Accord Canada-UE: des chiffres de création d'emplois relevant de la «fiction»

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Stephen Harper et l'ex-président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, vendredi à Bruxelles.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Le gouvernement conservateur n'est pas en mesure de prouver que l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE) créera, comme il le prétend, environ 80 000 nouveaux emplois.

C'est ce qu'avance la sénatrice Céline Hervieux-Payette dans un rapport dévoilé mercredi, selon lequel le chiffre de 80 000 emplois que fait miroiter le gouvernement en vantant l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'UE «relève de la fiction».

Elle se montre très critique face à cette entente commerciale, notant que les données utilisées pour son analyse - qui datent par ailleurs de 2004, soit avant la crise financière de 2008 - laissent présager un déficit de la balance commerciale pour le Canada.

La sénatrice libérale indépendante estime que l'opacité entourant les négociations relatives à cette entente, et d'autres avant elle, empêche les parlementaires de faire leur travail correctement.

Pour éviter que de telles situations ne se reproduisent, elle recommande de confier au Directeur parlementaire du budget (DPB) le mandat de réviser tous les accords de libre-échange.

«Le Parlement européen jouit d'une telle entité de recherche qui est indépendante de la Commission européenne. Cela signifie que le Parlement européen ne tient pas le travail des négociateurs commerciaux pour acquis», est-il écrit dans le rapport.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) dit aussi ignorer exactement d'où vient le chiffre de 80 000 emplois mis de l'avant par le gouvernement.

«On ne le sait pas du tout. Et je pense que si le gouvernement veut avancer ses chiffres, il doit être transparent sur la façon dont ces chiffres ont été obtenus», a affirmé en entrevue téléphonique Laurin Liu, porte-parole adjointe du parti en matière de commerce international.

Le NPD procède en ce moment à sa propre analyse d'impact de l'accord de libre-échange Canada-UE en menant des consultations auprès de plus de 300 organismes, petites et moyennes entreprises (PME) et associations professionnelles, a-t-on indiqué au parti.

L'accord de libre-échange entre le Canada et l'UE a été signé lors d'une cérémonie à Ottawa en septembre dernier, mais sa ratification n'est pas gagnée d'avance.

Car certains États européens, notamment l'Allemagne, ne voient pas d'un bon oeil la clause de règlement des différends, qui permettrait à des entreprises de poursuivre des gouvernements.

Selon le gouvernement fédéral, l'entente commerciale permettra au Canada d'avoir accès à un marché de 500 millions d'habitants dont le produit intérieur brut (PIB) atteint 17 000 milliards.

Au ministère du Commerce international, on dit avoir tiré les chiffres sur la création d'emplois à partir d'une étude conjointe Canada-UE sur laquelle les deux parties se sont appuyées pour lancer les négociations.

Ottawa a calculé que «les avantages économiques de l'entente reviendraient à augmenter le revenu annuel du ménage canadien moyen de 1000 $ ou à créer près de 80 000 nouveaux emplois», a écrit un porte-parole du ministère du Commerce international, John Babcock.

Dans le rapport de Mme Hervieux-Payette, on estime qu'il est «impossible de vérifier le calcul» ayant mené à ce chiffre, car «les données et la méthodologie utilisées ne sont accessibles ni au public ni au Parlement».

«Comment peux-tu garrocher des chiffres comme ça à la population sans avoir de base précise?», s'est interrogée la sénatrice en entrevue avec La Presse Canadienne dans son bureau de l'édifice du Centre, mardi, à la veille du dévoilement de son rapport.

Selon elle, l'entente Canada-UE créera probablement moins d'emplois que cela.

Et cet accord, en fait, n'est que l'un des plus récents symptômes d'un mal économique et commercial encore plus large pour le Canada, souligne-t-on abondamment dans ce rapport, qui a été concocté avec l'aide d'un économiste.

«Le Canada est en train de se faire damer le pion», et les accords de libre-échange que se targuent d'avoir conclus les conservateurs au cours des dernières années «ne créent pas d'excédent commercial ni d'emploi», souligne-t-on dans le document.

La sénatrice estime qu'un sérieux coup de barre s'impose. Elle suggère que le Canada s'inspire du modèle allemand à plusieurs égards, notamment en regroupant sous l'égide d'un seul ministère fédéral de l'Industrie tous les organismes de facilitation du commerce.

Il faudrait aussi impliquer davantage le secteur privé dans les représentations commerciales à l'étranger plutôt que d'y déléguer une armée de fonctionnaires, selon Mme Hervieux-Payette.

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