopsie, on découvrira que la petite avait été victime de viols à répétition.

Après la mort de l'enfant, la Sûreté du Québec a débarqué dans la réserve de 2200 personnes en renfort de la police locale. Les enquêteurs ont interrogé une quarantaine de témoins. En vain.

C'est la plus jeune autochtone à s'être donné la mort au Québec au cours des 15 dernières années, selon l'enquête de La Presse publiée plus tôt ce mois-ci. Le taux de morts suspectes chez les jeunes Inuits et membres des Premières Nations est près de quatre fois supérieur à celui de l'ensemble de la jeunesse québécoise, a-t-on révélé. En effet, depuis l'an 2000, 259 enfants et adolescents autochtones sont morts dans des circonstances violentes ou obscures au Québec.

Délima Flamand n'a pas perdu espoir d'obtenir justice. « Il faut briser le silence. Je ne sais pas si l'agresseur ou les agresseurs de ma fille ont fait d'autres victimes, mais si quelqu'un sait quelque chose, il n'est jamais trop tard pour parler », dit la mère de 43 ans.

Jointe par La Presse, la SQ affirme que ses enquêteurs ont mené une enquête approfondie, mais se dit prête à entendre de nouveaux témoignages dans ce dossier. « Les preuves recueillies ne permettent pas à ce jour d'identifier hors de tout doute la ou les personnes qui ont agressé Marie-Pier. Toutefois, toutes les informations reçues continueront d'être analysées, vérifiées et validées par les enquêteurs », indique sa porte-parole, Martine Asselin.

APPUI D'UNE LEADER AUTOCHTONE

Michèle Audette, ex-présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada et candidate libérale défaite lors de la dernière campagne fédérale, croit elle aussi que l'enquête policière sur la jeune Marie-Pier Moar doit être relancée.

Mais la leader autochtone va plus loin. Les circonstances entourant le suicide de l'enfant devraient aussi servir d'exemple concret dans le cadre d'une large enquête publique qui porterait sur les conditions de vie des autochtones au Québec afin de « voir où ont été les failles ».

«Il y a une discrimination systémique. On voit plusieurs dossiers concernant les autochtones qui tombent dans les craques.»

La leader autochtone Michèle Audette

Le cas de Val-d'Or en est un exemple flagrant. Celui de Marie-Pier Moar aussi, croit la leader, qui raconte avoir pleuré en lisant l'histoire de l'élève de sixième année.

Bien que nécessaire, une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées comme celle qu'a promise Justin Trudeau ne suffira pas à régler la crise actuelle, insiste Mme Audette. Même chose au sujet d'une enquête indépendante sur les allégations d'abus de pouvoir et d'agressions sexuelles contre des policiers de la SQ à Val-d'Or.

« Si on ne se concentre que là-dessus, il y a des cas comme ceux de Délima et de sa fille qui ne feront pas partie de l'enquête. Et ces cas ne sont pas isolés. Il y en a d'autres [dans d'autres communautés] qui vont finir par sortir. »

EN FAIRE PLUS

Michèle Audette propose la nomination rapide d'une sorte d'ombudsman autochtone qui pourrait recevoir les plaintes et recueillir les témoignages de ceux qui estiment avoir été lésés par le système et qui veulent que leur dossier soit analysé, « que ce soit sur la police, ou sur la DPJ, les services sociaux ou les services de santé ».

Comme le demandait il y a déjà quelques semaines le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador Ghislain Picard dans la foulée de notre enquête sur les morts violentes d'enfants autochtones, Mme Audette croit aussi que le gouvernement du Québec devra arrimer sa propre enquête à celle du gouvernement fédéral « sur tout ce qui ne fera pas partie du mandat de l'enquête nationale ».

Sinon, prévient-elle, « on ne traitera pas de la violence. On ne traitera pas du suicide. On ne parlera pas de ces 259 enfants qui sont morts ».

« Ce qui se passe est beaucoup plus gros, ajoute-t-elle. La crise éclate de tous les bords. On a un tiers monde ici. C'est les autochtones. »

La SQ invite toute personne ayant des informations sur les agressions subies par la petite Marie-Pier Moar à communiquer de façon confidentielle avec la Centrale d'information criminelle de la Sûreté du Québec au 1-800-659-4264.

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