Fort McMurray: réveil brutal au coeur de l'eldorado pétrolier

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Depuis la chute des cours du pétrole, les licenciements se sont abattus en cascades sur les commerces et les petites entreprises de Fort McMurray.

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Clément SABOURIN
Agence France-Presse
FORT MCMURRAY

Au coeur de la forêt boréale, ses salaires mirobolants en faisaient un eldorado fantasmé au-delà des frontières du Canada. Mais avec la dégringolade des cours du pétrole et son corollaire de destins brisés, Fort McMurray se demande si l'âge d'or est révolu.

En sept mois à peine, le baril de pétrole a chuté de 60 dollars canadiens. Subitement, les sables bitumineux qui reposent sous les conifères de cette région du nord de l'Alberta sont devenus moins rentables à exploiter pour les géants de l'industrie, qui ont donc réduit la voilure. Au moins 20 000 emplois ont ainsi été supprimés depuis l'automne dans l'exploitation du pétrole de cette province de l'Ouest canadien.

Symbole du changement d'époque, le camping de Fort McMurray n'affiche plus complet depuis cet hiver. Pour 1500 dollars par mois, les terrains situés le long de l'autoroute qui relie cette ville champignon à Edmonton servaient d'ultimes refuges aux plus pauvres, incapables de s'offrir la location d'un appartement en ville.

Mais ces dernières semaines «ils sont beaucoup, beaucoup à être repartis chez eux» faute de travail, constate Chuck, le propriétaire de ce camping aux allures de bidonville, où des bicoques en bois côtoient des caravanes géantes.

Ici, les employés des complexes pétroliers cohabitent avec des immigrés somaliens - nombreux au Canada - qui survivent en ramassant à longueur de journée des canettes et des bouteilles consignées.

Tous ne voient pas d'un mauvais oeil le marasme ambiant, qui aura au moins eu l'avantage de stopper la spéculation immobilière: «Je vais peut-être enfin pouvoir m'acheter un appartement en ville», confie Bob, un plombier spécialisé, dans sa salopette indigo.

«À toute chose malheur est bon», dit-il avant de s'éloigner dans son vieux pickup bleu vers les raffineries dont les longs panaches de fumées s'élèvent au nord de la ville.

Depuis la chute des cours du pétrole, les licenciements se sont abattus en cascades sur les commerces et les petites entreprises de Fort McMurray.

L'hécatombe se mesure particulièrement à la banque alimentaire locale où le nombre d'usagers a augmenté de 74% depuis janvier, indique sa directrice Arianna Johnson.

«On voit les conséquences des licenciements: familles abandonnées, foyers qui éclatent... les gens n'ont plus les moyens de s'alimenter», explique-t-elle dans le vaste entrepôt rempli de boîtes de conserve.

À un jet de pierre, le long de la rue principale poussiéreuse, le constat est identique au Center of Hope (Centre de l'Espoir, NDLR), un accueil de jour pour sans-abri. «On voit beaucoup de nouveaux visages, des jeunes hommes surtout», note le responsable des lieux, Stephen Bryants. Il y a ceux qui sont arrivés récemment après avoir entendu qu'ici «les rues sont pavées d'or» et ceux «qui n'étaient pas capables de garder leur emploi».

Diversification nécessaire

De même que la ruée vers l'or avait permis le peuplement du Yukon à la fin du XIXe siècle, le mythe de l'argent facile dans le pétrole a fait la légende de Fort McMurray. Au cours de la dernière décennie, sa population a plus que doublé, pour atteindre 80 000 habitants. Des régions sinistrées du littoral atlantique aux quartiers somaliens de Toronto, cet eldorado a fait le rêve d'une génération de Canadiens.

«Gagner 150 000 à 200 000 dollars canadiens par an (brut), c'est courant ici», confie Chris Fitch, un électricien employé dans les raffineries. C'est trois à quatre fois le salaire moyen au Canada.

Face au manque de main-d'oeuvre et aux coûts élevés de la vie dans cette zone reculée, même les chaînes de restauration rapide offrent des salaires deux fois plus cher qu'ailleurs dans le pays.

Attablé au comptoir d'un bar branché de Fort McMurray, Arthur Christensen, vieux routard du Grand Nord, juge que l'impact brutal de la chute des prix du brut sur cette ville n'a rien de surprenant.

«Le problème, c'est que les gens qui travaillent dans les matières premières refusent de voir que ce genre de choses vont arriver, alors ils dépensent tout ce qu'ils gagnent en moto-neiges, quads, gros pickups... jusqu'à ce que la crise arrive», dit ce surveillant de chantier originaire de Colombie-Britannique.

Refusant de céder au pessimisme et convaincue que les prix de l'or noir finiront par repartir à la hausse, la maire Melissa Blake juge le temps venu de diversifier l'économie de sa ville. Comme dans l'événementiel sportif: Fort McMurray dispose du plus grand complexe sportif couvert du pays, flambant neuf et entièrement financé par les groupes pétroliers dont les logos rappellent les largesses.

Cette diversification est saluée par le Français Jean-Marc Guillamot: cet homme d'affaires influent natif de Casablanca (Maroc) dirige sept hôtels et espère ainsi pallier la brusque chute des réservations enregistrée ces derniers mois. Car il prévoit déjà pour cette année «25% de revenus en moins par rapport à 2014» et selon lui, la crise risque de durer.

La maire Melissa Blake reconnaît qu'«il est nécessaire que certaines personnes s'interrogent sur leur avenir ici».

Et pour l'électricien Chris Fitch, nul doute qu'«un jour on parlera du boom du début du siècle». «L'âge d'or est derrière nous», dit-il.

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